Bruxelles, 15/05/2015 (Agence Europe) - Athènes et ses créanciers institutionnels se sont engagés, jeudi 14 mai, dans une nouvelle session de discussions avec les 'institutions' (Commission européenne, BCE, FMI) afin de boucler les discussions sur les réformes à mener en Grèce avant l'échéance d'un remboursement au FMI d'environ 300 millions d'euros, fixée au 5 juin.
Des discussions techniques, par téléconférence, ont tourné autour des différences entre les parties sur la taille de l'effort budgétaire à accomplir, qui déterminera l'ampleur des mesures que la Grèce prendra, selon le quotidien grec Kathimerini. La Grèce devrait lever au moins 3 milliards d'euros pour atteindre ses objectifs.
Des discussions devraient reprendre, lundi 18 mai à Bruxelles, les 'institutions' attendant d'ici à dimanche 17 mai une liste actualisée de réformes de la part du gouvernement grec. En gage de leur bonne volonté, les autorités grecques ont affirmé, par la voix du ministre de l'Économie, George Stathakis, que les processus de privatisation en cours du port de Pirée, ainsi que de 14 aéroports régionaux suivraient leur cours. Le Chinois Cosco serait un investisseur potentiel, a expliqué, vendredi 15 mai, le ministre de la Défense, Panos Kammenos. Quant à la TVA applicable dans les îles grecques - un autre point de discussions -, elle ne sera pas relevée avant l'été, a expliqué le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, devant le Parlement national.
Le comité exécutif du FMI s'est réuni, jeudi, en présence du président de la BCE, Mario Draghi, pour faire le point sur la situation de la Grèce. Cette réunion aurait été demandée par la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, le FMI précisant qu'il s'agissait d'une réunion régulière. Mme Lagarde s'est ensuite entretenue avec M. Draghi. « Nous travaillons intensément avec tous nos partenaires pour trouver un accord aussi tôt que possible », a déclaré Gerry Rice, porte-parole du FMI, jeudi. Il a rejeté l'image inflexible dépeinte du FMI. « Nous sommes flexibles. Nous sommes ouverts à regarder toutes les options, mais nous devons insister sur le fait qu'il faille atteindre les objectifs du programme », a expliqué M. Rice.
Après avoir remboursé l'institution de Washington en puisant 650 millions d'euros dans sa position de réserve au FMI, le gouvernement grec a mis en garde face à sa position en liquidités. Selon M. Varoufakis, le pays peut encore tenir deux semaines. « Il doit y avoir un accord qui prenne en compte la question des liquidités », a déclaré jeudi le porte-parole du gouvernement grec, Gabriel Sakellaridis, cité par la presse grecque. Il a insisté sur le fait que la Grèce rembourse ses emprunts via « sa propre chair ».
Publiant jeudi ses prévisions économiques, la banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a prévenu que, faute d'accord entre Athènes et ses créanciers, la Grèce pourrait faire face à une nouvelle « récession majeure ». L'activité grecque a par ailleurs reculé de 0,2% de PIB au 1er trimestre 2015 par rapport au 4ème trimestre 2014, et la Commission européenne a divisé par 5 ses prévisions de croissance pour 2015 (hausse du PIB de 0,5% contre 2,5% prévus précédemment). La fuite de dépôts du système bancaire se serait accélérée en avril: 7 milliards d'euros se seraient évaporés des banques grecques, selon Bloomberg. Une situation que la BCE suit au jour le jour. Pour l'heure, les institutions financières du pays continuent à se financer auprès d'elle grâce aux liquidités d'urgence ('emergency liquidity assistance').
Jens Weidmann, gouverneur de la Bundesbank, a critiqué cette situation, dans les colonnes du Handelsblatt, vendredi 15 mai. « Compte tenu de l'interdiction du financement monétaire des États, je ne pense pas acceptable que des banques, qui n'ont pas accès aux marchés, puissent recevoir des prêts qui, après, financent les obligations de leur gouvernement, qui n'a pas lui-même accès aux marchés », a-t-il déclaré.
La Grèce aimerait que soit relevé le plafond de Bons du Trésor que les banques grecques ont le droit d'acheter. Elle espérait qu'un signal suffisamment positif de l'Eurogroupe le permette. Mais la BCE est indépendante, a rappelé l'Eurogroupe, lundi (EUROPE 11313).
La Grèce fait face à des échéances de remboursement plus salées pendant l'été. Elle doit rembourser plus de 6 milliards d'euros à la BCE. Jeudi, lors d'une conférence de The Economist, le ministre grec des Finances a souhaité que la Grèce puisse procéder à un échange des 27 milliards d'obligations grecques détenues par la BCE. Il a suggéré un échange de titres entre le Mécanisme européen de stabilité (MES) et la BCE. La Grèce émettrait une obligation de longue durée achetée par le MES, lequel la transfèrerait à la BCE.
« De cette manière, le remboursement de cette dette serait renvoyé au futur », a expliqué M. Varoufakis, et la Grèce pourrait bénéficier du programme d'assouplissement quantitatif ('quantitative easing') de la BCE. Une telle idée ferait « peur » à Mario Draghi, selon M. Varoufakis. Celui-ci n'a par ailleurs pas été ravi de découvrir la manière dont ont été rapportés ses propos dans certains médias. « J'ai parlé d'un possible remboursement des obligations grecques du programme 'SMP' de la BCE avec une médiation du MES et certains journalistes ont écrit que j'avais annoncé un non-remboursement. Quelle surprenante propagande ! », a-t-il critiqué via son compte Twitter. Le gouvernement grec s'est fendu d'un communiqué visant à clarifier les propos du ministre. (Elodie Lamer)