Bruxelles, 18/03/2010 (Agence Europe) - Au lendemain de l'annonce du retrait d'Airbus/EADS de la course pour la fourniture d'avions ravitailleurs à l'US Air Force, qu'il avait jugé « hautement regrettable », le nouveau commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, réputé pour son franc-parler, n'a pas mâché ses mots, jeudi 18 mars, vis-à-vis de la politique commerciale ambivalente menée par l'administration américaine. Dans un entretien au quotidien belge De Tijd, M. De Gucht estime quasi inexistante la possibilité de parvenir à un accord avant fin 2010 pour boucler les négociations multilatérales du round de Doha pour la libéralisation du commerce mondial, dont il a fait une des priorités majeures de la politique commerciale de l'UE, imputant à Washington la responsabilité de l'enlisement des négociations. « Un des problèmes, c'est que nous ne savons pas ce que veulent exactement les États-Unis. Ils ne veulent pas d'avancées pour le moment, c'est clair », juge-t-il. « Les États-Unis réclament pourtant une plus grande ouverture des frontières des pays en développement aux produits américains mais ne formulent aucune compensation. L'idée qu'on puisse obtenir des avancées sans faire de concessions est une erreur. Et j'ai l'impression que le processus décisionnel est plutôt à l'arrêt aux États-Unis », poursuit-il, attribuant en partie le blocage du round à la perspective du renouvellement partiel du Congrès américain en novembre prochain, les Démocrates n'étant guère susceptibles de plaider, dans une période économique difficile, pour un accord. L'ancien chef de la diplomatie belge fustige aussi la promesse du président américain Barack Obama de doubler les exportations américaines en cinq ans. Dans un entretien au quotidien britannique Financial Times, il explique: « L'atmosphère générale dans l'UE est beaucoup moins protectionniste qu'elle l'est aux États-Unis. Il est intéressant de noter (…) que [M. Obama] parle d'exportations et pas d'échanges. Le commerce est, par définition, dans deux directions. Doubler les échanges, cela signifie accepter aussi que les importations doublent. Je ne pense pas que ce soit par accident que le terme 'exportations' ait été utilisé plutôt que le terme 'échanges' ». Dans De Tijd, M. De Gucht va encore plus loin, assurant: « Je ne vois pas comment on peut doubler les exportations si on n'a pas une approche de libre-échange. Le protectionnisme ne mènera pas à un doublement des exportations ». (E.H.)