Bruxelles, 03/09/2009 (Agence Europe) - À première vue, la réponse du G20 pour atténuer l'impact de la crise économique sur les pays en développement a été rapide, coordonnée et prometteuse. Mais l'engagement annoncé en faveur de nouvelles ressources, en particulier du Fonds monétaire international (FMI), profite trop peu aux pays les plus pauvres et s'avère trompeur.
C'est ce qu'a expliqué, Ngaire Woods, professeur à l'Université d'Oxford, lors d'une audition devant la commission du développement du PE, jeudi 3 septembre. Au-delà des premières impressions, cette mobilisation de ressources supplémentaires en faveur des institutions financières internationales a pour l'instant servi de façon quasi exclusive les économies développées. « Le FMI a atteint des niveaux record de prêts et a réduit la conditionnalité », a déclaré Mme Woods, mais seulement « 1,6% des prêts nouveaux sont adressés à des pays de l'Afrique subsaharienne ». Voilà qui confirme, selon elle, ce qui avait été annoncé à l'époque par la Banque mondiale et qui montre que l'utilisation des ressources nouvelles profite davantage aux pays économiquement avancés. Pour la Banque mondiale aussi, des promesses généreuses en faveur de fonds nouveaux ont été faites, mais avec un résultat décevant. Son président, Robert Zoellick, avait demandé aux pays du G20 d'investir dans un nouveau « fonds de vulnérabilité », mais il n'a reçu aucune contribution de leur part, de sorte que pour faire face à la crise économique, la Banque utilise seulement des ressources déjà existantes et ses prêts n'arrivent pas non plus à aider les pays à plus faibles revenus. Or, en anticipant le versement des fonds initialement alloués pour les années à venir (« frontloading »), on risque aussi de compromettre les projets qui avaient été prévus à plus long terme. En fin de compte, analyse Mme Woods, « le G20 a agi rapidement, dans un bel esprit de coopération, mais pour faire face aux effets immédiats de la crise surtout en Europe et aux États-Unis ». Pour être efficace et aider concrètement les pays en développement, elle appelle l'UE à réfléchir à trois éléments: les ressources, la flexibilité et la rapidité de réaction face à la crise. Une crise qui compromet par ailleurs largement les objectifs du millénaire pour le développement et devrait inciter à accélérer la réforme des institutions de Bretton Woods.
Il faut « être réaliste », nous faisons face à d'énormes contraintes dans tous nos pays, a modéré Gay Mitchell (PPE, irlandais) qui trouve vraiment « choquant » le chiffre de 1,6%. Comme lui, Charles Goerens (ADLE, luxembourgeois) a regretté le fait que les pays du tiers monde ne soient pas représentés au Sommet de Pittsburgh. Une « situation absurde » qui fait qu' « aucun pays ACP n'a voix au chapitre dans le système institutionnel international ni au G20 ni ailleurs ». Plaidant elle aussi pour une réforme des institutions financières internationales, la nouvelle présidente de la commission parlementaire, Eva Joly (Verts-ALE, française) insiste: « Nous avons ici une responsabilité historique (…) on ne peut pas être des spectateurs passifs ». « La crise aurait pu être encore pire », nuance Donald Kaberuka, président du Groupe de la Banque africaine de développement. « En Afrique, s'il y a 6 ou 7 % de croissance, c'est quand même parce que nous avons réussi à mettre en place des réformes », estime celui qui est à la tête de la banque régionale depuis 2005, avant d'ajouter: « Mais aucune réforme ne sauvera l'Afrique du changement climatique ». (A.B.)