Bruxelles, 25/03/2011 (Agence Europe) - La France a décidé de maintenir en vigueur les restrictions imposées au transport des liquides, gels et aérosols dans les bagages à main des passagers aériens, malgré l'entrée en vigueur, le 29 avril, des règles assouplissant ces restrictions pour les passagers en provenance des pays tiers en transit dans les aéroports européens. Selon la France, « ni la technologie ni la situation internationale ne sont suffisamment sûres pour se permettre de baisser les bras », a déclaré, au cours d'une rencontre avec un groupe de journalistes européens à Bruxelles, jeudi 24 mars, le secrétaire d'État français aux Transports Thierry Mariani. La même décision a été annoncée, jeudi, par les autorités italiennes, qui évoquent « un cadre politique instable » dû à la situation en Afrique du Nord. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni doivent adopter des mesures analogues, selon un communiqué du ministère du transport italien.
La position française a été présentée à la Commission européenne par la ministre au Développement durable, à l'Écologie, aux Transports et au Logement Nathalie Kosciuszko-Morizet dans une lettre envoyée à Siim Kallas le 1er mars. La France estime notamment que la technologie de détection actuelle, qui doit assurer, dès le 29 avril, les contrôles de sûreté des liquides que les passagers transportent en cabine, n'est pas suffisamment fiable ni performante. Une grande partie des détecteurs nécessitent un contrôle manuel des contenants (le contenant du liquide doit être retiré du bagage et ouvert à des fins de contrôle, selon les experts), d'autres représentent un taux d'alerte trop élevé (EUROPE n° 10323).
Autre motif: l'effort que représente l'installation des machines permettant de détecter les explosifs dans les liquides. En France, l'aéroport Paris-Charles de Gaulle propose plus de 23 000 opportunités de correspondance en moins de deux heures par semaine, ce qui fait de lui la plus grande plate-forme européenne en nombre de possibilités de transit. La moindre défaillance du système de scannage provoquerait de graves perturbations dans la fluidité du trafic des passagers. De plus, l'équipement de tel aéroport en appareils de détection d'explosifs liquides nécessiterait l'acquisition d'un nombre d'appareils « sans commune mesure », -selon la lettre vue par EUROPE - avec ce qui est envisagé sur la plupart des plateformes européennes. Paris met également en avant la menace terroriste continue et même aggravée par la récente crise libyenne. Or, précise la lettre, « le vecteur aérien reste une cible particulièrement attractive pour le terrorisme international ». Tout comme Rome, Paris évoque le renforcement des risques dû à l'instabilité grandissante en Afrique du Nord ainsi qu'en Libye. Comme le rappelle un expert français, l'aviation française a déjà été la cible d'un attentat terroriste impliquant les Libyens (attentat contre un Dc10 d'UTA en septembre 1989).
Pour maintenir le statu quo, tant Paris que Rome se basent sur l'article 6 du règlement sur la sûreté aérienne (300/2008 CE) qui permet aux États membres de l'UE d'adopter des mesures plus strictes que celles admises au niveau européen. La position française devrait être confirmée juridiquement. Ce qui ne signifie en revanche en aucun cas que la France souhaite retarder l'échéance fixée pour la levée des restrictions pour l'ensemble des passagers aériens prévues le 29 avril 2013. (A.By.)