login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10436
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

La gouvernance économique européenne est maintenant une réalité. Essayons d'introduire un peu d'équilibre et de sérénité face aux évaluations dramatisantes et démoralisantes qui dominent. Le pessimisme radical qui entoure en ce moment l'évolution de l'Union économique et monétaire (UEM) est injustifié ou du moins excessif. J'estime que ce mois d'août 2011 restera une date significative dans l'histoire de la construction de l'Europe unie. C'est à ce moment que l'UEM a définitivement surmonté le déséquilibre entre son volet monétaire et son volet économique qu'elle traînait comme un fardeau depuis sa naissance. Alors que le M (union monétaire) de ce sigle était une réalité dès la naissance de l'euro, le E (union économique) était purement théorique. Jacques Delors n'arrêtait pas de dénoncer cette situation qui rendait l'UEM boiteuse.

L'évolution italienne a été le tournant. La dichotomie a été surmontée ce mois-ci par l'évolution en Italie, encore incomplète et en discussion, mais déterminante. C'est l'aboutissement d'un long chemin. Les pays de la zone euro avaient commencé à prendre conscience de l'exigence de concrétiser le volet économique de l'UEM lorsque le volet monétaire avait dérapé par la faute de la Grèce ; le chemin a été ensuite progressif, parmi des réticences et hésitations sans nombre aussi bien politiques que juridiques. Le tournant décisif a été en principe franchi lorsque l'un des grands États membres, troisième de la zone euro par sa dimension et son poids économique, a accepté de réviser et d'accélérer d'urgence son programme de redressement et de retour à l'équilibre budgétaire, réclamé par la Banque centrale européenne comme condition pour intervenir sur les marchés en achetant des bons du trésor italiens sur le marché secondaire (c'est-à-dire qui avaient été émis auparavant).

Il est évident que rien n'est définitivement acquis. Le programme italien pourrait rencontrer des difficultés au niveau national (le débat parlementaire est en cours), les évaluations des agences de notation peuvent encore influencer les réactions des marchés financiers, les spéculateurs sont malheureusement encore en mesure de créer des perturbations. Un échec pourrait signifier l'éclatement de la zone euro. Mais le tournant est pris: l'UEM ne boite plus, ses deux jambes sont en état de marche. La « gouvernance économique » existe.

Réalité et limites des autonomies économiques nationales. Le débat sur les principes s'est donc déplacé, la question étant devenue la suivante: dans le cadre de la gouvernance européenne, quelle autonomie économique nationale reste-t-il aux pays de la zone euro ? La réponse est simple: tout et rien. Ce sont les États qui décident de respecter les engagements définis en commun, librement souscrits par chacun en adhérant à l'euro. Le principe de la participation obligatoire pour les États membres en mesure de le faire est une fiction ; l'entrée dans la zone euro n'est pas imposée, ainsi que le prouvent les cas du Royaume-Uni, du Danemark et encore plus celui de la Suède. Mais l'État qui a accepté les règles de la participation doit les respecter avec les soutiens auxquels il a droit.

Est-il nécessaire de rappeler les instruments en faveur des pays en difficulté ? Je ne pense pas, Il n'est question que de leur application et de leur fonctionnement, depuis l'éclatement en plein jour des irrégularités et des tricheries du passé de la Grèce et depuis les défaillances au Portugal et ailleurs. Sans oublier que les pays économiquement moins solides bénéficient de financements communautaires au titre des politiques régionales et de cohésion. En définitive, les choix appartiennent aux États membres, qui doivent assumer leurs responsabilités pour que l'euro fonctionne. La France prépare à son tour un programme national de retour à l'équilibre budgétaire. Dès juillet dernier, le Sommet de la zone euro avait décidé d'améliorer et de renforcer son fonctionnement ; Allemagne et France ont déjà présenté leur position commune à ce sujet. C'est dans ce contexte que se situe le cas de l'Italie. Le gouvernement a défini en deux jours son nouveau programme de retour à l'équilibre budgétaire, bénéficiant ainsi des interventions de la BCE, et cette évolution a suscité en Italie même une avalanche d'analyses, de polémiques et d'interprétations parfois contradictoires qui constituent un précédent instructif pour la zone euro dans son ensemble. C'est pourquoi cette rubrique y reviendra demain en détail.

(F.R.)