*** ALVARO DE VASCONCELOS, MARCIN ZABOROWSKI (sous la dir. de): The Obama Moment. European and American perspectives. European Union Institute for Security Studies (43 av. du Président Wilson, F-75775 Paris cedex 16. Tél.: (33-1) 56891930 - fax: 56891931 - Courriel: info@iss.euuropa.eu - Internet: http://www.iss.europa.eeu ). 2009, 248 p.. ISBN 978-92-9198-160-1.
Qu'une très grande majorité de ressortissants européens - et plusieurs de leurs dirigeants, mais pas tous… - n'ait pas pleuré la fin des années Bush à la Maison Blanche relève de l'évidence. Que l'avènement de Barack Obama ait suscité, sur le Vieux Continent, un enthousiasme débridé - et à peine édulcoré un an et demi plus tard - en est une autre. En l'occurrence, les citoyens européens n'avaient pas tort, ni les eurosceptiques et autres « néo-cons » (américains, bien sûr, mais aussi « locaux ») lorsqu'ils appréhendaient l'arrivée au pouvoir d'une personnalité aux vues se situant aux antipodes des leurs: avec le président Obama et sa vision d'une « humanité commune » à gérer en commun, c'est la page de l'hégémonie et de l'arrogance américaines qui a été tournée. Mieux, le nouveau chapitre qui s'ouvre pourrait être celui qui, enfin, comble les vœux de l'Union européenne de voir émerger un monde multipolaire, donc plus multilatéral dans son fonctionnement, un monde où, selon le sociologue Edgar Morin, « l'enracinement et l'élargissement d'un patriotisme formeront l'âme de la seconde mondialisation, qui voudra et pourra peut-être domestiquer la première et civiliser la Terre ».
En réalité, écrit Alvaro de Vasconcelos, le directeur de l'Institut de l'Union pour les études de sécurité, dans l'introduction de ce brillant ouvrage collectif, l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche constitue, pour l'Europe communautaire, à la fois une aubaine et un redoutable défi. Une aubaine car Obama « partage les mêmes principes et valeurs qui fondent l'intégration européenne », le soft power étant, avec lui, appelé à compter plus que jamais dans le chef de Washington. Le défi, c'est que le soft power ne sera dès lors plus une « prérogative européenne exclusive » et que l'hôte de la Maison Blanche s'emploiera à le faire prévaloir là où l'Union « a failli », faute de s'être donné les moyens institutionnels et décisionnels qui lui auraient permis d'asseoir sa légitimité dans le monde. Du coup, ajoute Alvaro de Vasconcelos, l'action extérieure de l'Union sera sans doute à juger à la lumière de sa « capacité de réagir efficacement à l'agenda international d'Obama ».
L'objet de ce livre à la fois analytique et prospectif est précisément de voir où les agendas américain et européen divergent ou coïncident, de manière à discerner les domaines prioritaires où ils pourraient - ou, mieux, devraient - mener des actions communes, le tout en tirant les leçons du fait que le temps où la seule relation transatlantique pouvait façonner le monde est aussi révolu que les années Bush le sont. En réalité, les priorités sont très largement les mêmes, seule leur hiérarchie différant de part et d'autre de l'Atlantique. Du coup, il serait bon, selon les auteurs, que l'Union choisisse parmi ses priorités celles qui sont le plus de nature à se prêter à une action commune. Par exemple, le Proche-Orient car les États-Unis, s'ils ont des doutes sur la capacité de l'Union à agir efficacement sur ce terrain (le rôle des Européens « ne peut plus être confiné aux déclarations ni même à la fourniture d'aide financière à l'Autorité palestinienne », confirme Ibrahim Kalin de l'Université de Georgetown), n'ont jamais été aussi proches de l'esprit de la déclaration de Venise de 1980, ce qui devrait les pousser, selon John Bruton, ancien représentant de la Commission à Washington, à adopter une « stratégie du big bang »: « Tôt ou tard, cette réalité politique devra être regardée en face par les États-Unis et un choix clair placé devant Israël - un plan viable de deux États ou un plan à un seul État avec des votes égaux pour tous les résidents ». Dans ce contexte, l'Union devra cesser de se contenter de gérer le conflit du Proche-Orient pour vouloir, enfin, y mettre de l'ordre, ce qui devrait l'inciter à discuter avec toutes les parties impliquées, « y compris le Hamas » et à reconnaître que la Turquie pourrait grandement l'aider à asseoir sa politique dans cette région du monde. La Russie, notamment sous l'angle des problématiques énergétique et sécuritaire, et le changement climatique sont deux autres priorités qui doivent alimenter, selon les auteurs, des actions communes américano-européennes, l'Europe ne pouvant toutefois se désintéresser, que du contraire, de l'Afghanistan, des questions de non-prolifération (Iran) et de désarmement. Par-delà tous ces dossiers d'actualité, les auteurs invitent surtout Américains et Européens à « revisiter le paradigme transatlantique » tant il est vrai que le monde qui émerge appelle, notamment sur le plan de la sécurité, une gouvernance multilatérale, le G20 pouvant servir d'exemple pour l'action qui a été la sienne dans la tourmente financière. C'est la voie à suivre pour que, avec la Chine, avec l'Inde, avec d'autres puissances encore, un « patriotisme terrestre » puisse un jour, peut-être, apparaître.
Michel Theys
*** HANS-GEORG HEINRICH, LUDMILLA LOBOVA (sous la dir. de): Belarus: External Pressure, Internal Change. Éditions Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2009, 394 p., 46,50 €. ISBN 978-3-631-59301-1.
Le modèle biélorusse et l'intransigeance qui marque la vie politique de ce pays sont l'objet de cet ouvrage qui s'avère être le résultat d'un dialogue: pour la première fois, des auteurs des deux camps politiques - régime et opposition - ont accepté de se parler lors d'un projet financé par la Banque nationale d'Autriche. Après les élections de 2006, des études ont montré que le dialogue présidé par des modérateurs neutres était possible, voire même nécessaire. Les participants à cette rencontre, conscients des risques qu'ils prenaient puisque parler avec l'autre bord est vu comme une trahison, ont aussi réussi le tour de force de ne pas entrer dans des polémiques stériles qui auraient empêché toute étude scientifique sérieuse a posteriori. Dépendant du camp auquel leurs auteurs appartiennent, les contributions, tantôt favorables, tantôt hostiles au régime actuel, dressent, dans un premier temps, le panorama sociopolitique de la Biélorussie actuelle et des tensions entre les deux camps. Ces points de vue sont enrichis dans un deuxième temps par des contributions d'auteurs de pays voisins comme la Pologne et la Russie. Les auteurs, issus de milieux divers et comportant parmi eux des analystes politiques, des politologues, d'anciens responsables politiques ou encore des activistes des droits de l'Homme, abordent aussi la thématique du désastre de Tchernobyl et analysent les évolutions de la Biélorussie sur la scène politique internationale. Une étude qui devrait aider à mieux cerner les traits tout à fait particuliers - et sans doute ponctuels - du « modèle » biélorusse.
(NDu)
*** SABINE FISCHER (sous la dir. de): Back from the Cold ? The EU and Belarus in 2009. European Union Institute for Security Studies (voir coordonnées supra). Collection « Chaillot Paper », n° 119. 2009, 107 p.. ISBN 978-92-9198-159-5.
Assisterait-on à un dégel dans les relations entre l'Union et Minsk ? Après des années de mise au ban complète, l'Union a suspendu temporairement les sanctions en place contre le régime biélorusse et a cherché à l'intégrer dans le Partenariat oriental en 2009. Toutefois, ces relations demeurent loin d'être simples du point de vue de l'Union. Le régime en place à Minsk, non content d'avoir survécu aux sanctions restrictives de l'Ouest et à des changements de couleur politique chez ses voisins en 2004 et 2005, est encore relativement bien soutenu par l'opinion publique. Ce succès est partiellement dû à l'appui politico-économique de la Russie, mais celui-ci semble s'amenuiser rapidement. Du coup, le régime biélorusse, qui est le seul dans la région à avoir aussi longtemps résisté au changement, n'a plus vraiment le choix et cherche de nouveaux partenaires externes. Or, comme il n'envisage pas de réformes démocratiques ou libérales, rien ne vient faciliter les relations avec Bruxelles. Ce « Cahier de Chaillot » offre une analyse empirique approfondie de la Biélorussie, pays qui, en raison des années d'isolement qu'il a vécues, reste très peu connu de l'Europe. Les auteurs explorent des thèmes comme le système politique et les élites, les médias et la société civile, le domaine de l'énergie et, bien sûr, la politique étrangère, pour pouvoir ensuite mettre en avant des pistes et des recommandations possibles pour la politique de l'Union envers Minsk.
(NDu)
*** LORENZ KING, GIORGI KHUBUA (sous la dir. de): Georgia in Transition. Éditions Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Schriften zur Internationalen Entwicklungs-und Umweltforschung », n° 26. 2009,319 p., 51,20 €. ISBN 978-3-631-58977-9.
Placée entre les montagnes du Caucase et la mer Noire, la Géorgie possède une géographie et un climat diversifiés. Traditionnellement liée à l'agriculture, elle était le principal exportateur de fruits, légumes ou vins de l'aire soviétique, et sa population bénéficiait alors d'un des niveaux de vie les plus élevés de la région. En 1991, le pays déclare son indépendance, et la période de transition qui s'ensuivit fut marquée par la guerre civile et l'instabilité politique. Beaucoup de problèmes d'alors restent d'actualité aujourd'hui. Toutefois, après la crise financière russe à la fin des années 90 et un déclin économique abrupt pendant les premières années de la transition, le pays a pu récupérer, présentant désormais des indicateurs économiques positifs et voyant les conditions de vie de sa population s'améliorer progressivement. Fruit du travail et des échanges entre l'Université d'État Ivane Javakhishvili à Tbilissi et l'Université Justus-Liebig à Giessen, cet ouvrage présente un état des lieux des évolutions de la Géorgie pendant cette difficile période de changement. Dans un premier temps, les auteurs analysent les aspects politiques de cette transformation: remaniements du système légal géorgien, processus démocratique (élections et autres moyens d'expression sociale), problèmes en Abkhazie et en Ossétie, efforts pour l'intégration des minorités ethniques… La deuxième partie s'intéresse aux problèmes entraînés par le passage progressif d'une économie centralisée à une économie de marché et aux difficultés suscitées par les sanctions imposées par la Russie aux produits géorgiens. Les intentions d'investissement dans le pays - plus particulièrement dans le domaine de l'agriculture qui a un rôle prédominant dans l'économie du pays - sont également analysées. La dernière partie s'attache au thème environnemental en dressant un tableau des effets du changement climatique dans le pays et en analysant l'état d'une agriculture qui aurait souffert de l'utilisation de divers polluants (métaux lourds, composés chimiques…) ayant apparemment gangrené plusieurs systèmes d'irrigation du pays.
(NDu)
*** MAURICE BOMMENSATH: L'islam et l'entreprise. L'exemple des entreprises compétitives turques - Quels enseignements pour les économies arabo-islamiques ? Éditions Publisud (15 rue des Cinq-Diamants, F-75013 Paris. Tél.: (33-1) 45807850 - fax: 45899415 - Courriel: publisud.editions@cegetel.net - Internet: http://www.editionspublisud.hautetfort.com ). 2009, 131 p., 28 €. ISBN 978-2-86600-611-2.
Le retard économique des pays musulmans n'est pas une fatalité. Ce retard incombe à la « barrière dressée par le Coran » qui leur interdit, même pour les plus évolués d'entre eux, d'abandonner une « stratégie défensive axée sur le passé » pour enfin embrasser la mondialisation. Les islamistes en font leur fond de commerce ; les gouvernements et « clans associés » s'en accommodent, seul le maintien au pouvoir et de leurs privilèges les motivant. Pendant ce temps, pourtant, des entrepreneurs pointent le bout du nez. C'est le cas en Turquie où, à côté des conglomérats attrape-tout ayant assis leur puissance sur leur proximité avec les élites stambouliotes de la République d'Atatürk, apparaissent désormais, dans des régions anatoliennes longtemps rétives aux enseignements du kémalisme, des entreprises participant à « une sorte de capitalisme vert » qui veut, en quelque sorte, réconcilier l'islam avec la modernité ou, mieux, contribuer à l'essor d'une modernité islamique. Dans cet ouvrage, Maurice Bommensath explique en avoir notamment découvertes à Kayseri, la ville anatolienne dont est originaire le président turc Abdulhah Gül, où s'invente, selon lui, « une nouvelle éthique calviniste du travail », avec des entrepreneurs voulant « créer une société à la fois profondément religieuse et moderne » et démontrer, par là, « les liens entre l'islam et un capitalisme de libre marché, individualiste, limitant (…) l'intervention de l'État ». Pour l'auteur, d'autres pays musulmans sont désormais gagnés par cette « fièvre individualiste et capitaliste », qui laisse augurer le meilleur même si la partie est loin d'être gagnée du fait des résistances des bureaucraties, des clans et du religieux. À partir de ce constat porteur d'espoirs, l'auteur analyse les institutions musulmanes actuelles et les progrès à accomplir, ainsi que les bases culturelles musulmanes qu'il compare aux valeurs clefs du développement.
(PBo)
*** Rivista di studi politici internazionali. Casa Editrice Le Lettere (28 Costa San Giorgio, I-50125 Firenze. Tél.: (39-55) 2342710 - fax: 2346010 - Courriel: staff@lelettere.it - Internet: http://www.lelettere.it ). Octobre-décembre 2009, n° 304, 160 p., 15 €. Abonnement: 55 € (Italie), 70 € (étranger).
Ce numéro d'une revue italienne toujours d'excellente tenue, et ce depuis plus de septante-cinq ans, s'ouvre sur le propos tenu par Mohamed El Baradei à l'Université de Parme lorsqu'il y a été fait docteur Honoris Causa en novembre dernier. Le prix Nobel de la paix 2005 y préconise un système de sécurité globale qui ne soit plus basé sur les armes de destruction massive ou sur des sanctions, mais sur la prévention des conflits en parallèle à un désarmement nucléaire généralisé. Une autre contribution écrite en anglais (toutes les autres le sont en italien) voit deux chercheurs de l'Université d'Orlando examiner les implications du commerce technologique entre la Russie et l'Iran, ainsi que dans des domaines permettant la construction de missiles, de satellites et d'installations nucléaires. À noter aussi, entre autres, la leçon magistrale que Giuseppe Vedovato a consacrée aux valeurs éthiques et à l'Europe dans la crise de la mondialisation lorsqu'il a reçu le prix européen Alcide De Gasperi voici quelques mois.
(MT)
*** Politica Exterior. Estudios de Politica Exterior (49 Nunez de Balbou, E-28001 Madrid. Tél.: (36-91) 4312628 - fax: 5777252 - Courriel: rivita@politicaexterior.com - Internet: http://www.polticaexterior.com ). Mars-avril 2010, n° 134, 172 p., 13 €. Ce numéro comprend, entre autres, un article sur la structuration militaire européenne à la lumière du Traité de Lisbonne.