*** Europe, donner corps à une idée - Europe, giving shape to an idea. Secrétariat général du Conseil des Communautés européennes (Office des publications de l'Union européenne) en partenariat avec, pour la version française, Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Internet: http://www.bruylant.be ) et, pour la version anglaise, Anthem Press (75-76 Blackfriars Road, London SF1 8HA, UK. Tél.: (44-20) 74014200- fax: 74014201). 2009, 304 p., 25 €. ISBN 978-2-8027-2841-2 (Fr) ou 978-1-8433-1829-3 (En).
Voici un ouvrage somptueux, dans sa forme comme dans son contenu, qui aurait mérité de se retrouver sous bien des sapins ou sous le gui voici quelques jours à peine. Peu importe: des jours de fête où des cadeaux sont échangés, il y en aura encore beaucoup, et ce seront autant d'occasions d'offrir ce présent que toutes les autorités européennes, que celles-ci soient « institutionnelles » ou nationales, seraient bien inspirées de remettre à leurs visiteurs, les étrangers de marque, bien entendu, mais plus encore aux citoyens plus ou moins anonymes.
Comment justifier un tel enthousiasme ? Très simplement. D'abord, il y a la démarche judicieuse qui est à la base de ce livre appelé à devenir « de collection ». Voici quatre ans, le Secrétariat général du Conseil de l'Union avait publié, à des fins strictement internes et protocolaires, un ouvrage hors commerce sur l'histoire des idées et des projets sur l'intégration européenne. Fort bien. Mais pourquoi en priver un public plus large ? Cette question, certains se la sont posée au sein du quartier général du Conseil des ministres, et ce nouvel ouvrage est l'heureuse réponse qui lui a été apportée: demain, le citoyen pourra l'acquérir, à un prix délibérément incitatif pour ce qui relève à l'évidence du « livre d'art », dans toutes les « bonnes librairies ». Grâce en soit rendue à un partenariat public-privé digne d'éloges, l'édition et la diffusion étant assurées avec la complicité du Forum des éditeurs de l'Union européenne qui réunit, à l'initiative de l'Office des publications, des éditeurs privés établis dans les États membres et les éditeurs institutionnels de l'Union. Également publié en allemand chez Nomos, l'ouvrage pourra l'être d'ailleurs aussi, à l'avenir, dans d'autres versions linguistiques si d'autres maisons d'édition se manifestent. C'est un pas dans le respect concret de la diversité qui est l'essence de l'unité européenne voulue, déjà, par bien des précurseurs.
L'enthousiasme découle ensuite de la qualité graphique et iconographique de cet ouvrage grand format, ainsi que de son découpage éditorial. La qualité du papier et de l'impression, la mise en page créative et soignée, tout est au service d'un délice visuel dont quelque deux cents documents iconographiques puisés à des sources diverses - photothèques des institutions européennes, collections de la Bibliothèque des Nations Unies à Genève, Bibliothèque Royale de Belgique, autres fonds publics et collections privées - sont les joyaux sertis d'éclairs intellectuels sortis de la nuée des temps écoulés. Ces éclairs prennent la forme d'extraits d'œuvres originales d'auteurs qui, du Moyen Âge aux « pères fondateurs » de l'Union, ont formulé des propositions afin que l'Europe dépasse sa fragmentation. « Plus que les visionnaires, ce sont les architectes qui sont mis en valeur, c'est-à-dire ceux qui ont fait l'effort de couler leurs idées dans une forme concrète et structurée », explique d'emblée le directeur général honoraire du Conseil, Jean-Paul Jacqué.
Précisément, l'enthousiasme est enfin - et surtout ! - suscité par cette révélation en forme, pour certains, de confirmation: le « seul » mérite de ceux qui resteront comme les « Pères fondateurs » sera d'avoir été les premiers « faiseurs d'utopie » à avoir réussi le « passage de l'utopie au réel » ! Tout au plus ceux qui les ont précédés depuis Dante avaient-ils omis de réfléchir, au fil des siècles, à la comitologie (on leur en sied grâce !) et à une institution « au-dessus » des États souverains sur un champ limité de compétences qu'on nommerait un jour Haute Autorité, puis Commission - ce qui, au passage, explique à n'en point douter leur échec à transformer l'utopie en réalité… Pour le reste, toutes les préoccupations actuelles de l'Union - la répartition des compétences, la subsidiarité (déjà, dans « De Monarchia », Dante expliquait qu'on ne pouvait appliquer les mêmes règles aux « Scythes (…) accablés par un froid glacial presque insupportable » et aux « Garamantes qui, vivant au-dessous de la ligne équinoxiale (…), ne peuvent se couvrir de vêtements en raison de la température excessive de l'air », le maintien des identités nationales, les prises de décision, les frontières ultimes de l'Europe… - se retrouvent sous la plume des « anciens » qui ont pensé l'Europe désirable, chacun d'entre eux étant introduit par une courte biographie et les extraits choisis faisant l'objet d'un commentaire. Sachant que tous, en tout cas, partageaient une même conviction, à savoir que « l'organisation de l'Europe est la condition de la paix », il n'est pas faux de penser, ainsi qu'y invite Jean-Paul Jacqué, que « les pères fondateurs se seraient trouvés devant une page blanche » sans l'inlassable travail intellectuel en amont des architectes visionnaires.
Un dernier mot: toute sélection est, par nature, arbitraire. Fort heureusement, l'ouvrage fait découvrir des penseurs - philosophes, juristes, publicistes, politiques… - moins connus ou oubliés, voire carrément ignorés dans le noyau originel de l'Union. D'autres, par contre, parfois plus connus, n'ont pas trouvé leur place dans l'ouvrage. Qu'il soit seulement permis à l'auteur de ces quelques lignes de citer l'un d'eux, Machiavel, en ce que le propos qui suit, s'il n'est positif qu'en creux, représente la clé pour comprendre bon nombre de difficultés qui n'ont cessé, depuis soixante ans, d'entraver par moments la révolution européenne: « Et il faut penser qu'il n'y a chose à traiter plus pénible, à réussir plus douteuse, ni à manier plus dangereuse que de s'aventurer à introduire de nouvelles institutions ; car celui qui les introduit a pour ennemis tous ceux qui profitent de l'ordre ancien, et n'a que des défenseurs bien tièdes en ceux qui profiteraient du nouveau. Laquelle tiédeur vient en partie de la peur des adversaires qui ont les lois pour eux, en partie aussi de l'incrédulité des hommes qui ne croient pas véritablement aux choses nouvelles s'ils n'en voient déjà réalisée une expérience sûre. D'où il naît que toutes et quantes fois ceux qui sont adversaires ont commodité d'assaillir, ils le font en ardents partisans et les autres se défendent tièdement ; en sorte que tout périclite avec eux ».
Michel Theys
*** CLAIRE LOBET-MARIS, ROBIN LUCAS, BENJAMIN SIX (sous la dir. de): Variations sur la confiance. Presses Interuniversitaires Européennes (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717-- fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Philosophie b& Politique », n° 18. 2009, 206 p., €. ISBN 978-90-5201-525-5.
Sans la confiance, toute forme de vie en société serait impossible. Mais la confiance, qu'est-ce sinon un concept flou qui, ainsi que le souligne Claire Lobet-Maris dans sa préface à ce bel ouvrage, navigue « de manière insigne entre les rivages de l'éthique, de la psychologie, de l'économie, de la sociologie et de la philosophie… entre saut irrationnel et pari raisonnable » ? Le premier mérite de ce livre - qui est le point d'orgue d'un séminaire d'une année consacré par la Cellule Interdisciplinaire de Technology Assessment des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur au thème « Confiance et Gouvernance: s'engager dans un monde incertain » - est de commencer par tenter de cerner ce concept polysémique en s'attaquant à ses fondements épistémologiques à travers la présentation d'approches philosophiques et sociologiques. Dans une deuxième partie, les auteurs mettent en scène la confiance dans différents contextes - sociaux, politiques, technologiques - et l'interrogent dans ses conditions pratiques et, surtout, dans ses limites face aux défis et aux incertitudes d'une modernité marquée par la globalisation, la fragmentation et la médiatisation des espaces sociaux. Ils y montrent, entre autres, le cul-de-sac où conduit de plus en plus, désormais, le recours traditionnel à l'expertise comme voie de sécurisation des décisions individuelles comme publiques, ce qui appelle, résume la sociologue Claire Lobet-Maris, « de nouvelles voies de délibération capables de soutenir les régulations collectives nécessaires entre enjeux globaux et contextes locaux ». D'où la dernière partie de l'ouvrage qui invite à un vrai travail de refondation des bases de la confiance dans des formes innovantes de gouvernance et de régulation collective, faute de quoi la démocratie ne résistera pas à la crise de confiance entre le citoyen et le politique, s'abandonnant aux « sombres destins de l'individualisation, du repli identitaire et de la violence sociale ». Les regards croisés de philosophes, sociologues, politologues et spécialistes de la science de la communication montrent qu'il n'est pas trop tard, mais qu'il est temps de faire preuve de créativité.
(MT)
*** CESAREAO RODRIGUEZ-AGUILAR DE PRAT: Political Parties and European Integration. Presses Interuniversitaires européennes - Peter Lang (voir coordonnées supra). 2009, 273 p., 35,50 €. ISBN 978-90-5201-535-4.
Écrit par un politologue chargé de cours à l'Université de Barcelone dans le domaine de l'intégration européenne, cet ouvrage vise à combler un manque de recherches sur les partis politiques nationaux dans le contexte européen. Lorsque les conséquences potentielles que l'Union peut avoir sur les partis sont étudiées, c'est la plupart du temps en relation avec le Parlement européen (élections européennes et caractéristiques des groupes politiques), très peu d'auteurs se focalisant sur l'orientation européenne des partis, les propositions de leurs programmes, leurs stratégies politiques ou leurs actions concrètes. Or, il est établi que l'Union affecte la structure des États et que, partant, les partis politiques le sont aussi. Tel est précisément le champ d'observation de ce livre. Dans une première partie, l'auteur examine le rôle des partis dans l'Union à travers leurs relations avec les groupes politiques au Parlement et à travers la forme que prennent les partis européens. Il cherche à décrire les causes des difficultés que rencontrent les partis à l'intérieur des institutions communautaires par rapport aux institutions de l'État où ces formations ont un rôle plus important. La deuxième partie de l'ouvrage est de nature empirique, consistant en une analyse des manifestes et programmes des partis politiques ayant obtenu une représentation au Parlement européen pour les six États les plus peuplés de l'Union. Selon ce que proposent ces programmes, présentés lors des élections de 2004, les partis sont ensuite répertoriés selon l'axe classique gauche/droite et celui du supranationalisme/intergouvernementalisme.
(NDu)
*** ENRICO BORGHETTO, FABIO FRANCHINO: The Role of Subnational Authorities in the Implementation of EU Directives. Editions IHS (Institute for Advanced Studies, 56 Stumpergasse, A-1060 Vienne, Autriche. Internet: http://www.ihs.ac.at ). Collection 3Political Science Series3, n° 119. 2009, 27 p..
Cet opus examine le rôle formel des autorités sous-nationales dans la mise en place de politiques régulatrices européennes. Jusqu'à présent, la majorité des études en ce domaine spécifique se concentrait sur la formulation des politiques et sur la mise en œuvre des fonds régionaux. Cette fois, les auteurs élargissent le champ de recherche pour y inclure la transposition de directives européennes au niveau infranational. Les autorités à ce niveau ont, en effet, un rôle certes secondaire, mais toujours grandissant, dans la mise en place de ces mesures, leur impact étant grandissant dans les politiques environnementales et sociales. En réalité, l'étude montre que les États décentralisés présentent de hauts niveaux d'implication de l'échelon sous-national, mais que plus le nombre d'actions au niveau sous-national est grand, plus diminue la probabilité de trouver facilement des mesures de transposition. Par ailleurs, l'auteur note qu'il y a plus d'implication du niveau sous-national dans les États où les territoires disposent d'un gouvernement élu et où des accords spéciaux régulent leurs relations avec l'Union européenne.
(NDu)
*** MATTHIAS THEODOR VOGT, JAN SOKOL, BEATA OCIEPKA, DETLEF POLLACK, BEATA MIKOLAJCZYK (sous la dir. de): Peripherie in der Mitte Europas. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3751727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http: //http://www.peterlang.net ). 2009, 375 p., 52.80 €. ISBN 978-3-631-58031-8
Cet ouvrage est le deuxième d'une série de quatre tomes dont les contributions sont issues du collège Pontes qui, établi sous l'autorité des ministres des Affaires étrangères d'Allemagne, de République tchèque et de Pologne, avait pour objectif d'investiguer la problématique de la solidarité à travers le prisme de plusieurs disciplines scientifiques. Ce deuxième tome se penche plus particulièrement sur la question du rapport centre-périphérie dans le cadre de l'Union européenne et de son élargissement à l'Est. Les premières contributions apportent une réflexion sur les différents paradigmes qui sont repris dans le reste de l'ouvrage, dont ceux de « périphérie » et « frontière ». Une analyse historique est ensuite donnée sur la région frontalière entre l'Europe de l'ouest et l'Europe de l'est. Les thèmes de l'identité et de la démocratie dans les nouveaux États membres sont également abordés, ainsi que la question allemande. Le thème de la « provincialisation » est enfin exploré avec minutie.
(JD)
*** Eyes on Europe. La gestion de crise par l'Union européenne. ASBL Eyes Europe (c/o Institut d'Études Européennes, 39 av. Franklin Roosevelt, B-1050 Bruxelles. Courriel: eyesoneurope@gmail.com - Internet: http://www.eyesoneurope.eu ). 2009, n° 11, 80 p., 4 €.
Gérée, rédigée et publiée par un collectif d'étudiants et de doctorants des Instituts d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles, de l'Université de Genève et de l'Université de Berlin, cette revue trilingue a pour objectif principal d'apporter un regard nouveau sur l'actualité européenne par le biais d'articles à la fois sérieux et percutants, car « jeunes ».
Dans ce numéro, la question de la gestion de crise par l'Union européenne est traitée de manière pluridisciplinaire, avec des contributions de doctorants, de professeurs et de personnalités politiques. Il ne s'agit pas seulement de la crise économique et financière, mais aussi des crises politiques, en Europe et dans le monde, ainsi que de la crise environnementale. Parmi les auteurs, on y trouve notamment Javier Solana, Charles Michel ou encore Pervenche Berès pour le monde politique, ainsi qu'Éric Remacle, Philippe Van Parijs ou Alessandro Turrini pour la dimension académique.
Outre la publication papier, Eyes on Europe possède un site Internet qui permet une plus grande interactivité avec les lecteurs et la diffusion, en différé, des articles du journal et d'inédits. Une heureuse initiative !
(JD)