Bruxelles, 20/04/2010 (Agence Europe) - Le Parlement européen a débattu, dans la soirée de lundi 19 avril, à Strasbourg, du rapport de Stéphane Le Foll (S&D, français) sur l'agriculture de l'UE et le changement climatique. Le vote aura lieu lors de la session plénière des 5 et 6 mai, à Bruxelles, à cause de l'absence de nombreux parlementaires qui n'ont pu se rendre à Strasbourg du fait des perturbations du trafic aérien.
Le rapport de M. Le Foll, au sujet duquel il n'y a pas encore d'amendements déposés en vue du vote en plénière, fait valoir d'un côté que les activités agricoles et forestières dans l'Union européenne peuvent contribuer à la réalisation des objectifs d'atténuation du changement climatique fixés par l'Union, en apportant des solutions et une aide à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), en encourageant le stockage du carbone dans les sols, en développant la production d'énergies renouvelables durables et en maximisant la fonction de photosynthèse.
Le rapport souligne, de l'autre côté, que l'agriculture européenne doit continuer à s'adapter aux conséquences des modifications climatiques en cours et se préparer à l'impact qu'auront ces changements pour de nombreuses régions de l'Union. L'UE devra, selon le rapport, développer « une stratégie cohérente d'adaptation de l'agriculture aux deux différents types de perturbations climatiques à venir »: - d'une part, le réchauffement climatique moyen ; - d'autre part, la plus forte variabilité des conditions climatiques, se traduisant par la multiplication d'épisodes extrêmes.
Le rapport de M. Le Foll montre que: - les émissions de GES provenant de l'agriculture (y compris l'élevage) ont diminué de 20 % entre 1999 et 2007 dans l'UE ; - au sein de l'Union, la part de l'agriculture dans les émissions de GES est passée de 11 % en 1990 à 9,3 % en 2007, notamment grâce à une plus grande efficacité de l'agriculture communautaire, des innovations constantes et l'utilisation de nouvelles techniques, un usage plus efficace des engrais et les récentes réformes de la PAC (politique agricole commune).
Dans la lutte contre le réchauffement climatique, l'agriculture a « une place et un rôle à jouer », a rappelé le rapporteur, Stephane Le Foll, lors du débat de lundi soir. Il souhaite montrer que l'agriculture « peut continuer à diminuer ses rejets carbonés et ses consommations énergétiques fossiles et participer de manière très active à la fixation du carbone ». Il a estimé qu'il faut passer d'une démarche compartimentée (dès qu'il y a un problème, on le règle en légiférant sur l'eau, sur les sols ou sur les pesticides…) à une approche globale. L'objectif est d'assurer une « transition écologique à l'agriculture » et de garantir que le secteur agricole soit
« performant économiquement, écologiquement et socialement ». Le rapport présente aussi des options sur la réforme de la PAC (politique agricole commune) après 2013. « Il faut que cette PAC d'après 2013 soit ambitieuse et qu'elle s'appuie sur des objectifs permettant aux citoyens de comprendre pourquoi nous avons besoin d'une politique agricole commune », a dit M. Le Foll. « Nous avons besoin d'une PAC car l'Europe de l'agriculture doit assurer à la fois la sécurité alimentaire et s'engager sur la voie de la durabilité », a-t-il conclu. En espérant que le PE, dans sa grande majorité, « me suivra » lors du vote en mai.
Pour Peter Jahr (PPE, allemand), « l'agriculture fait partie de la solution » au problème du réchauffement climatique. Il a ajouté que chaque pays ne peut agir seul, il faut une PAC pour produire des aliments et protéger l'environnement. Anneli Jäätteenmäki (ADLE, finlandaise) a soulevé le problème du transport: « Lorsque l'on produit sans trop devoir transporter les aliments, c'est une bonne façon de produire. Il faut que cette agriculture soit durable du point de vue écologique et il faut investir davantage dans la recherche », a conclu Anneli Jäätteenmäki.
Martin Häusling (Verts/ALE, allemand) a noté que 10% des gaz à effets de serre totaux sont dus à l'élevage (des animaux) et il a critiqué le fait que l'UE importe du soja brésilien et que certaines forêts sont déboisées pour en faire des terres agricoles. Il a plaidé en faveur d'un « approvisionnement européen ». La sylviculture n'est pas assez financée, a estimé par ailleurs Csaba Sándor Tabajdi (S&D, hongrois). Il a estimé aussi que la PAC ne prévoit pas assez de crédits pour récompenser les agriculteurs pour les biens publics procurés (maintien des paysages et de la biodiversité).
Au nom de la Commission, le commissaire européen Andris Piebalgs (Développement) a rappelé que la lutte contre le changement climatique est une priorité mondiale, et que l'UE « apporte sa pierre à l'édifice ». Le secteur agricole contribue déjà à la lutte contre le changement climatique. « Nous avons des politiques pour limiter les émissions de gaz à effets de serre, l'agriculture fournit des sources d'énergie renouvelable et la PAC s'efforce d'optimiser la fonction de puits de carbone des sols agricoles », a rappelé le commissaire, avant de conclure notamment que « nous pensons que le changement climatique doit être traité de façon globale » et qu'il est important d'aider l'agriculture à lutter contre le changement climatique. Pour la PAC post-2013, il convient, selon lui, de « mieux intégrer, dans la PAC, les objectifs de réduction des émissions de gaz à effets de serre ». (L.C.)