Bruxelles, 18/03/2010 (Agence Europe) - La commission de la pêche du Parlement européen a organisé, mardi 16 mars, une audition sur la conservation des ressources et la gestion de la flotte, un des thèmes principaux de la réforme de la politique commune de la pêche (PCP). Carmen Fraga Estévez (PPE, espagnole) a bien résumé le sentiment qui prévaut largement au sein du PE sur la question controversée des droits de pêche transférables (vendables). « On peut imaginer que ces droits transférables s'appliquent à la pêche en haute mer. Je suis beaucoup plus réticente à l'idée d'appliquer ce système à la pêche côtière et artisanale », a-t-elle dit à la fin du débat.
Carmen Fraga Estévez, la présidente de la commission de la pêche du PE, a estimé que la politique de conservation des ressources est l'un des sujets les plus importants de la réforme et « nous sommes nombreux à penser qu'il s'agit du nœud gordien qui nécessite une réforme en profondeur, si nous souhaitons que la pêche ait un avenir ».
Grímur Valdimarsson, conseiller auprès du directeur général adjoint, département de la pêche et de l'aquaculture à la FAO, a rappelé qu'à partir des années 1980, il y a eu une stagnation des prises mondiales de poissons (82 à 83 millions de tonnes de pêche en mer). Mais l'aquaculture a progressé (surtout celle de Chine) au point de représenter 44% de toute la consommation humaine de poisson. Le secteur gaspille au moins 50 milliards de dollars chaque année, et il convient, selon lui, de passer à une nouvelle ère, celle d'une pêche « durable, responsable et viable économiquement ». Il a critiqué les techniques modernes de pêche qui permettent de « trouver le poisson partout, ce qui entraîne des conséquences graves en matière de gestion » des stocks. Il a appelé à sortir de la léthargie actuelle, et a préconisé un système de gestion des captures basé sur des droits. Il a admis que beaucoup de critiques s'élèvent contre les quotas individuels transférables (vendables), mais a expliqué qu'il existait une myriade de catégories de systèmes basés sur les droits.
Thomas Hojrup, professeur en ethnologie à l'université de Copenhague (Danemark), a conseillé d'investir dans la pêche de première qualité, c'est-à-dire celle qui se pratique près des côtes. Il a estimé au contraire qu'un système de quotas transférables « ne permet pas de résoudre les problèmes de la pêche ». Au Danemark, « les grands navires ont pu gagner la bataille de la concurrence contre les petits, et ont pu monopoliser la gestion des quotas », a expliqué le professeur. Ce système a eu pour effet de « mettre à genoux des communautés entières de pêcheurs » (artisanaux), a-t-il conclu.
S'adapter aux marchés locaux. Fredrik Lundberg, président de l'organisation des pêcheurs des îles Åland (pêche saisonnière de cabillaud et de saumon, notamment), a expliqué que « la pêche côtière doit relever des défis très particuliers, et ces défis ne sont pas suffisamment pris en compte par la PCP ». Par exemple, « nous souhaitons améliorer les profits, c'est-à-dire faire plus d'argent avec moins de poissons, en vendant directement aux consommateurs ». « La PCP se fonde sur des restrictions, des interdictions, ce qui limite les possibilités des pêches côtières », a-t-il souligné. Il a défendu une position radicale: « C'est à l'État membre de décider de ce qui doit être fait », et pas à l'Europe. Les possibilités liées au commerce n'ont pas été suffisamment exploitées par les pêcheurs, a-t-il noté par ailleurs (filetage, salage, vente sur les marchés locaux). Il a regretté enfin « les contrôles exagérés » et le fait qu'à cause des règles communautaires, « on ne peut pas passer d'une espèce à l'autre ou d'un engin de pêche à un autre ».
Grzegorz Halubek, président de l'association des pêcheurs polonais, a soutenu les plans de gestion pluriannuels (comme celui qui concerne le cabillaud en mer Baltique), tout en estimant toutefois qu'ils ne doivent pas être « gravés dans le marbre ». Un degré de flexibilité est nécessaire pour réagir aux changements qui ont lieu dans le milieu marin, a-t-il conseillé. « Si on limite trop les prises, cela peut conduire à des prises accessoires ou à des captures non déclarées », a-t-il fait valoir. Sur la gestion de la flotte, la surcapacité est le problème principal, mais il faudrait, selon lui, protéger les flottes les plus petites tout en respectant les « durs principes de l'économie de marché ». Un système de quotas transférables aurait des avantages: il aboutirait au retrait d'une partie des bateaux sans aide publique, et ainsi permettrait de réduire sensiblement la taille de la flotte et d'en améliorer la rentabilité.
Mme Guðríður Margrét Kristjansdottir, conseillère pêche à la Mission de l'Islande auprès de l'Union européenne, a expliqué la gestion de la pêche dans le pays: des quotas individuels transférables, une interdiction des rejets et pas de restrictions sur le nombre de navires. Isabella Lövin (Verts/ALE, suédoise) a rappelé les conséquences néfastes en Islande des quotas individuels transférables: « Les gros bateaux qui achètent les petits, et les spéculations qui en découlent ». Les droits de pêche transférables devraient être attribués aux pêcheurs qui utilisent les techniques les plus écologiques, a-t-elle estimé. Elle a suggéré que les industriels qui pêchent en mer soient responsables financièrement des dégâts qu'ils causent en mer. (L.C.)