Bruxelles, 10/09/2009 (Agence Europe) - L'Espagne et l'Italie ont accueilli avec prudence le projet, présenté mercredi 9 septembre par la Commission européenne, d'interdire la commercialisation du thon rouge. La France préfère l'option de l'annexe 2 de la Convention de l'ONU sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), moins restrictive que l'annexe 1 qui interdit tout négoce.
« Actuellement, il semble convenable (...) d'attendre les résultats des dernières études scientifiques qui seront publiées en octobre 2009, et seront analysées par les parties intéressées lors de la réunion annuelle de la Commission internationale pour la conservation du thon de l'Atlantique (CICTA), prévue en novembre, avant d'adopter d'autres mesures de conservation, telles qu'une interdiction de capture temporaire et sous conditions », selon un communiqué du ministère espagnol de l'agriculture et de la pêche. En Espagne, de nombreuses zones côtières dépendent de cette activité, selon le ministère de l'agriculture, qui précise qu'environ 200 navires sont autorisés à pêcher ces poissons.
Comme la France, l'Espagne semble privilégier, à condition que les données scientifiques de 2009 en montrent la nécessité, l'inscription du thon rouge dans l'annexe 2 de la CITES. L'annexe 2 reviendrait à prendre acte de la menace qui pèse sur le thon rouge et de la nécessité de mieux encadrer sa commercialisation. En outre, cela aurait pour conséquence, selon certains experts, de redonner à la CICTA le pouvoir de gérer le commerce. Pour les ONG écologistes, ce serait un échec.
Le sous-secrétaire d'État italien à la Pêche a indiqué, mercredi, que l'Italie était d'accord sur le principe avec la proposition de l'UE de soutenir une interdiction du commerce du thon rouge mais qu'elle attendait des « preuves scientifiques » d'un danger d'extinction. « S'il y a un problème (de ressources), sur le principe, la suspension est juste », a indiqué à l'AFP Antonio Buonfiglio. Le sous-secrétaire d'État italien veut lui aussi que soient analysées, lors de la prochaine réunion de la CICTA, les dernières informations sur l'état des ressources. « Si les recherches scientifiques montrent qu'il y a un problème, nous sommes même favorables à une suspension de la pêche, un moratoire de deux ans », a ajouté le sous-secrétaire d'État italien.
Le président Nicolas Sarkozy s'était prononcé en juillet pour l'interdiction de commercialisation du thon rouge. La position française envoyée à la Commission est plus nuancée. La France préconiserait l'inscription de cette espèce sur la liste 2 de la CITES, avec la création d'un système de total admissible d'export (captures) qui serait fixé en fonction des avis scientifiques. En même temps, la France soutient un moratoire sur la pêche pendant deux ans.
Du côté des pays favorables à l'interdiction figurent les Pays-Bas, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne et l'Autriche. La recommandation de la Commission sera discutée par les États membres le 21 septembre prochain.
L'Association euro-méditerranéenne des pêcheurs professionnels de thon a déclaré dans un communiqué, mercredi 9 septembre, que faire du thon rouge une espèce menacée d'extinction et interdire temporairement sa pêche étaient un « non sens ». Cette association regroupe 40 armements italiens, six espagnols, 32 français, 25 grecs, huit maltais et six chypriotes. « La pêcherie de thon rouge est, à ce jour, la pêcherie la plus contrôlée et la plus réglementée à travers le monde », ajoute l'association. (L.C.)