Bruxelles, 20/03/2015 (Agence Europe) - Les chefs d'État ou de gouvernement européens se sont mis d'accord, jeudi 19 mars, sur le principe de maintenir les mesures restrictives à l'encontre de la Fédération de Russie aussi longtemps que les accords de Minsk ne sont pas intégralement mis en oeuvre.
Le « 31 décembre 2015 ». Cette échéance figure finalement bel et bien dans les conclusions du Conseil européen, ce qui était loin d'être garanti au début de la réunion. « Le Conseil européen a convenu que la durée des mesures restrictives à l'encontre de la Fédération de Russie, adoptées le 31 juillet 2014 et renforcées le 8 septembre 2014, devrait être clairement liée à la mise en oeuvre intégrale des accords de Minsk, étant entendu que celle-ci n'est prévue que pour le 31 décembre 2015 », indiquent les conclusions adoptées.
Il s'agit de l'élément clé, qui a été le plus discuté par les dirigeants européens. Cette échéance n'a pas été choisie au hasard, puisque c'est une référence à deux points, aujourd'hui essentiels, du dernier accord de Minsk (12 février 2015). Premièrement, cet accord stipule que d'ici à la fin de cette année Kiev doit mettre en oeuvre une réforme constitutionnelle de décentralisation, qui garantira un statut spécial et une autonomie importante de certains arrondissements des régions de Donetsk et de Louhansk. Deuxièmement, l'État ukrainien doit pouvoir récupérer d'ici la fin de 2015 le contrôle total de ses frontières.
La balle est donc dans le camp du gouvernement ukrainien pour mener à bien cette réforme de la Constitution, mais tous les regards sont tournés vers Moscou pour voir ce qu'il adviendra d'une partie de la frontière russo-ukrainienne, dont les douaniers ukrainiens ont de facto perdu le contrôle et qui a servi depuis le début du conflit à alimenter en combattants et en armes russes les séparatistes pro-russes du Donbass. Le rétablissement du contrôle de toute la frontière par l'État ukrainien est effectivement aujourd'hui l'enjeu le plus important de la mise en oeuvre des accords de Minsk, a estimé un diplomate européen, en marge de la réunion.
Les dirigeants européens ont ainsi décidé d'être dans l'attentisme, car « les décisions qui s'imposent seront prises dans les mois à venir », ont-ils indiqué dans les conclusions. Pour le président français, François Hollande, cela signifie qu'« au mois de juin, il y aura une évaluation et le Conseil européen sera saisi de la question de la prolongation, du maintien des sanctions », lesquelles arrivent à échéance le 1er août et pourraient ainsi être prolongées jusqu'à la fin de l'année. En cas de violation des accords de Minsk, la porte est également ouverte pour les renforcer. De même, si une « accélération » visant la paix est constatée dans l'est de l'Ukraine, alors « des décisions devront être prises » en conséquence par l'UE, a ajouté M. Hollande. Pour la chancelière allemande, Angela Merkel, « nous ne pourrons lever ces sanctions que si l'Ukraine retrouve son intégrité territoriale ».
Un plan d'action pour lutter contre la propagande russe. Le Conseil européen a chargé la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, d'« élaborer pour le mois de juin un plan d'action sur la communication stratégique » afin « de contrer les campagnes de désinformation menées par la Russie ». D'ici là, une « équipe de communication » sera mise en place au sein du Service européen pour l'action extérieure (SEAE). (Jan Kordys avec CG et JC)