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Bulletin Quotidien Europe N° 10050
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelles que soient les lacunes des résultats de Copenhague, l'action mondiale face au changement climatique est en marche et elle est irréversible

Lorsque rien n'existe, tout progrès est un succès. Maintenant que le moment des lamentations et des anathèmes est passé, est-il possible d'évaluer avec un peu plus de sérénité et d'objectivité les résultats du Sommet sur le climat qui s'est déroulé le mois dernier à Copenhague ? Je parle d'objectivité d'un double point de vue: l'importance des engagements souscrits par les participants et les perspectives ouvertes par ces engagements ; le rôle joué par l'Europe. Pour l'un comme pour l'autre aspect, j'estime que les évaluations ont été trop négatives. Les verts ont exagéré en proclamant l'échec total de la réunion parce que les résultats ne correspondaient pas à leurs demandes, et d'autres forces politiques ont estimé opportun de proclamer leur déception totale afin de prouver qu'elles sont autant que n'importe qui attachées au sauvetage de la planète ; ont exagéré ceux qui (Guy Verhofstadt y compris) ont mis l'accent sur l'absence de l'Europe à la réunion conclusive entre les anciens et les nouveaux colosses mondiaux. Ma double remarque ne se veut pas une critique: il est normal et même opportun que les verts et les forces écologiques en général dénoncent les insuffisances et déplorent les lacunes par rapport à ce qu'aurait été de leur point de vue le résultat idéal et souhaitable ; et il est positif que M. Verhofstadt dénonce le risque que l'Europe s'affaiblisse au niveau mondial si elle ne progresse pas rapidement vers son unité politique et économique. Ceux qui se battent pour que l'on avance plus vite, qui réclament davantage de dynamisme et d'ambition, ont toujours raison.

Mais en même temps il ne faudrait jamais oublier que lorsque rien n'existe, tout progrès est un succès et que les résultats de toute action doivent être évalués non pas par rapport à l'idéal mais en tenant compte du point de départ. Sinon l'exercice glisse dans la démagogie que cette rubrique avait déjà dénoncée à propos du Traité de Lisbonne: certaines forces politiques s'étaient opposées à son entrée en vigueur parce que trois États membres n'ont pas accepté d'attribuer un caractère contraignant à la Charte des droits fondamentaux. Or, en vertu de ce traité, la charte sera contraignante dans 24 pays, alors que, sans ce traité, elle ne le serait nulle part ! C'est un progrès énorme qui mérite d'être fêté. Ce sont les délices de la démagogie, je le répète.

Cinq questions qu'on devrait se poser. À propos du Sommet de Copenhague, on devrait se poser au moins cinq questions. Est-il important que les États-Unis, qui s'étaient tenus en marge de l'Accord de Kyoto, soient maintenant engagés ? Que la Chine se soit montrée prête à souscrire des objectifs ambitieux ? Que l'UE ait confirmé son rôle d'avant-garde, de modèle, aussi bien pour les engagements souscrits que pour ceux qu'elle est prête à assumer si les autres pays suivent ? Que la garantie de financements significatifs en faveur des pays pauvres soit acquise ? Qu'un calendrier ait été établi pour les engagements futurs ?

Je ne suis pas isolé dans la recherche d'une évaluation équilibrée. À côté des lamentations (pas toujours désintéressés), on a pu lire aussi des commentaires soulignant que «jamais dans l'histoire de l'humanité il n'y a eu un tel consensus sur un sujet d'ordre planétaire », constatant la prise de conscience mondiale du fait que « nous sommes tous sur le même bateau et que ce bateau est fragile et beaucoup plus petit qu'on le pensait auparavant », et invitant à ne pas « perdre du temps et de l'énergie dans les reproches et les regrets » mais à « aller de l'avant avec détermination. » Le dernier en date s'exprimant en ce sens a été, à ma connaissance, Anthony Giddens selon lequel il faut mettre l'accent sur les aspects positifs et considérer que Copenhague a engagé le monde sur la voie de la bataille concrète contre le changement climatique, en dépassant le stade du bavardage sans fin n'ayant pas de suites concrètes. L'accord intervenu engage les deux puissances qui diffusent dans l'atmosphère les plus grandes quantités de gaz nocif, États-Unis et Chine, plus l'Inde et le Brésil dont les émissions se gonflent ; et l'Europe s'est dite disposée à faire encore davantage si les autres suivent.

Je suis conscient que pour la renommée de cette rubrique et pour recueillir des soutiens, il serait profitable de s'aligner sur le cœur des lamentations. Mais il faut aussi constater que bien des divergences subsistent même entre les défenseurs des positions de pointe (à propos, par exemple, de l'énergie éolienne terrestre, et même pour ou contre l'énergie nucléaire) et que l'acharnement avec lequel on se bat autour du volet financier soulève bien des perplexités car d'autres aspects, avec les économies d'énergie en tête, offrent des perspectives bien plus favorables. Ce sera pour demain.

(F.R.)

 

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