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Bulletin Quotidien Europe N° 10486
Sommaire Publication complète Par article 28 / 28
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 933

*** MURIEL ROUYER, CATHERINE DE WRANGEL, EMMANUELLE BOUSQUET, STEFANIA CUBEDDU (sous la dir. de): Regards sur le cosmopolitisme européen. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 -Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Europe des cultures", n° 3. 2011, 456 p., 49,50 €. ISBN 978-90-5201-684-9.

Prolongement d'une conférence interdisciplinaire et internationale organisée à l'Université de Nantes en avril 2008, cet ouvrage est tout entier consacré au cosmopolitisme qui, selon la belle définition donnée par le professeur de science politique Muriel Rouyer dans sa préface, est « le projet de penser l'identité politique ou culturelle, individuelle ou collective, au-delà des frontières, dans une humanité commune, pacifiée, mais diverse ». En ce temps où le monde westphalien tente encore de ressortir ses griffes, fussent-elles élimées, il n'est pas inutile de chercher à savoir comment l'Europe, laboratoire du cosmopolitisme appliqué, notamment du point de vue juridique et philosophique, en vit les réalités et les limites. Les regards de chercheurs venus d'Europe et d'ailleurs dans le monde qu'offrent ces pages intellectuellement brillantes permettent de mieux cerner cette « philosophie éminemment morale de la vie en société qui voit en l'autre non l'ennemi, mais le prochain », Muriel Rouyer précisant encore que le cosmopolitisme est « l'idéal d'une humanité réconciliée avec elle-même, à travers les procédures, juridiques ou politiques, d'une alliance instaurant la liberté politique et la paix par la constitution et la citoyenneté républicaines ».

Le livre est structuré en quatre parties. Dans la première, intitulée « Philosophie politiques du cosmopolitisme au risque de l'Europe », l'historien américain des idées Richard Wolin y rappelle la philosophie de la liberté au cœur du projet kantien qui consistait à vouloir soumettre la puissance des États au droit. Sur ce plan, des avancées tangibles ont été enregistrées depuis 1945, l'Union européenne n'étant pas la moindre. Mais, observe cet auteur, l'Irak - notamment… - est là pour rappeler que cette évolution peut encore parfois butter sur la « politique de puissance des États-Unis ». Wolin relève aussi opportunément que le multiculturalisme, avatar culturel du cosmopolitisme, est « susceptible de dégénérer en ethno-nationalismes meurtrier lorsque l'exigence d'universalisme moral qui anime le républicanisme kantien fait défaut ». Ce point est au cœur de la contribution d'Olivier Ménard intitulée « Cosmopolitisme infra-étatique, le risque du repli identitaire ». Maître de conférences en histoire du droit, il montre notamment que, « instrumentalisé par l'Union européenne elle-même pour se légitimer contre l'État-nation (Europe des régions), le cosmopolitisme est devenu une arme du repli identitaire », ce que les trajectoires de la Catalogne ou de la Flandre, par exemple, montrent bien, outre le fait que "le champ régional a été investi par l'Extrême-droite". Pour sa part, le politologue Arnaud Leclerc remet en perspective l'idéal cosmopolitique kantien dans la pensée du philosophe allemand contemporain Habermas, celui-ci trahissant celui-là, à ses yeux, en ce qu'il cède à l'idéal fédéral d'un État européen tandis que l'idéal régulateur de son illustre prédécesseur se donnait « comme approximation infinie », sans qu'une institution puisse y être accolée. Dans le même esprit, l'historien du droit Yvon Le Gall décortique le projet cosmopolite, « rationnel et organisé jusqu'à l'obsession », développé par le positiviste Auguste Comte dans son « Traité de sociologie instituant la religion de l'Humanité », celui-ci illustrant, s'emploie-t-il à montrer, « les complaisances européocentriques d'une époque où l'universalisme transitait exclusivement, croyait-on, par l'Europe ». Ce travers, on le retrouve encore dans l'étude de Stéphanie Couderc-Morandeau consacre au colonialisme français, la République s'étant révélée, « dans sa projection impériale hors du territoire métropolitain, (…) à l'opposé de ses propres principes, impérialiste, et totalitaire dans ses manières ».

Les trois autres parties de l'ouvrage ne sont pas moins intéressantes, même si l'auteur de ces lignes se voit malheureusement contraint d'être plus succinct pour les présenter. Dans un premier temps sont offertes des contributions consacrées aux effets cosmopolitiques du droit européen. Plongeant dans la réalité objective et matérielle de la construction juridique économique, elles voient leurs auteurs s'interroger sur le cosmopolitisme « involontaire et ex post du marché ». On voit ainsi le Pr. Loïc Azoulai, ancien référendaire à la Cour de justice, livrer une réflexion de philosophie du droit sur la pratique quotidienne et concrète du juge européen, lui qui, selon lui, bâti une « communauté de marché ». À travers quelques cas typiques de la jurisprudence des juges de Luxembourg, Muriel Rouyer discerne un mouvement allant « du cosmopolitisme économique à la démocratie supranationale européenne ». La diversité linguistique, le brevet européen, la libre circulation des personnes, le droit d'asile et « le cosmopolitisme à l'épreuve du terrorisme » sont quelques autres thèmes explorés. « De la culture cosmopolite européenne » est le titre de la troisième partie qui conduit, entre autres, aux pionniers de la World Music et à Luciano Visconti avec le cosmopolitisme présent dans Mort à Venise. Enfin, la quatrième et dernière partie envisage « l'Europe face au cosmopolitisme», ce qui achève de faire de cet ouvrage une vraie référence !

Michel Theys

*** IGNACE BERTEN, GABRIEL FRAGNIERE, PHILIPPE D. GROSJEAN, PETER KNAUER, DANIEL SPOEL, FRANK TURNER: Regards éthiques sur l'Union européenne. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Philosophie & Politique », n° 21. 2011, 251 p., 32,50 €. ISBN 978-90-5201-737-2.

Dès la première ligne de la préface que les six auteurs de cet ouvrage signent ensemble, le ton est donné: « De guerre lasse, une partie de l'Europe vit depuis plus de soixante ans sans guerre ». De guerre lasse ! L'image est saisissante: comment mieux caractériser les atermoiements et autres reculades devant l'obstacle que les dirigeants des pays de l'Union européenne et, pire, de la zone euro multiplient en ces temps de crise financière faisant le lit d'une crise existentielle ? Précisément, le but de ces auteurs est de montrer, dans ces pages, que le projet d'intégration européenne « est toujours en crise (…) parce qu'on évite de le percevoir comme étant aussi et surtout un projet éthique: la violence a certes reculé, mais elle n'a pas été éradiquée ». Les auteurs, venant de Belgique, d'Allemagne, de Grande-Bretagne et de Suisse, sont tous membres du Forum permanent de la société civile européenne (http://www.forum-civil-society.org ) qui, militant pour la démocratie participative et paritaire, veut contribuer, par les idées, à l'amélioration de la gouvernance européenne. Dans ces pages, ils expriment leur espoir « d'arriver à dépasser ce qui semble aujourd'hui indépassable, mais dépassé dans les faits, à savoir l'État souverain tel qu'il est né dans les siècles derniers et tel qu'il a conduit aux plus grands conflits du XXe siècle ». Dans le premier chapitre, le jésuite allemand Peter Knauer propose d'adopter le principe de proportionnalité en tant que critère éthique universel pour fonder le jugement moral d'une action quelconque. Sont ensuite examinés cinq domaines-clé dans l'action de l'Union européenne, à savoir l'économie et la finance (par l'ingénieur belge Daniel Spoel), la paix, la sécurité et la défense (par le dominicain belge Ignace Berten), l'environnement et le changement climatique (par le jésuite anglais Frank Turner), la citoyenneté et la démocratie participative (par le Suisse Daniel Fragnière, ancien recteur du Collège d'Europe de Bruges) et la solidarité (par l'ingénieur belge Philippe D. Grosjean). Ces auteurs signent des conclusions communes qui invitent notamment les États membres « à solidariser l'exercice complet de leur souveraineté » afin de permettre aux citoyens européens de pouvoir vivre de manière harmonieuse dans un espace multiculturel. (MT)

*** ALAN DASHWOOD, MICHAEL DOUGAN, BARRY RODGER, ELEANOR SPAVENTA, DERRICK WYATT: Wyatt and Dashwood's European Union Law. Hart Publishing (16C Worcester Place, Oxford OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). 2011, 985 p., 35,95 £. ISBN 978-1-84946-126-9.

Publié pour la première voici pas moins de trente années, cet ouvrage en est aujourd'hui à sa sixième édition qui, comme les précédentes, initiera bien des étudiants aux arcanes du droit européen, tout en étant aussi une référence pour les juristes aguerris. Tous les changements intervenus depuis l'édition de 2006 sont couverts, de l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne aux jugements les plus importants rendus par la Cour de justice jusqu'au 1er janvier dernier. Les auteurs passent tour à tour en revue l'histoire et les fondements du droit primaire de l'Union, ses institutions, procédures décisionnelles et compétences, l'Europe judiciaire, les fondements constitutionnels que sont l'effet direct du droit communautaire et sa primauté, ses principes généraux et la Charte des droits fondamentaux, le marché intérieur à la lumière de la libre-circulation, de la citoyenneté de l'Union, de la directive relative aux services, de la reconnaissance mutuelle des qualifications, le droit de la concurrence, les relations extérieures de l'Union, etc. Un riche index achève de faire de cet ouvrage un instrument de travail indispensable. (PBo)

*** CATHERINE MCGLYNN, ANDREW MYCOCK, JAMES W. MCAULEY (sous la dir. de): Britishness, Identity and Citizenship. The View From Abroad. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com -
Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "British Identities since 1707", n° 2. 2011, 354 p., 46,70 €. ISBN 978-3-0343-0226-5.

Cet ouvrage prolonge une conférence internationale et interdisciplinaire organisée à l'Université de Huddersfield en juin 2008. En partant d'un point de vue extérieur (Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande, Inde, Nigéria, Gibraltar…), les auteurs synthétisent les débats historiques et contemporains sur la « britannicité » et, partant, enrichissent les réflexions relatives à l'identité et à la citoyenne, que ce soit au Royaume-Uni ou ailleurs. En étant examinée par le biais de la transmission culturelle populaire, de l'éducation, des voyages et des migrations, la nature transnationale de la britannicité et le dynamisme politique et culturel du concept deviennent évidents, ainsi que sa pertinence contemporaine. (PBo)

*** ALAIN-G. GAGNON, FERRAN REQUEJO (sous la dir. de): Nations en quête de reconnaissance. Regards croisés Québec-Catalogne. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Diversitas », n° 9. 2011, 241 p., 31,50 €. ISBN 978-90-5201-699-3.

Préfacé par le Pr. Benoît Pelletier, ancien ministre du gouvernement du Québec, et par Josep Bargalló, directeur de l'Institut Ramon Llull après avoir été Premier ministre de la Generalitat de Catalogne, cet ouvrage prolonge un séminaire académique organisé à Montréal et explore les parcours historiques et les défis que doivent relever la Catalogne et le Québec, à savoir deux nations qui ne disposent pas (encore ?) de tous les outils nécessaires à leur pleine émancipation nationale et qui, dès lors, exigent de leur État multinational respectif, l'Espagne et le Canada, une pleine reconnaissance et un juste accommodement de leur personnalité nationale distincte. Dans un premier temps, le Pr. Ferran Requejo (Universitat Pompeu Fabra de Barcelone) dresse l'arrière-plan philosophique des débats entre le libéralisme politique et le fédéralisme dans les sociétés plurinationales à partir de la vision de Kant et d'Hegel, ce politologue analysant en premier lieux les notions kantiennes d'individualisme moral, de cosmopolitisme et de patriotisme. Il considère ensuite le prolongement que fait Hegel de ces notions en mentionnant la critique de la philosophie kantienne à partir des concepts de reconnaissance et d'éthique. Pour sa part, le philosophe Michel Seymour offre une analyse éclairante du concept d'autodétermination, avant que le politologue Alain-G. Gagnon (Université du Québec) ne mette en valeur l'idée que l'on peut définir le peuple en tant qu'association d'individus exprimant ses propres intérêts collectifs par la voie de la démocratie directe. Montserrat Guibernau développe, elle, le thème de la congruence ou non de la notion d'État et de nation et de la vocation sécessionniste implicite des mouvements nationalistes minoritaires, tandis qu'André Lecours (Université d'Ottawa) approfondit les raisons profondes pouvant expliquer la force de résilience des mouvements nationalistes au sein des démocraties libérales occidentales. A noter encore la contribution de Joaquim Colominas Ferran qui analyse de la tentative du catalanisme politique de transformer l'Espagne en un État plurinational après la dictature franquiste, tandis que Klaus-Jürgen Nagel (Universitat Pompeu Fabra) établit les possibilités et les limites que le processus de construction européenne pose au catalanisme politique actuel. Il y constate notamment que l'Union européenne joue un rôle ambivalent quant aux aspirations de souveraineté des partis nationalistes européens, elle qui contribue à atténuer les demandes sécessionnistes mais, en même temps, « facilite des positions à tendance confédérale au sein de certains partis (…), surtout depuis le dernier élargissement ». (MT)

*** MARIO ALBERTINI: L'état national. Fédérop (38 rue du Doyenné, F-69005 Lyon). Collection "Textes fédéralistes". 1978, 166 p. ISBN 978-2-85792-028-8.

Les éditions Fédérop ont décidé de revitaliser et pérenniser deux collections qui, créées puis animées depuis 1975 par des militants fédéralistes français, étaient tombées dans l'oubli, à savoir "Minorités nationales" et "Textes fédéralistes". Cet ouvrage d'un homme qui a longtemps enseigné la philosophie de la politique à l'Université de Pavie et qui a présidé l'Union des fédéralistes européens appartient à cette dernière collection depuis… 1978. Mario Albertini s'emploie à éclairer le caractère idéologique de la nation, cette « idole sanglante (…) qui a fait le plus de morts », avançant que la démystification de la justification idéologique revêt autant d'importance que celle, au XIXe siècle, du capitalisme. Sous la plume d'Albertini, commente Robert Lafont dans sa préface, « l'État retourne à sa contingence en perdant ses prédicats d'éternité et d'invulnérabilité théorique ». L'auteur appuie notamment son attaque en règle contre l'État national en remontant aux "origines du nationalisme" et en cherchant à préciser ce qu'est réellement la nation.

(MT)

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