login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10058
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La nouvelle Commission européenne se présente sous des auspices largement favorables - Le cas de Michel Barnier

Faut-il attendre que soient achevées les auditions des nouveaux commissaires par les parlementaires européens avant de porter un jugement d'ensemble ? Sans doute, et attendre aussi le vote final du Parlement prévu pour la semaine prochaine ; c'est à lui de se prononcer. Mais, sans attendre la conclusion, je souhaite souligner à quel point l'exercice a été jusqu'à présent, dans l'ensemble, positif pour l'Europe et encourageant grâce à la ténacité et à la curiosité des parlementaires (malgré quelques dérapages) et à la préparation et à la volonté d'agir de la plupart des candidats. Quelques moments faibles étaient inévitables, les savants trouvent des faiblesses même dans Shakespeare ; mais, à mon avis, cette partie des media qui a concentré son attention sur une paire d'attaques personnelles (d'ailleurs totalement injustifiées au moins dans un cas), à la recherche du sensationnel pour attirer les lecteurs, s'est couverte de ridicule, alors qu'en fait les auditions ont permis à plusieurs commissaires désignés d'affirmer leur personnalité, de prouver leur connaissance des problèmes européens et de montrer leurs ambitions pour l'évolution communautaire. Un exercice qui devrait rendre espoirs et élans, en ce moment où la mode est au dénigrement de la construction européenne.

Idées claires sur les services financiers. En positif, je cite d'abord Michel Barnier non pas pour établir un classement, qui serait ridicule, mais parce que sa désignation avait provoqué des polémiques dès qu'elle avait été connue, non pas à propos de l'ensemble de son portefeuille - le marché intérieur européen - mais d'un aspect spécifique: les services financiers. C'est compréhensible: c'est la réglementation du monde de la finance qui est en jeu, et l'UE entend jouer un rôle de pointe. Les intérêts des États membres divergent en partie, selon le poids de l'industrie financière dans leur économie, et les grandes banques ne manquent certes pas de moyens pour se faire entendre. M. Barnier a déclaré qu' « aucun marché, aucun acteur, aucun produit financier, aucun territoire ne doit échapper à une régulation pertinente et à une surveillance efficace », tout en soulignant qu'il ne recevra « aucun ordre ni de Paris, ni de Londres ni d'ailleurs ». Affirmations de principe ? Certes ; mais M. Barnier a en outre précisé son opinion sur quelques aspects fondamentaux, comme la supervision, en affirmant explicitement que le compromis réalisé en décembre, au sein du Conseil ÉCOFIN, n'était pas positif et qu'il défendra la position initiale de la Commission à propos des pouvoirs des trois futures autorités européennes de supervision. Du moment que le rapporteur du Parlement européen sur ce dossier, Sylvie Goulard, a pris position dans le même sens, et que le Parlement est co-législateur avec le Conseil, l'évolution sera intéressante ; cette rubrique y reviendra.

La place financière de Londres doit-elle craindre les nouvelles règles ? M. Barnier a répondu en citant Adam Smith: « Le marché ne peut pas fonctionner sans règles, ni sans une certaine éthique », en ajoutant: « Ce n'est pas dans l'intérêt de l'industrie financière britannique, dont l'Europe a besoin, de devoir faire appel aux fonds publics pour réparer les conséquences de crises dues à l'absence de transparence et de supervision. »

Une condamnation bienvenue. Au-delà du dossier des services financiers, M. Barnier a pris position explicitement sur d'autres aspects du marché intérieur qui traînent parfois depuis des années, dont notamment: la garantie pour tous les citoyens d'avoir accès à des « services économiques d'intérêt général » de qualité ; une solution aux obstacles qui continuent à entraver le fonctionnement du brevet européen ; la traçabilité des produits, notamment en provenance des pays tiers, afin de garantir la qualité et combattre la contrefaçon ; la mise en œuvre effective, dans tous les États membres, de la fameuse directive sur la libération des activités des services, qui est positive pour les travailleurs et pour l'économie, si elle est correctement appliquée.

Mais à quoi bon poursuivre cette liste ? J'invite le lecteur à relire l'ample compte rendu de l'audition de Michel Barnier publié dans notre bulletin N°10056, et à la mettre de côté pour en suivre la concrétisation.

J'ajoute une phrase qui m'a fait sursauter de plaisir: « La spéculation sur les denrées alimentaires est scandaleuse alors que le monde compte un milliard d'affamés ». Qu'il soit possible, aux États-Unis et ailleurs, de faire de la spéculation purement financière sur les cours des denrées alimentaires, sans en posséder un seul kg, et provoquer soit la baisse des prix (en ruinant les agriculteurs), soit leur hausse (en aggravant la situation des gens qui ont faim), c'est l'une des hontes de notre société. J'aurai eu envie d'embrasser M. Barnier lorsqu'il a prononcé cette phrase: heureusement pour lui, ce n'était pas possible.

Je poursuivrai demain ces considérations sur les auditions parlementaires des commissaires, même si elles sont toujours en cours et si le vote final n'interviendra que la semaine prochaine.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES
INTERPENETRATION ECONOMIQUE
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE