Bruxelles, 15/05/2015 (Agence Europe) - Les ministres européens des Affaires étrangères et de la Défense pourraient poser un premier jalon en vue du lancement d'une mission de politique de sécurité et de défense commune (PSDC) visant à « détruire le modèle économique » des trafiquants qui font traverser à grands risques la Méditerranée aux migrants.
« Je m'attends à ce que les ministres prennent des premières décisions sur la mission lundi », a expliqué mercredi 13 mai la Haute Représentante, Federica Mogherini. Le 23 avril, lors d'un Conseil européen extraordinaire, les chefs d'État et de gouvernement lui avaient demandé « d'entreprendre des efforts systématiques pour identifier, capturer et détruire les navires avant qu'ils ne soient utilisés par des trafiquants », toute action devant rester en conformité avec le droit international (EUROPE 11301).
Mme Mogherini a souligné que les décisions qui pourraient être prises lundi « signifieraient indiquer le quartier général, le commandement et la poursuite de la planification ». Ce processus permettant d'asseoir un concept de gestion de crise (CMC) nécessiterait une décision officielle d'établir la mission. Selon une source européenne, les travaux sont en cours pour établir le commandement et le quartier général. Le contre-amiral italien, Enrico Credendino, qui a commandé la force navale de l'opération EUNAVFOR, pourrait ainsi prendre la tête de la mission dont le quartier général serait situé à Rome.
Un haut fonctionnaire européen a cependant précisé qu'il était possible que les ministres attendent une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies pour prendre la décision juridique d'établir la mission PSDC. L'UE peut intervenir sans une telle résolution si elle agit dans les eaux internationales, sur un bateau sans pavillon ou si le pays dont le bateau porte pavillon donne son accord. Selon une source des États membres, une première phase d'opération ne nécessitant pas une résolution des Nations Unies serait le rassemblement d'informations ('intelligence gathering') à travers l'utilisation de moyens maritimes et aériens, pour avoir une meilleure cartographie du phénomène.
De l'importance d'une résolution de l'ONU
Mais l'UE souhaiterait une résolution de l'ONU (chapitre 7) permettant d'avoir recours à des actions coercitives et d'agir dans les eaux territoriales libyennes. « Je considère qu'il est presque impératif d'avoir une résolution du Conseil de sécurité sous chapitre 7 », a expliqué le haut fonctionnaire européen, espérant une résolution dès la semaine du 18 au 21 mai. « Nous avons besoin de cette résolution pour rendre plus robustes les éléments de la mission », a expliqué la source des États membres. Elle a cité la saisie de bateaux avant que les migrants ne soient à bord, étape qui aurait lieu « sur le territoire libyen ou les eaux territoriales libyennes ».
Selon The Guardian, le projet de CMC préciserait qu'« une présence sur le rivage pourrait être envisagée si un accord était conclu avec les autorités compétentes » libyennes. Or, le pays ne dispose pas de gouvernement d'unité nationale. Les autorités de Tobrouk seraient favorables à une résolution de l'ONU, celles de Tripoli seraient plus réticentes. « L'opération exigerait un large éventail de capacités aériennes, maritimes et terrestres. Celles-ci pourraient inclure: l'intelligence, la surveillance et la reconnaissance; des équipes d'arraisonnage, des unités de patrouille (aérienne et maritime); des moyens amphibies; de la destruction par air, terre et mer, y compris les unités des forces spéciales », ajouterait le concept de gestion de crise. « Il n'y aura pas de bottes sur le sol », a cependant précisé Mme Mogherini. « Il n'est pas question de mettre des soldats sur le sol libyen à ce stade de l'opération », a confirmé le haut fonctionnaire européen.
Une fois le concept de gestion de crise adopté, il sera nécessaire de prendre une décision juridique pour établir formellement la mission, puis de mettre en place son plan opérationnel. La décision pour le lancement de la mission pourrait être prise lors du Conseil européen de juin, selon Mme Mogherini.
Proche-Orient. Les ministres des Affaires étrangères devraient aussi discuter du processus de paix au Proche-Orient, après les élections israéliennes du 17 mars dernier. Le Conseil a aussi officiellement nommé, mi-avril, un nouveau Représentant spécial de l'UE pour le processus de paix en la personne de l'Italien Fernando Gentilini. Mme Mogherini se rendra mercredi 20 et jeudi 21 mai dans la région où elle rencontrera notamment le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le président palestinien, Mahmoud Abbas.
Selon une source européenne, « le temps est venu pour l'UE de jouer un rôle ». L'UE pourrait voir de quels leviers elle dispose, quelles initiatives elle pourrait prendre pour mettre la pression sur les parties.
ARYM. Les ministres pourraient aussi revenir sur la situation en Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM). Le gouvernement et l'opposition du pays s'accusent mutuellement de corruption et d'espionnage. Début mai, un groupe armé a semé la terreur à Kumanovo (EUROPE 11312).
Le Conseil Affaires étrangères sera précédé par un conseil d'association UE-Turquie qui fera le point sur les progrès dans les relations entre l'UE et Ankara et sur le processus d'adhésion de la Turquie. Aura aussi lieu un conseil d'association et de stabilisation entre l'UE et l'Albanie. (Camille-Cerise Gessant)