Bruxelles, 24/07/2015 (Agence Europe) - À la lumière du dernier épisode de la crise grecque, l'Institut Jacques Delors a identifié trois défis principaux à relever pour combler les failles de l'Union économique et monétaire (UEM): la relance des investissements, la poursuite de réformes promouvant la convergence et une intégration politique allant de pair avec une légitimité démocratique accrue.
« Si la Grèce présente certaines spécificités, son cas est symptomatique de failles plus profondes dans la nature et le fonctionnement de la zone euro », a indiqué l'institut dans une tribune, mercredi 22 juillet. Il convient donc d'agir vite pour sortir de l'ornière née du péché originel d'une monnaie unique créée sans véritable union économique.
Sur les investissements, les auteurs reprennent à leur compte la formule du président de la BCE, Mario Draghi, selon laquelle les investissements sont la demande d'aujourd'hui et l'offre de demain. Ils préconisent une « stratégie ciblée de renforcement des investissements conduite au niveau européen » qui repose sur de la « clarté réglementaire », notamment dans les domaines de l'énergie et de l'économie numérique, et sur la disponibilité de capitaux. Le plan 'Juncker' censé attirer 315 milliards d'euros d'investissements supplémentaires sur 3 ans est, certes, « utile », mais, « en l'absence d'argent frais, il lui manque des fonds propres » qui pourraient provenir de « recettes fiscales futures ou des fonds structurels inutilisés » (EUROPE 11364). Ainsi, pour remédier au déficit d'investissement qui sévit en Europe, l'Institut Jacques Delors plaide pour « l'instauration d'un fonds monétaire européen, dirigé par un ministre européen des Finances, et fonctionnant avec un niveau limité de dette commune à la zone euro ».
Les auteurs estiment nécessaire de renoncer au « catalogue de réformes éparses qui part du principe qu'il existe une solution unique que tous les pays européens peuvent et doivent mettre en oeuvre ». Convaincus que toutes les réformes ne doivent pas être synonymes de déréglementation ou de démantèlement, ils appellent de leurs voeux à l'élaboration d'un « programme de réformes qui mette à l'honneur la justice sociale et repose sur un modèle réglementaire européen exigeant ».
Toute initiative menant à un approfondissement de l'UEM devra, par ailleurs, s'accompagner d'un renforcement de la légitimité démocratique à travers un engagement accru du Parlement européen et des parlements nationaux. « L'union politique de la zone euro implique que cette dernière ne soit pas seulement la somme de ses composants nationaux, mais une entité politique autonome », souligne l'institut, qui n'exclut pas un changement de traité à moyen terme pour asseoir juridiquement une union politique plus étroite.
Impulsion franco-allemande. La France et l'Allemagne auront un rôle moteur à jouer. Néanmoins, l'Institut Jacques Delors déplore que les conceptions des deux principales économies de la zone euro sur l'approfondissement de la zone euro « diffèrent nettement: la France est rétive à un plus grand partage de souveraineté, l'Allemagne à un plus grand partage des risques ». (Mathieu Bion)