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Bulletin Quotidien Europe N° 9987
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Tentative d'évaluation des résultats du G20 du point de vue européen

Évaluations forcément divergentes. Est-il possible de définir les résultats du G20 d'un point de vue européen ? J'admire les commentateurs qui ont déjà évalué ces résultats du point de vue mondial, ainsi que les forces politiques qui en ont décrit dès maintenant les effets pour l'économie du monde, en parvenant d'ailleurs à des conclusions souvent opposées: une nouvelle ère qui s'ouvre pour les uns, un échec pour d'autres. Mais l'Europe, l'UE en particulier, comment en sort-elle, par rapport à ses orientations, ambitions et espoirs ? Même sous cet angle, une réaction uniforme n'existe pas. Chaque économiste, chaque responsable politique et chaque commentateur a ses opinions, ses préférences, et en même temps la conviction d'avoir raison. L'idée que des compromis étaient inévitables pour réaliser un accord ne les effleure pas, chacun se considérant comme le détenteur de la vérité. Il en résulte les lamentations et les dénonciations de l'échec.

Prenons l'exemple des bonus pour les traders. Allemagne et France réclamaient des plafonds rigoureux, États-Unis et Royaume-Uni s'y opposaient. Le compromis est nécessairement l'introduction de règles détaillées mais sans plafonds chiffrés. Les commentateurs qui s'en scandalisent négligent d'indiquer que le vide actuel incite les traders à prendre des risques et que les normes retenues représentent un progrès énorme par rapport à la situation qui avait provoqué les oscillations brutales des cours du pétrole et les augmentations ou les chutes des prix des céréales, avec leurs répercussions dramatiques pour des milliards de personnes démunies. Les bonus abusifs frappent l'opinion publique mais, selon les experts, ils ont concrètement moins de poids que la surveillance des marchés ou les paradis fiscaux. Même si c'est vrai, l'ampleur des abus était intolérable et un compromis était nécessaire ; il est peut-être insuffisant mais il existe.

Modèle économique confirmé. Du point de vue européen, ce critère modéré d'évaluation devrait s'appliquer à l'ensemble des résultats du G20. Personne n'en est entièrement satisfait, mais c'est inévitable dans une Europe multiculturelle et politiquement fragmentée. Le modèle de l'économie sociale de marché continue à avoir le soutien nettement majoritaire des populations ; les élections en Allemagne viennent de le confirmer. Il est facile de le condamner et de le maudire dans les discours, mais il est à la fois le modèle qui a élevé le plus le niveau de vie et qui a assuré le degré le plus élevé de sécurité sociale existant au monde. On doit sans cesse le réviser et l'améliorer ; mais seules des minorités souvent minimes en préconisent la suppression. Les dérives de la puissance financière ont été ignobles, les responsables de certains abus devraient être punis avec davantage de sévérité et être mis dans l'impossibilité de continuer à nuire ; bien des comportements doivent être corrigés. La question du rôle du monde de la finance a été posée de manière explicite: si les banques ne financent pas les entreprises, « on ne comprend plus à quoi elles servent ». Selon un responsable britannique, Adair Turner, une grande partie des activités actuelles du monde de la finance est « socialement inutile ». Les ventes à découvert doivent être contrôlées et limitées, afin de décourager les échanges purement spéculatifs. Un monde gouverné par les banquiers, il n'est pas beau à voir ; il ne sera plus accepté. Mais le modèle de l'économie sociale de marché n'est pas condamné en lui-même ; rien n'indique qu'en Europe, les positions extrêmes soient en train de devenir majoritaires, même si l'exigence de nouveaux équilibres est revendiquée.

Résultats controversés. Les résultats de Pittsburgh sont insuffisants et partiels, et pour certains aspects la déclaration finale du G20 se limite à indiquer des objectifs assortis de quelques échéances ; mais le chemin parcouru en quelques mois est extraordinaire. Le résumé de la déclaration finale, publié dans notre bulletin d'hier en trois nouvelles séparées (révision radicale du monde de la finance ; accord sur le Doha round ; résultats décevants du volet « changement climatique »), est à la fois concis et complet. Le volet essentiel, celui financier et économique, indique pour certains aspects des orientations claires assorties d'échéances, parfois proches (le printemps prochain pour les sanctions aux paradis fiscaux), parfois plus éloignées (fin 2010 pour les fonds propres des institutions financières) ou progressives (avant la fin 2012 pour les produits financiers à risque). La taxation des opérations financières (taxe Tobin) n'est pas évoquée, ce qui, selon les sceptiques, signifie qu'elle « finira en caricature ». La réforme du FMI est annoncée, mais les pays de l'UE ne sont pas d'accord entre eux sur les modalités. Pour l' «exit strategy », visant à rétablir l'équilibre des budgets publics, le G20 a admis que, les situations dans le monde n'étant pas uniformes, les actions pourront être différentes. Pour l'UE, cette stratégie est vitale: la stabilité et le statut international de l'euro en dépendent.

C'est un aspect sur lequel cette rubrique reviendra, ainsi que sur quelques autres, y compris les répercussions institutionnelles du rôle désormais consolidé du G20. (F.R.)

 

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