*** MATTHEW LIPMAN, ANN MARGARET SHARP: MARK. Recherche Sociale. Éditions Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050, Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2009,417 p., 37,50 €. ISBN 978-90-5201-544-6.
Dans cet ouvrage, Matthew Lipman propose un programme intitulé « philosophie pour les enfants » qui a comme objet non pas la connaissance des préceptes des anciens, mais bien la formation à la citoyenneté. Logicien, philosophe et pédagogue américain, Lipman est très tôt déçu, d'abord de ses études, puis par ses débuts en tant que professeur. La médiocrité de l'éducation et la déconnexion de la jeunesse américaine avec la réalité (le problème n'est-il qu'américain ?) l'inquiètent, et il cherche très vite des alternatives à un système dont les résultats s'avèrent de plus en plus catastrophiques. « Pourquoi les jeunes ne comprennent-ils pas ? Pourquoi se découragent-ils ? Pourquoi l'école en dégoûte-t-elle beaucoup trop de la recherche et de la culture ? Pourquoi tant de gens se laissent-ils manipuler ? Pourquoi la démocratie est-elle si difficile à réaliser ? »… Ces questions qui le poursuivent, il va chercher à y répondre en développant un système éducatif - reconnu depuis par l'Unesco et pratiqué avec succès dans plus de soixante pays - qui met l'accent non pas sur la capacité à « retenir et régurgiter », mais plutôt sur celle de penser, raisonner, s'informer. Pour l'auteur, le système actuel, cherchant simplement à socialiser les jeunes pour qu'ils s'adaptent au moule de la société, ne leur permettra pas de comprendre celle-ci et, partant, ils ne pourront que très difficilement être des citoyens responsables puisque les outils pour saisir et identifier les situations sociales leur manquent. Par exemple, à défaut d'une compréhension claire de concepts comme liberté, justice, égalité, personne, démocratie, comment dire si les élus et les institutions fonctionnent bien ou mal ? On peut très bien connaître, et respecter, les lois, mais si on ne connaît pas un minimum des problèmes constitutionnels qui les sous-tendent, et les quelques aspects philosophiques qui sous-tendent ces derniers, les attitudes à l'égard des lois seront polluées de doutes, de critiques négatives ou des erreurs d'interprétation.
Matthew Lipman propose donc une méthode visant à développer chez l'élève la capacité à réfléchir par soi-même, à travers l'utilisation de récits au langage familier et accessible qui focaliseront l'attention sur des domaines de l'expérience sociale auxquels il pourra s'identifier. L'accent est mis sur les « habiletés de pensée » - critères logiques de raisonnement, méthodes valables de recherche, large éventail d'actes mentaux tels que la déduction, induction, comparaison, abstraction ou interprétation… -, la confrontation directe avec les idées - sociologie, politique, économie, lois... - et le dialogue, instrument de prédilection pour aiguiser la réflexion. Le livre se décline en huit chapitres composés d'un récit, mettant en scène des adolescents dans leur vie de tous les jours, suivi d'un manuel, qui est en fait un questionnaire incitant à la réflexion et au dialogue à travers des exercices de raisonnement, pour développer les aptitudes cognitives, encourager et développer la réflexion critique et appliquer celle-ci à des situations particulières. Bien que s'adressant d'abord au système scolaire, cet ouvrage peut se révéler très utile pour des moins jeunes en vue de favoriser non seulement leur insertion sociale et politique, mais aussi les relations interculturelles et intergénérationnelles. En clair, un livre qui mérite d'être lu et médité autant aux États-Unis qu'en Europe et dans bien d'autres parties du monde. Nuno Duarte
*** PATRICK AUVRET (sous la dir. de): Les médias et l'Europe. Le contenu de l'information: entre errance et uniformisation. Éditions Larcier (Groupe De Boeck, 39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5480720 - fax: 5480722 -Internet: http://www.larcier.com ). Collection « Europe(s) ». 2009,
390 p., 70 €. ISBN 978-2-8044-3522-6.
Voici un ouvrage qui ne manquera pas d'intéresser tous ceux qui opèrent dans ou gravitent autour de la sphère médiatique. Il rend compte des réflexions échangées par d'éminents juristes lors d'une conférence organisée à l'automne 2008 par le Centre d'études du droit des organisations européennes de l'Université de Nice Sophia Antipolis dans le contexte d'une homogénéisation progressive du droit de la presse, d'une part sous la houlette du Conseil de l'Europe et de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, bien sûr, mais aussi, désormais, de l'ordre juridique de l'Union qui appréhende la liberté d'expression sous divers aspects et avec une fréquence de plus en plus grande. La première partie est pleinement consacrée à cette liberté, ainsi qu'aux limites dictées par le « médiatiquement correct ». Le deuxième axe de réflexion porte sur la sanction des abus de la liberté d'expression, en particulier à la lumière du contexte français, la troisième partie du livre étant, elle, dédiée aux problèmes juridiques liés à l'interactivité qui est de plus en plus de mise dans un landerneau médiatique en pleine révolution. (MT)
*** MARTA DYCZOK, OXANA GAMAN-GOLUTVINA (sous la dir. de): Media, Democracy and Freedom. The Post-Communist Experience. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Interdisciplinary Studies on Central and Eastern Europe », n° 6. 2009, 246 p.. ISBN 978-3-0343-0311-8.
Quel rôle ont joué les médias dans la transition - politique, économique et sociale - qui a suivi la chute des régimes communistes voici vingt ans ? C'est à cette question que des spécialistes universitaires de différentes disciplines - politologues, sociologues, philosophes, spécialistes des médias… - apportent de très instructives réponses dans ce livre, après avoir débattu du sujet lors d'une conférence organisée par l'Institut interdisciplinaire de l'Europe centrale et orientale de l'Université de Fribourg. L'ouvrage se structure autour d'une quadruple grille de lecture. D'abord, celle des relations entre l'État et la société, plusieurs contributions montrant que des sociétés civiles dynamiques ont investi le champ médiatique au risque de tensions avec l'État, celui-ci ayant souvent cédé à la tentation de vouloir garder le contrôle des médias. Ensuite, celle du poids du passé pré-communiste qui, dans ce domaine, a pu se révéler plus déterminant que l'héritage communiste. D'autre part, celle mettant en lumière les limites d'une approche comparative en la matière, tant les développements sur le front médiatique ont été différents dans les pays étudiés, à savoir la Lettonie et la Serbie, mais aussi l'Ukraine, le Bélarus, l'Albanie, la Géorgie, le Kirghizstan ou la Russie - ce dernier étant le seul à se redéfinir seulement par rapport à son passé et au reste du monde, tous les autres se recomposant peu ou prou au regard des influences européennes, occidentales ou… russes. Enfin, celle qui met en exergue, sans surprise, le « rôle complexe et contradictoire du marché » en la matière. (MT)
*** HANS GEYBELS, SARA MELS, MICHEL WALRAVE (sous la dir. de): Faith and Media. Analysis of Faith and Media: Representation and Communication. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Gods, Humans and Religions », n° 46. 2009, 257 p., 29,90 €. ISBN 978-90-5201-534-7.
Prolongement d'une conférence internationale organisée par le Centre universitaire Saint-Ignatius d'Anvers avec le concours de deux Universités belges, cet ouvrage explore différentes facettes de la relation qui prévaut, de nos jours, entre les croyances religieuses et les médias. Contrairement à hier, les religions comme les idéologies n'ont plus de place privilégiée dans l'espace médiatique, que du contraire même: elles ont désormais à y composer en position de faiblesse avec la dictature du taux d'audience et, parfois, avec les contraintes édictées par l'émergence d'un fait politique plus respectueux de la diversité. De premiers auteurs analysent cette évolution du point de vue critique des religions et, notamment, à la lumière du fossé qui s'est établi entre leur discours et le langage médiatique, des pistes en vue de le surmonter étant esquissées. D'autres contributions portent sur des thèmes qui se retrouvent dans l'actualité, comme celui du foulard islamique, le Pr. Jacques Guyot (Université Paris 8) parvenant au constat que, même dans le pays de la doctrine républicaine de la laïcité, le service public audiovisuel prête une oreille plus indulgente aux messages et actes religieux du cru qu'aux confessions venues plus récemment d'ailleurs, ce qui est une tendance largement répandue dans tous les pays de l'Union (d'autres contributions concernent plus spécifiquement la situation en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas). Ce point de vue est relayé par le chercheur Fadi Kabatilo (Université finlandaise de Joensuu) qui, s'intéressant aux discours des médias occidentaux à propos de la culture musulmane, arrive à la conclusion que les actions menées contre le voile ne le sont pas prioritairement au titre de la défense des droits de la femme, lesquels seraient plutôt instrumentalisés à d'autres fins. Le tout compose un ouvrage qui plaide et donne des idées en vue d'une nouvelle cohabitation entre religions et médias. (MT)
*** GRACE BROCKINGTON (sous la dir. de): Internationalism and the Arts in Britain and Europe at the Fin de siècle. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen, Suisse. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Cultural Interactions Studies in the Relationship between the Arts », n° 4. 2009, 355 p., 44,40 €. ISBN 978-3-03911-128-2.
Les artistes de la fin du XIXème siècle et du début du XXème ont-ils, par leurs pensées, leurs actes, leurs parcours et leurs controverses, quelque chose à nous enseigner une centaine d'années plus tard ? Oui, répondent à l'unisson les historiens de l'art qui signent cet ouvrage après avoir échangé leurs idées lors d'une conférence organisée à l'été 2006 au Magdalene College de l'Université de Cambridge. Pourquoi ? Parce que, explique Grace Brockington dans son introduction, « la fin de siècle a créé les conditions pour la guerre au XXème siècle, mais elle a également créé les conditions pour la mondialisation au XXIème ». Dès lors, ajoute ce maître de conférences à l'Université de Bristol, notre époque, celle de « l'expansion européenne, de l'intégration et du scepticisme », n'est-elle pas tout indiquée pour revisiter avec profit l'histoire des échanges culturels et de l'internationalisme qui prévalaient au tournant des deux derniers siècles écoulés ? Effectivement, la démarche est heureuse car elle a pour premier mérite de rappeler le parcours de personnes qui refusaient la sacralisation des frontières nationales. En clair, les forces nationalistes qui allaient bientôt accoucher de la Première Guerre mondiale n'étaient pas seules en lice en ce temps-là: elles avaient face à elles, en tout cas dans les milieux artistique et intellectuel, des personnages qui se sont faits les hérauts du cosmopolitisme, du transnationalisme, voire même du supranationalisme (concept qui, selon la coordinatrice de l'ouvrage, aurait fait son apparition en 1908), bref d'un internationalisme voulu, selon Akira Iriye, comme la « réponse à la préoccupation apparemment sans fin des grandes puissances d'un renforcement militaire ». Nous n'en sommes plus là, certes, mais n'est-il pas vrai que l'intégration européenne souffre toujours - et peut-être plus que jamais… - de la lutte que mènent, envers et contre tout, les défenseurs acharnés de l'identité et de la souveraineté nationales ? Il est donc tout sauf inutile que de pouvoir se replonger dans le combat pacifique qui fut mené par des hommes et des femmes de ce temps-là, aux quatre coins de l'Europe (outre la Grande-Bretagne, les auteurs embrassent l'Allemagne, la Belgique, la France et l'Italie, bien sûr, mais aussi des pays longtemps jugés périphériques tels que la Bohême, la Hongrie, la Norvège, la Pologne, la Russie et la Slovaquie). Il n'en ressort pas une image univoque ni un message moral, tant il est vrai que certains partisans de l'internationalisme culturel pouvaient, en même temps, flirter avec les thèses réactionnaires ou gauchistes, voire même racistes. Il n'empêche que ces personnes ont, peu ou prou, fait le lit de ce qui s'est enfin révélé possible au lendemain de la Seconde Guerre mondiale… Et qui reste sous la menace permanente du combat entre Anciens et Modernes ! (PBo)
*** ALEXANDRE MIGUEL MESTRE: The Law of the Olympic Games. T. MM. C. Asser Press (P. O. Box 16163, 2500 BD Den Haag. Distribution: Cambridge University Press, the Edinburgh Building, Shaftesbury Road, Cambridge CB2 2RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 315052 - Internet: http://www.cambridge.org ). Collection « Asser International Sports Law Series ». 2009, 242 p., 45 £. ISBN 978-90-6704-304-5.
Avocat portugais spécialisé dans les questions du sport, Alexandre Miguel Mestre examine d'un point de vue juridique, dans cet ouvrage, le « droit olympique » depuis l'invention des Jeux dans l'antiquité. Il va de soi que ce sont surtout les développements plus contemporains qui sont examinés à la loupe, quelques pages étant d'ailleurs aussi consacrées à l'apport du droit européen et de la jurisprudence de la Cour de justice. Dans un deuxième temps, l'auteur décortique plus spécifiquement différents aspects juridiques et institutionnels du Mouvement olympique, en particulier à la lumière du rôle et de la nature du Comité olympique international et des Comités nationaux, ainsi que de nouvelles structures telles que l'Agence mondiale contre le dopage. Dans une dernière partie de l'ouvrage, ce sont les problèmes juridiques que rencontre actuellement le Mouvement olympique qui sont passés en revue: amateurisme et/ou professionnalisme, participation des femmes et des transsexuels, cohabitation avec les Jeux paralympiques, boycott des Jeux, publicité, couverture par les médias, propriété intellectuelle… Des documents de base tels que la Charte olympique sont publiés en annexe, ainsi qu'un index très pratique. (MT)
*** ShiftMag. Europe talks to Brussels. Tipik Communication Agency (270 av. de Tervuren, B-1150 Bruxelles. Courriel: editors@tipik.eu). 2010, n° 13, 36 p..
Outre une interview d'un homme « né dans les États-Unis d'Europe », à savoir Guy Verhofstadt, actuel président du Groupe libéral démocrate, le numéro de printemps de ce magazine présente une série de portraits d'Européens méconnus du plus grand nombre, mais qui méritent de l'être.