Les trois commentaires consacrés au rôle élargi du Conseil européen et à l'exigence que l'équilibre entre les institutions communautaires soit quand même respecté peuvent être complétés par quelques considérations ou constatations liées aux évolutions les plus récentes ou en cours.
1. Le Conseil européen est déjà, selon son président, le « gouvernement économique » de l'UE. Sa vision du rôle du Conseil européen, Herman Van Rompuy la considère comme acquise, du moins pour un aspect fondamental, celui de la gouvernance économique de l'Union. Dans son allocution du 25 février devant le Collège d'Europe de Bruges, il a déclaré que le premier résultat du Sommet du 11 février a été que « le Conseil européen devient le gouvernement économique de l'Union », et que la crise économique et financière impose d'avancer dans cette direction. Son principe fondamental étant qu'il n'exprime jamais ses opinions personnelles mais celles de l'institution qu'il préside, il faut en déduire que le Conseil européen est effectivement décidé à assumer cette responsabilité, et qu'il se comporte déjà en conséquence.
Bien entendu, ce qui est acquis est le principe du rôle du Conseil européen. Les modalités et surtout le contenu des politiques sont à définir. Les aspects les plus urgents - cas de la Grèce et nouvelle discipline pour le monde de la finance - sont en élaboration au sein des instances ministérielles compétentes, Conseil ÉCOFIN et Eurogroupe, en liaison avec la Commission européenne. Dans ces négociations, l'Allemagne et la France coordonnent leurs positions à tous les niveaux, ce qui est d'autant plus utile qu'au départ, ces deux pays avaient des positions de principe assez éloignées, l'Allemagne étant méfiante à l'égard de toute ingérence européenne contraignante en matière de politique économique. Et le rôle du PE ne doit jamais être oublié.
2. Volet extérieur indispensable. M. Van Rompuy a ajouté que le gouvernement économique de l'UE devra présenter des positions européennes communes dans les instances internationales qui, comme le G20, représentent un pas vers la gouvernance économique mondiale. Le président n'exprime pas une opinion personnelle (qui serait contraire à ses principes), mais une constatation: le volet externe du gouvernement économique interne est indispensable. Une politique économique coordonnée à l'intérieur de l'UE sans positions communes vers l'extérieur ne pourrait pas fonctionner. Par exemple, dans le monde globalisé, la réglementation bancaire n'est pas une affaire interne, c'est une affaire internationale. L'UE négocie déjà en tant qu'ensemble les questions commerciales, il doit en être de même pour les relations économiques extérieures: l'Europe doit parler d'une seule voix. Le G20 est le forum approprié pour le faire (aussi bien le Conseil européen que la Commission y sont présents au niveau le plus élevé, en plus des États membres), et le Conseil européen est bien placé pour préparer les positions européennes communes. M. Van Rompuy a ajouté que la zone euro doit réfléchir à sa propre représentation unifiée dans des institutions comme le FMI (Fonds monétaire international), alors que, pour le moment, les États membres y siègent à titre individuel.
3. Ce que la BEI pourrait faire pour la Grèce. Le président de la Banque européenne d'investissement, Philippe Maystadt, en présentant l'activité de 2009 et les perspectives pour l'avenir, a rappelé que la BEI ne peut pas octroyer des prêts directs à un État membre en difficulté mais qu'elle peut y financer des investissements (voir notre bulletin n° 10086). Une possibilité serait que la BEI fournisse à la Grèce les ressources destinées à financer la part nationale des interventions des Fonds structurels de l'UE. Les subventions de ces Fonds sont en effet subordonnées à la condition que les pays bénéficiaires participent au financement ; la BEI pourrait emprunter sur les marchés à des taux sensiblement inférieurs à ceux qui seraient demandés à la Grèce. Il s'agirait d'un montant situé, en 2010, entre 1 et 2 milliards d'euros, en plus des prêts classiques. Modeste, mais concret.
4. Si le rêve de Nigel Farage se réalise… L'objectif avéré du parlementaire européen qui, la semaine dernière, a lourdement insulté Herman Van Rompuy, est que son pays, le Royaume-Uni, quitte l'Union européenne. Si son rêve se réalise, lui-même n'aurait plus la possibilité de s'exprimer nulle part en tant qu'élu du peuple, car son parti n'a pas un seul parlementaire aux Communes ! Et, compte tenu du système majoritaire britannique, il n'est pas près d'en avoir. Ce qui signifie que son élection n'est possible qu'au Parlement européen, où le scrutin est proportionnel. Adieu la possibilité de se faire entendre par les autorités de toute l'Europe, finie la publicité à son langage insultant, exit la diffusion continentale de ses idées anti-européennes alors que tellement de pays se battent pour l'adhésion. Si les citoyens de son pays le suivent, la porte de sortie de l'UE leur est ouverte ; mais, en même, temps sa carrière politique est close.
(F.R.)