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Bulletin Quotidien Europe N° 10486
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Réactions contradictoires. Il n'est pas aisé de garder l'équilibre face aux évolutions en cours dans les pays méditerranéens du Printemps arabe. Au sein de l'UE, les réactions oscillent. Certains affichent préoccupation et désillusion pour quelques déviations inacceptables en Égypte, pour les incertitudes sur la partie finale du conflit en Libye et pour le résultat des élections en Tunisie. D'autres observent qu'une révolution sans aspects discutables et quelques violences n'a jamais existé (l'Europe en a fait l'expérience). En même temps, de l'autre côté, la sensation que l'UE ait la tendance à donner des leçons peut apparaître énervante.

Leur liberté leur appartient. Certaines attentes étaient sans doute excessives, comme si des régimes dictatoriaux puissent d'un coup se transformer en démocraties à l'occidentale, respectueuses de nos critères et principes. L'UE en tant que telle n'a rien à objecter si certains choix de l'autre côté ne correspondent pas aux convictions de telle ou telle force politique chez nous, ou aux souhaits de l'un ou l'autre observateur européen. Certes, réagir à des évènements tels que la tuerie de Coptes en Égypte est obligatoire. Se préoccuper du déroulement des élections dans un pays qui a à peine reconquis sa liberté, c'est normal, d'autant plus lorsque c'est lui qui le demande. Mais les mises en garde et les critiques sur tel ou tel mouvement qui se déroule chez eux et qui indiquerait ou anticiperait leurs intentions pour l'avenir, c'est à mon avis aller déjà trop loin pour l'UE comme ensemble. Il est évident que tout mouvement politique européen, tout organisme ou groupe de pression a la faculté de s'exprimer en son nom. Il est normal en particulier de se préoccuper de la situation des femmes ; s'il était vrai que la principale force politique tunisienne issue des élections entend réintroduire la polygamie, la condamnation d'une telle orientation est normale, je dirais même obligatoire, pour toute force politique ou groupe de pression européen. Mais la liberté que ces pays ont conquise leur appartient.

Engagements réciproques et satisfaction justifiée. Il est évident que l'UE reste elle aussi entièrement libre de son comportement. Les accords qu'elle conclura avec ces pays doivent être fondés, pour les aspects politiques et de principe, sur la réciprocité et sur l'égalité des obligations. Il est clair que l'Europe continuera à appliquer, sur le plan interne, les régimes de liberté qui sont les siens en matière de religion et de droits des femmes ; mais par sa volonté et non par des engagements contractuels qui ne seraient pas réciproques. Les pays tiers méditerranéens ont le droit de décider leurs régimes, leur mode de vie, leurs Constitutions ; l'UE aussi. Ces remarques ne concernent évidemment pas d'autres aspects, notamment économiques, des accords à conclure et de la coopération à définir, où l'élément « réciprocité » se pose d'une toute autre manière et les engagements de l'UE seront logiquement prépondérants.

Les institutions communautaires ont multiplié les félicitations et l'enthousiasme pour l'évolution démocratiques dans la rive Sud. C'est compréhensible et c'est justifié, car ce qui est arrivé représente un tournant et l'Europe ne peut que se réjouir de tout progrès de la liberté et de la démocratie, d'autant plus que ces avancées concernent des pays très proches de nous, aussi bien du point de vue géographique qu'historique, sans négliger que l'UE a eu une partie de responsabilité dans le comportement des régimes précédents.

Tenir compte des réalités. En tant que simple observateur, il serait simple pour moi de me joindre au chœur des félicitations et considérer comme acquise la liste des évolutions positives, avec en tête la liberté et la démocratie solidement installées partout. Mais l'évolution réelle ne correspond pas toujours à ce que souhaitait ou imaginait, par exemple, une large partie du Parlement européen ou des défenseurs institutionnels des droits de l'Homme. Ces derniers dénoncent toute entorse à leurs principes et ils ont bien entendu raison, et même le devoir, de le faire. Mais il faut aussi comprendre pourquoi les organisations musulmanes, qui avaient été longtemps interdites et persécutées dans leurs pays, reçoivent à présent un large appui de ceux qui ont la même foi. Et aussi admettre que, sur place, on réagit parfois selon d'autres critères qu'à Bruxelles ou à Strasbourg ; il est plus facile de prêcher de loin qu'en étant au milieu des événements. Combien de leçons et de raisonnements impeccables nous avons pu lire sur la manière dont M. Kadhafi a été éliminé ! Mais il était plus malaisé de réfléchir en direct sur place, à 20 ans et des armes dans les mains, après les innombrables meurtres de compagnons (même si, pour un nombre considérable de tués, on s'interroge encore pour savoir s'ils étaient d'un côté ou de l'autre).

Conclusions pour demain. Ces considérations, un peu confuses peut-être, devraient conduire à quelques suggestions et règles de comportement. Ce sera pour jeudi. (FR)

 

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