Bruxelles, 18/01/2010 (Agence Europe) - Le commissaire désigné à la Santé et à la Protection des consommateurs, dont le portefeuille couvrira désormais aussi la politique du médicament, a réussi à traverser sans encombre les trois heures d'auditions, jeudi 14 janvier, devant la commission de l'environnement et de la santé publique rejointe pour l'occasion par des membres d'autres commissions. Sa devise « les patients d'abord, les consommateurs d'abord », sa volonté de concertation, son engagement à faire preuve de fermeté, ont plu aux députés, en particulier à la sociale-démocrate allemande Dagmar Roth Behrendt qui l'a applaudi de manière répétée, comme l'a observé, à l'issue de l'audition, le président de la commission de l'environnement, le social-démocrate allemand Jo Leinen.
Paquet pharmaceutique. Interrogé par le démocrate-chrétien allemand Peter Liese sur les possibles changements et additions au paquet pharmaceutique, John Dalli a souhaité avancer aussi rapidement que possible sur les deux parties non controversées du paquet (la pharmacovigilance et les produits médicaux falsifiés) puis réévaluer la troisième, portant sur l'information aux patients, afin de « renforcer la perspective du patient dans la proposition ». En répondant à une autre question, il a expliqué qu'il s'agirait notamment de faire une distinction plus nette entre l'information et la publicité et de rappeler la nécessité de consulter un professionnel.
En répondant à la conservatrice britannique Marina Yannakoudakis sur l'équilibre à trouver entre les besoins des patients et ceux de l'industrie, il a dit que « donner la priorité aux patients ne signifie pas exclure un engagement fort pour que l'industrie pharmaceutique reste compétitive et profitable ». D'accord avec la travailliste britannique Glenis Willmott pour dire que la priorité doit être la santé, il a estimé possible de trouver une solution « bénéficiant aux deux parties ». Il a souhaité s'appuyer sur les députés et les organisations de patients, qui doivent être « suffisamment soutenues » par des modes de financements novateurs.
La libérale bulgare Antonyia Parvanova a soulevé la question des médicaments contrefaits et du commerce en ligne de médicaments. Sur le premier point, M. Dalli a estimé que les contrefaçons ne sont « pas seulement un danger pour les consommateurs mais aussi pour l'innovation ». Sur le second, il a souhaité « travailler dur pour que les mêmes contrôles s'appliquent au commerce en ligne et hors ligne ».
Les soins transfrontaliers. M. Dalli a approuvé Radvilé Morkunaité-Mikuléniné (PPE, lituanienne), en estimant que la directive sur les droits des patients dans les soins transfrontaliers, actuellement bloquée au Conseil, doit aller de l'avant. Il a souhaité « travailler avec la Présidence espagnole et le Conseil pour forger une solution ». À Dagmar Roth-Behrendt, il a dit qu'il sera ferme au Conseil. Rappelant son passé de ministre maltais, il a dit qu'il avait souvent été critiqué à cause de sa fermeté, notamment lorsqu'il s'agissait de faire passer des réformes.
L'information des consommateurs. John Dalli entend mettre l'accent sur les questions de l'abus d'alcool, du tabagisme et de l'obésité, a-t-il indiqué en réponse à la travailliste britannique Linda McAvan sur l'héritage qu'il souhaiterait laisser dans cinq ans. La clé serait, pour lui, d'informer les citoyens plutôt que de leur imposer une législation. Il a ajouté que « le plus tôt nous nous occupons des enfants, mieux c'est » et a dit avoir « besoin de budgets suffisants » pour investir davantage dans la prévention.
En réponse à Renate Sommer (PPE, allemande), il a expliqué que l'objectif doit être d'« émanciper les consommateurs ». Ceux-ci « doivent être informés, afin de décider par eux mêmes de ce qui est bon ou non pour eux », a-t-il déclaré. « Je ne veux pas dire aux citoyens européens quoi manger, mais leur dire ce qu'ils mangent », a-t-il ajouté. Au libéral néerlandais Toine Manders qui lui proposait de réduire toutes ces informations que l'on fait figurer à grands frais pour les fabricants sur les produits puisqu'on peut désormais les mettre sur Internet, le commissaire désigné a répondu que, d'une part, tout le monde n'a pas encore Internet et que, d'autre part, on imagine mal un client rentrer chez lui pour consulter Internet avant de retourner dans le magasin effectuer son achat. « C'est dans le magasin que le consommateur doit pouvoir s'informer », a-t-il ajouté.
M. Dalli a indiqué qu'il serait responsable de la coordination des questions de consommation à la Commission et veillerait à ce que chaque nouvelle proposition tienne compte de la perspective du consommateur. « Je veillerais à ce que l'intérêt du consommateur soit pris en compte dans chaque proposition soumise au collège (…) Je suis responsable de la coordination en matière de la protection des consommateurs », a-t-il déclaré en réponse aux doutes soulevés par la sociale-démocrate allemande Evelyne Gebhardt sur la fragmentation de la protection des consommateurs dans les services. Mme Gebhardt ayant remarqué que Mme Reding avait aussi revendiqué cette responsabilité de coordination, M. Dalli a ajouté que le président Barroso la lui avait confiée en lui présentant son portefeuille.
La vulnérabilité des enfants en tant que consommateurs a également été soulignée par certains députés. La verte allemande Heide Rühle a estimé que la surveillance du marché est aussi importante que la législation en ce qui concerne certains produits sensibles, comme les jouets. La députée a également demandé si une nouvelle standardisation est justifiée, étant donné l'imprécision des normes concernant les jouets. M. Dalli a répondu qu'un développement des capacités de surveillance est nécessaire, les États membres manquant souvent de moyens dans ce domaine. Zuzana Roithová (PPE, tchèque) a souhaité que des normes particulières soient édictées concernant les chaussures pour enfants, et M. Dalli s'est dit prêt à travailler sur ce dossier.
Clonage. M. Dalli a espéré que « dans un an, nous puissions publier un rapport sur la manière de traiter la question du clonage » des animaux, qui sera discutée avec le Parlement, a-t-il déclaré en réponse à Kartika Tamara Liotard (GUE/NGL, néerlandaise) et Horst Schnellhardt (PPE, allemand).
OGM. Interrogé par Corinne Lepage (ADLE, française) sur la façon de traiter la question des OGM, M. Dalli a estimé que « la base de nos décisions est la science » et qu'il est « très important que les avis donnés soient indépendants ». Il a en outre souhaité évaluer régulièrement l'indépendance des différentes agences.
Sur la question de l'étiquetage des OGM, réclamé par le Parlement, M. Dalli a promis, en réponse à Michail Tremopoulos (Verts/ALE, grec), de « prendre en compte chaque aspect du problème et d'en discuter ».
Recours collectifs. Louis Grech (S&D, maltais) a sollicité l'opinion de M. Dalli sur les recours collectifs, une question abordée par le commissaire désigné dans ses propos introductifs. M. Dalli a estimé qu'« il n'y a pas seulement la volonté mais aussi un mouvement » en leur faveur, et souhaité travailler, avec les autres commissaires, à développer la législation dans ce domaine. (O.J.)