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Bulletin Quotidien Europe N° 10051
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'UE se prépare à relancer son action pour un consensus mondial efficace et contraignant contre le changement climatique

Intentions et espoirs. La déclaration finale de la conférence climatique mondiale de Copenhague a profondément déçu les autorités de l'UE ; le président du Conseil européen, Fredrik Reinfeldt (Suède) et le président de la Commission, José Manuel Barroso, l'ont considérée comme un compromis au rabais qu'ils ont souscrit dans le but de sauvegarder les soutiens aux pays en développement. Ce texte comporte quelques engagements de principe et un calendrier rapproché pour les travaux futurs ; le processus est entamé, l'essentiel reste à faire (voir notre bulletin n° 10045). Deux jours plus tard, le Conseil Environnement a exprimé sa vive déception pour des résultats qui, selon le président suédois du Conseil, Andreas Carlgen, ne répondent pas aux attentes de l'humanité et aux ambitions européennes, en confirmant que l'UE « continuera à poursuivre un accord juridiquement contraignant » visant à contenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 degrés (voir notre bulletin n° 10046). À présent, l'UE regarde en avant, déterminée à continuer à jouer un rôle de pointe. Le Conseil Environnement se réunira en session informelle dès la fin de la semaine prochaine (du 15 au 17 janvier à Séville) et il disposera d'une analyse détaillée de l'Accord de Copenhague que la Commission européenne a annoncé pour les prochains jours, sans attendre l'investiture officielle de « Barroso 2 ». La présidente espagnole de ce Conseil, Teresa Ribera, a estimé qu'une base de travail existe et que l'objectif est que l'accord mondial juridiquement contraignant soit conclu en novembre à Mexico.

L'UE se battra en ce sens, en agissant en même temps sur les dossiers parallèles, en premier lieu celui de la biodiversité, tout autant essentiel et dans lequel l'UE ne peut pas être efficace toute seule. Les objectifs mondiaux fixés pour 2010 ne seront pas atteints ; l'UE, tout en renforçant son action, se battra pour que des objectifs ambitieux soient fixés par la conférence d'octobre prochain à Nagoya (Japon).

Les industries défendent leurs intérêts. Le résumé schématique de la situation et du calendrier ne doit pas cacher le nombre des incertitudes et des risques de dérapage qui subsistent. Les intérêts en jeu sont colossaux, et il ne faut pas se faire trop d'illusions en s'imaginant que la protection de la nature est l'unique ambition de tous. Industrie pétrolière, industrie nucléaire, promoteurs de nouvelles sources d'énergie: chacun défend logiquement les positions acquises, même s'il faut reconnaître quelques efforts, parfois remarquables, pour dépasser ce stade. Les divergences sont parfois vives même à l'intérieur de groupes ayant à première vue des intérêts convergents. Par exemple, l'une des batailles les plus acharnées, sans exclusion de coups et d'accusations réciproques, concerne l'énergie éolienne terrestre, condamnée par ses adversaires comme trop coûteuse, inefficace et ruineuse pour les paysages, défendue comme la solution idéale par l'industrie concernée. Lorsque l'on constate que trop d'intérêts sont en jeu, il faut se méfier.

Financements à contrôler. Une remarque analogue pourrait s'appliquer, à mon avis, à certains pays en développement qui donnent l'impression de subordonner à un seul critère leurs réactions aux compromis intervenus: le volume des aides financières qu'on s'engage à leur verser. Lorsque l'on connaît le niveau de corruption et de détournement des fonds qui existe dans certains cas, il faudrait faire preuve de prudence dans les subventions automatiques. L'auto-flagellation de l'Europe et d'autres pays industrialisés, qui sont présentés comme les seuls responsables du changement climatique et donc responsables des difficultés du monde moins développé, néglige le détail que l'industrialisation et le progrès technologique ont apporté toutes les réalisations (électricité, automobiles, avions, appareils ménagers, et ainsi de suite) auxquelles personne ne serait disposé à renoncer. Le monde industrialisé a sans doute le devoir de participer pleinement à la sauvegarde des forêts et des autres richesses naturelles qui sont indispensables à l'humanité dans son ensemble ; pourquoi le Brésil et certains pays asiatiques devraient-ils accepter à eux seuls le fardeau d'une action dont bénéficiera l'humanité entière ? Mais les financements doivent être liés à des programmes définis en commun et à des contrôles sérieux. Il faut éviter que les financements promis à certains pays africains, asiatiques et d'ailleurs, puissent en définitive financer des achats massifs d'armes, la corruption et parfois des conflits qui se prolongent sans fin.

L'aspect oublié. Il faudrait aussi avoir le courage intellectuel d'évoquer, du moins sur le plan des principes, un autre aspect: le sauvetage de la terre contre le désastre climatique ne peut pas être organisé de manière efficace sans poser la question fondamentale de la place de l'humanité dans la nature, déjà évoquée dans cette rubrique (bulletin n° 10028) et qui méritera, le moment venu, un commentaire supplémentaire. (F.R.)

 

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