Importance de l'information. Le retour de notre bulletin après une très brève interruption a été sans doute accueilli par nos lecteurs avec un certain soulagement: depuis la semaine dernière, ils disposent à nouveau chaque jour d'une information sur l'activité européenne qui rend compte de ce qui arrive sans gonfler artificiellement la réalité, qui cite les sources, qui décrit les événements tels qu'ils sont sans rechercher coûte que coûte le sensationnel, et qui fait place aussi aux aspects que d'autres sources négligent.
Ailleurs, pendant l'essentiel de ce mois d'août, on avait eu droit à une véritable avalanche d'informations approximatives et d'un jour à l'autre souvent contradictoires, surtout dans le domaine brûlant des péripéties de l'euro et de la situation économique. Toute prise de position d'une personnalité politique, toute anticipation sur le contenu d'un document en préparation, toute fuite sur des projets en élaboration, étaient souvent présentées comme acquises et définitives. Les positions étant logiquement différentes, il en résultait des titres spectaculaires, annonçant un jour la disparition de l'euro et le jour suivant sa consolidation définitive. Une telle recherche systématique du sensationnel favorise ou accompagne en elle-même la spéculation financière, au détriment de la stabilité de la zone euro et de ses membres.
Les oscillations radicales des informations sont souvent fondées sur des bases fragiles ou aléatoires: par exemple, une phrase générique du président de la Banque centrale européenne peut entraîner des modifications radicales et artificielles des humeurs des mythiques marchés financiers, qui d'un jour à l'autre renversent sans aucune justification rationnelle les taux d'intérêt pratiqués. Et la spéculation en profite ...
Les semaines écoulées auraient dû avoir un caractère préparatoire aux décisions et aux initiatives attendues à partir des prochains jours ; les secousses intervenues avaient essentiellement un caractère artificiel, au profit de la spéculation.
Préparer la sortie grecque. Le cas de la Grèce est particulier mais éloquent. La Troïka - Commission européenne/BCE/FMI - avait diffusé, à l'issue de la première partie de sa mission à Athènes, un communiqué qui commençait logiquement par une phrase de circonstance, se félicitant du caractère productif de ses entretiens avec les autorités locales. Et ceci avait amené une large partie des moyens d'information à annoncer que les efforts grecs avaient été considérés comme positifs, alors que la substance du communiqué insistait sur l'exigence que la Grèce respecte et consolide les engagements souscrits, en rejetant en pratique les nouvelles demandes d'Athènes. Les décisions finales sont reportées au mois prochain pour des raisons valables, mais je réaffirme ma conviction: la sortie grecque de la zone euro est inéluctable et elle sera positive pour la Grèce elle-même ; mais cette opération implique tellement de complications qu'elle doit être soigneusement préparée, et même démentie. Cette rubrique y reviendra, en faisant notamment valoir les raisons pour lesquelles les organismes bancaires ne devront pas se plaindre des pertes qu'ils devront éventuellement subir.
Péripéties du Printemps arabe. Les relations extérieures représentent le deuxième domaine essentiel au centre de l'actualité communautaire, de différents points de vue. Les péripéties des pays du Printemps arabe et d'autre États géographiquement proches doivent être acceptées avec sérénité: la liberté et la démocratie ne s'improvisent pas, et l'UE n'a pas à intervenir directement dans leurs affaires internes, ni donner des leçons. Mais le respect (y compris à l'égard des choix qui ne correspondent pas totalement aux conceptions européennes) ne signifie pas indifférence ; il est évident que le comportement de l'UE et la nature des liens qu'elle sera en mesure d'établir avec ces pays sera en large partie déterminé par leurs évolutions, notamment en matière de liberté religieuse et de droits des femmes: par exemple, le remplacement en Tunisie de l'égalité hommes/femmes par la notion de rôles complémentaires serait malheureux dans le seul pays où l'égalité était acquise. Tout accord éventuel à caractère général doit être fondé sur l'égalité des principes de base, non seulement pour la liberté religieuse, mais aussi pour la libre circulation des personnes.
Il est donc évident que les accords auront un caractère bilatéral: l'UE avec tel ou tel pays méditerranéen. Le concept d'unité euro-méditerranéenne n'est qu'un slogan sans contenu réel, qui peut quand même être utile dans quelques domaines spécifiques ayant un caractère général, par exemple un effort coordonné entre les pays riverains pour la protection de la Méditerranée.
L'actualité impose quelques considérations sur les situations particulières en Égypte et en Syrie.
La réalité égyptienne. Les bouleversements récents et imprévus à la tête de l'Égypte n'ont pas été à mon avis correctement interprétés. Les reportages des journalistes sur place ont amplement rendu compte des événements, mais en négligeant leur signification véritable. Le président Muhammed Morsi a pratiquement liquidé un certain nombre d'anciens généraux en se comportant en véritable chef de l'État. Mais le poids et le rôle des militaires ont-ils été vraiment mis de côté ? Les « Frères Musulmans » sont-ils en train de changer la politique étrangère du pays et en particulier de remettre en cause les accords de Camp David qui régissent depuis 1979 les relations avec Israël ? Pas du tout, à mon avis. Ces accords seront respectés et c'est essentiel pour la paix au Moyen-Orient.
Le président Morsi va agir à sa guise dans ses questions internes, impliquant la nouvelle Constitution, le prochain référendum, les élections nouvelles. L'Égypte nouvelle évoluera selon la volonté de sa population: c'est normal. Les relations avec Israël deviendront elles sans doute glaciales, mais dans le respect des accords de Camp David ; sans quoi, les États-Unis annuleraient leur soutien à l'armée égyptienne (un milliard et 300 millions de dollars par an), ainsi que l'aide au gouvernement (un autre milliard), ce qui serait logique car il serait absurde que les Américains financent une armée qui ferait la guerre à un pays allié. L'armée égyptienne a d'ailleurs vigoureusement réagi contre les bandits qui l'ont attaquée dans le Sinaï. Certes, la coopération économique Égypte-Israël va disparaître, notamment dans le domaine des fournitures énergétiques: on verra qui sera le perdant.
Quant aux relations avec l'UE, l'Égypte s'est détachée des pays du Printemps arabe. C'est son choix.
L'impuissance européenne en Syrie. L'UE en tant que telle ne joue pratiquement aucun rôle dans le véritable drame méditerranéen: le conflit en Syrie. On en discute dans quelques réunions communautaires, mais c'est du bavardage; il n'existe pas de position commune, et encore moins d'action commune. La France est active, car elle préside actuellement le Conseil de sécurité de l'ONU, en tant qu'État individuel et pas au nom de l'UE.
Nous avons droit, bien entendu, à quelques fermes déclarations de Mme Ashton, qui se dit préoccupée par ce qui arrive là-bas et assure « le plein soutien de l'UE à la recherche d'une solution pacifique ». Et ceci a sans doute sérieusement influencé le déroulement des événements sur place. (FR)