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Bulletin Quotidien Europe N° 10442
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Italie va-t-elle respecter les conditions indiquées par la BCE ?

L'essentiel n'est pas encore acquis. Jacques Delors considère que l'euro se trouve encore « au bord du gouffre », comme nous l'avons souligné hier dans cette rubrique. A-t-il raison ? Oui sans doute, en premier lieu parce que rien ne garantit que les États membres auquel un effort immédiat de redressement est demandé vont l'effectuer avec l'efficacité nécessaire. Les procédures résultant de la gouvernance économique européenne enfin concrétisée ont été appliquées de manière correcte, compte tenu de la situation politique et juridique actuelle, dans le sens où: a) la Banque centrale européenne a indiqué au gouvernement de Rome la nature, le contenu essentiel et le calendrier des mesures indispensables pour que la BCE elle-même agisse en achetant sur les marchés des bons du trésor émis par l'Italie ; b) le gouvernement italien a répondu de façon positive à la lettre de la BCE, en s'engageant à réaliser en deux ans l'équilibre budgétaire requis.

La gouvernance économique européenne a donc fonctionné, et cette rubrique l'a souligné avec la vigueur qu'à mon avis mérite la concrétisation du volet économique de l'UEM (Union économique et monétaire), auparavant théorique. Mais l'essentiel n'est pas encore acquis, c'est-à-dire la concrétisation par l'Italie des mesures annoncées. Le contenu du premier projet préparé à Rome et communiqué à la BCE a été ensuite largement démoli (en partie par le gouvernement lui-même et presque totalement par l'opposition), et le débat au parlement et au sénat est en cours. Le résultat à atteindre n'est pas contesté: aussi bien la majorité que l'opposition confirment leur volonté de respecter l'objectif de réduire les dépenses publiques de 4 milliards d'euros en 2012, 12 milliards en 2013 et 20 milliards en 2014. Mais les mesures du plan initial, telles que communiquées au départ à la BCE, n'existent plus ! Et le projet alternatif est en pleine discussion.

Eléments d'incertitude. Ceci ne signifie pas que le nouveau projet du gouvernement ne comporte pas des initiatives courageuses. Pourtant: a) l'intention de réduire de moitié le nombre des parlementaires et de supprimer les provinces (lesquelles font double emploi avec les régions et les communes) subsiste, mais ces innovations présupposent une révision de la Constitution qui demande plusieurs années ; b) l'augmentation de la TVA n'est pas retenue, elle est « gardée en réserve » si les autres mesures sont insuffisantes ; c) la contribution de solidarité sur les hauts salaires est supprimée. Globalement, le texte actuel s'éloigne radicalement de celui qui avait été transmis auparavant à Bruxelles. La BCE avait entre-temps acheté un volume très significatif de bons du trésor italiens en se fondant sur le plan d'austérité initial. Il est vrai que l'Italie confirme l'objectif de porter le déficit annuel à 1% du produit national l'année prochaine et à zéro en 2012 ; mais c'est la manière d'y parvenir qui est controversée et aléatoire.

Italie sous pression. En début de semaine, Jean-Claude Trichet, président de la BCE, a souligné que sa banque ne négocie pas avec les gouvernements mais qu'elle leur « envoie des messages » ; le 8 septembre, son conseil des gouverneurs, réuni à Francfort, s'exprimera sur l'opportunité d'acheter encore des bons du trésor italiens. Et devant la commission compétente du Parlement européen, M. Trichet avait déjà souligné que ce sont les gouvernements nationaux qui émettent les bons du trésor et qui sont responsables de leur crédibilité face aux marchés. De son côté, la Commission européenne surveille la situation et s'exprimera sur les mesures italiennes, ainsi que l'avait annoncé le commissaire aux Affaires économiques Olli Rehn.

Le plan italien est toujours à l'examen du parlement national, où l'opposition critique radicalement le projet du gouvernement, avec l'intention de le modifier sensiblement. À première vue, le volet de la relance de l'activité économique, sur lequel la BCE avait insisté, n'est pas évident.

Cette rubrique a déjà souligné l'aspect en lui-même positif de cette opération de transparence, car elle a mis en pleine lumière les gaspillages, les lacunes et les abus dans le fonctionnement de la nation Italie. La classe politique en sort très sérieusement secouée. Par exemple, la rémunération des parlementaires est évaluée à 144.084 euros par an en Italie, face aux 106.583 euros de l'Autriche, 84.108 de l'Allemagne, 81.600 du Royaume-Uni, 72.017 de la Belgique et 62.779 de la France. La simple correction des excès et des abus à tous les niveaux (nombreux surtout chez les riches, mais aussi dans des domaines comme les pensions, les invalidités abusives, etc.) permettrait en elle-même d'améliorer radicalement la situation budgétaire.

La question fondamentale. Le vrai point d'interrogation, pour l'Italie et quelques autres États membres, est de savoir si et jusqu'à quel point les populations sont disposées à accepter et à respecter les disciplines implicites dans la participation à l'euro. C'est une question de mentalité et de disponibilité.

J'indiquerai demain ce que signifie, à mon avis, ce point d'interrogation. (F.R.)

 

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