Bruxelles, 02/10/2015 (Agence Europe) - Les commissaires européens Frans Timmermans, en charge des Droits fondamentaux, et Vera Jourova, en charge de la Justice, ont mis en garde, jeudi 1er octobre, à l'occasion d'un grand colloque sur les droits fondamentaux dans l'UE, contre la recrudescence de l'antisémitisme en Europe, mais aussi contre la montée de l'islamophobie. Deux phénomènes différents, « mais qui sont liés dans les conséquences » qu'ils engendrent, a expliqué le Premier vice-président Timmermans, jugeant notamment « inacceptable », en se référant au « monstre » de l'antisémitisme, que « cela se passe encore ».
La commissaire Vera Jourova a rappelé, pour sa part, que, sur les 12 derniers mois, 1 personne sur 5 dans l'UE avait été victime de discrimination fondée sur son origine ou sa religion, la responsable indiquant par ailleurs qu'à ce jour, seuls 13 États membres ont transposé la décision-cadre de 2008 visant à pénaliser les crimes de haine. La commissaire a souligné que ce colloque, qui se poursuit ce 2 octobre, serait aussi l'occasion d'évoquer la radicalisation en ligne et les discours de haine proférés en ligne ainsi que la balance avec la liberté d'expression. La commissaire tchèque devrait rencontrer sur ce sujet des représentants de l'industrie des nouvelles technologies. La question de la radicalisation en prison au coeur des discussions depuis la progression du phénomène des combattants étrangers est aussi l'un des thèmes soulevés par le colloque.
La commissaire a rappelé qu'une échéance très proche se profilait aussi pour les États membres, ceux-ci devant avoir transposé pour le 16 novembre la directive européenne sur les droits des victimes, qui concernent, entre autre, les droits lors des procès, les droits à compensation ainsi que le signalement des crimes de haine, qu'il faut encourager, a dit la responsable.
En pleine crise des réfugiés, il est de la « responsabilité » des dirigeants politiques d'évacuer toutes les confusions entretenues entre flux de réfugiés et religion musulmane, a par ailleurs dit Frans Timmermans, soulignant que ces gens qui arrivent « ne sont pas une menace » à l'identité européenne ou l'identité locale et qu'il convient de « démanteler » ces idées. Jeudi 1er octobre, les deux commissaires ont aussi nommé deux coordinateurs au sein de la Commission, chargés respectivement de l'antisémitisme et de l'islamophobie.
Selon un eurobaromètre publié le 1er octobre: 50% des Européens pensent que les discriminations fondées sur la religion ou les convictions sont répandues et 33% estiment que l'expression d'une conviction religieuse peut constituer un handicap dans la recherche d'emploi (contre 23% en 2012); les musulmans forment la communauté religieuse qui souffre de la plus faible acceptation dans le public: seuls 61% des répondants ont déclaré qu'ils se sentiraient parfaitement à l'aise avec un collègue de travail musulman et 43% seulement n'auraient aucune réticence à ce que leurs enfants majeurs entretiennent une relation avec une personne musulmane. Les manifestations d'antisémitisme en ligne se seraient aussi aggravées au cours des cinq dernières années. (Solenn Paulic)