*** JEAN-VICTOR LOUIS: L'Union européenne et sa monnaie. Éditions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503799 - fax: 6503794 - Courriel: editions@admin.ulb.ac.be - Internet: http://www.editions-universite-bruxelles.be ). Collection "Commentaire J. Mégret". 2009, 328 p.,40 €. ISBN 978-2-8004-14454-4.
Qui le sait ? Les 325 millions de citoyens européens des seize États membres de l'Union qui partagent la même monnaie et la même autorité monétaire ont été fort peu informés du fait que l'euro fêtait, en 2009, son dixième anniversaire, le passage à la troisième phase de l'Union économique et monétaire prévue par le traité de Maastricht étant intervenu le 1er janvier 1999. Et c'est même le vingtième anniversaire de cette folle aventure qui aurait pu être célébré, la première phase de l'UEM ayant été déclenchée avant même l'entrée en vigueur du traité de Maastricht le 1er juillet 1990, lorsque le Conseil européen de Madrid de juin 1989 avait pris la décision de rendre opérationnelle la directive sur la libre circulation des capitaux. Pourquoi cette discrétion dans le chef des institutions, la Commission en tête ? Sans doute, ainsi que le souffle l'auteur dans son avant-propos, les circonstances se prêtaient-elles fort mal à des réjouissances, puisque « le Monde connaît la plus grave crise financière, économique et sociale depuis la Grande Dépression ». Mais d'autres raisons peuvent avoir joué aussi, comme le fait que « les discours sur le succès de l'euro et sa fonction protectrice, qui conduisent certains États membres ou non de l'Union européenne à vouloir partager la monnaie unique, coexistent avec les prédictions de ceux qui croient au démantèlement de la zone en raison de déséquilibres importants au sein de celle-ci ». Sans compter enfin que, sur le plan monétaire, l'Union est très clairement moins « unie dans la diversité » que fortement éclatée dans une prétendue unité…
Toujours est-il que cet ouvrage vient opportunément combler ce silence désagréable. Qui mieux que Jean-Victor Louis pouvait prendre la responsabilité de cette troisième édition, entièrement refondue et mise à jour jusqu'au traité de Lisbonne, du « Commentaire Jacques Mégret » consacré à l'Union économique et monétaire ? Professeur émérite de l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles, ce juriste éminent a aussi été, un quart de siècle durant, le conseiller juridique honoraire de la Banque nationale de Belgique, ce qui lui a permis d'être le témoin privilégié et, même, acteur de la « formidable entreprise » qu'a été la création de la monnaie unique européenne. C'est l'histoire de cette odyssée monétaire européenne s'étalant sur près de quarante ans qu'il raconte et décrypte, son analyse étant tout naturellement juridique mais faisant « nécessairement appel non seulement aux justifications économiques des règles inscrites dans le traité de Maastricht mais aussi aux questions posées par leur mise en œuvre ».
Dans un premier temps, l'auteur cerne les raisons du « silence » du traité de Rome sur la monnaie et de « l'apathie » de la Communauté économique européenne en matière monétaire jusqu'au « plan Barre » de 1969. Avec le « plan Werner », les choses auraient pu bouger, mais les esprits n'étaient pas mûrs pour consentir aux abandons de souveraineté requis. Après avoir situé les ambitions et, surtout, les limites du Serpent monétaire européen, puis du Système monétaire européen, Jean-Victor Louis en vient, après l'Acte unique ayant reconnu une certaine « capacité monétaire » à la Communauté, au « Rapport Delors » qui, s'il reprenait nombre d'éléments fondamentaux du « Plan Werner », s'en écartait au plan économique, « faisant une plus large place aux décisions nationales au nom du principe de subsidiarité et du souci corrélatif de permettre aux États membres de conserver une certaine autonomie dans la décision économique ». En quelque sorte, le ver était dans le fruit, et il n'a pu être extirpé depuis, la jambe économique de l'UEM restant par trop chétive par rapport à sa jambe monétaire. Une fois planté le décor historique, l'auteur présente et analyse les caractéristiques de l'UEM, y revenant notamment sur l'asymétrie à ce jour persistante entre l'économique et le monétaire dont il discerne six causes: confiance faite au marché comme facteur de discipline dans la politique budgétaire ; souhait des États de compenser la perte de l'instrument des taux de change pour faire face aux chocs asymétriques ; absence « de volonté politique de procéder à des transferts importants de compétences qui eussent entraîné la nécessité de réformes institutionnelles » ; absence de volonté de conférer plus de pouvoirs exécutifs à la Commission, « comme alternative au contrôle des pairs » caractérisant la procédure de surveillance des politiques économiques ; réticence de certains États à mettre au point des procédures spécifiques à ceux d'entre eux ayant adopté l'euro ; enfin, doutes émis par des économistes sur la nécessité et l'opportunité de la coordination des politiques dès lors que la discipline budgétaire est préservée. Avec les mêmes rigueur et méticulosité, l'auteur étudie ensuite la transition et le passage à la monnaie unique (notamment à la lumière de l'action de l'Institut monétaire européen et des statuts de dérogation et d'exemption qui ont été concédés, ce qui l'incite à constater que « l'attitude de la Suède est en claire violation des obligations pesant sur les États de tout faire pour respecter la volonté exprimée dans le traité de réaliser la monnaie unique rapidement »), puis le contenu de l'Union économique (coordination des politiques économiques, surveillance multilatérale, discipline budgétaire et déficits excessifs, comité économique et financier, comité de politique économique, dispositions propres aux États membres dont la monnaie est l'euro et l'Eurogroupe), le pôle monétaire (Banque centrale, l'Eurosystème avec les Banques centrales nationales, relations avec les institutions et contrôle politique ou juridictionnel, etc.) et la monnaie unique proprement dite (règlements de base, modalités de conversion et arrondissage, émission des billets et des pièces, cours légal, lutte contre la contrefaçon, etc.). Le dernier chapitre est consacré aux « relations extérieures de l'euro », Jean-Victor Louis y étudiant tout particulièrement les traits institutionnels du Fonds monétaire international dans la perspective - toujours aléatoire, mais la crise est là pour rappeler à certains que nécessité fait loi… - d'une participation satisfaisante de l'Union. Assorti d'une bibliographie, d'un index alphabétique des matières et d'un index chronologique de la jurisprudence, ainsi que d'une liste des acronymes, abréviations et sigles, cet ouvrage s'avère, au final, un travail incontournable.
Michel Theys
*** KLAUS LIEBSCHER, JOSEF CHRISTL, PETER MOOSLECHNER, DORIS RITZBERGER-GRUNWALD (sous la dir. de): Currency and Competitiveness in Europe. Edward Elgar Publishing (15 Lansdown Road, Cheltenham, Glos GL50 2JA, Royaume-Uni. Tél.: (44-1242) 226934- fax: 2262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2008, 326 p.. ISBN 978-1-84844-035-7.
Combinant les questions monétaires avec d'autres liées à la compétitivité, les auteurs de cet ouvrage cherchent à mieux comprendre les dynamiques des taux de change et leur rôle dans le renforcement de la compétitivité économique. Ils remettent ainsi en question les idées préconçues selon lesquelles les taux de change seraient totalement déconnectés de l'économie réelle, et tentent de démontrer les liens qui existent entre les deux, en se focalisant sur les objectifs de transition et de convergence auxquels ont été soumis les pays d'Europe centrale et orientale depuis leur accès au statut de pays candidat à l'adhésion à l'Union. Abordant des thèmes tels que la globalisation financière et les déséquilibres globaux, les défis des pays s'étant engagés sur la voie de l'Union économique et monétaire, ou encore une analyse détaillée des taux de change et de la notion de compétitivité, cet ouvrage apporte sans difficulté sa pierre à l'édifice de la compréhension des liens entre économie réelle et politique monétaire.
(TBa)
*** FRITZ BREUSS, JORGE A. FORNERO: An estimated DSGE model of Austria, the Euro Area and the U.S.: some welfare implications of EMU. Editions Wirtschaft Universität Wien (39-45 Althanstrasse, 1090 Vienne. Tél.: (43/1) 31336-4135 - fax: 31336-758 - Courriel: europafragen@wu-wien.ac.at - Internet: http://www.wu.ac.at/europainstitut ). Collection "Working Papers", n° 81. 2009,57 p..
Ce numéro d'une collection « Working Papers » toujours très pointue propose un modèle d'équilibre dynamique stochastique, développé à partir de méthodes bayésiennes. Ce modèle est utilisé pour identifier les caractéristiques de l'Autriche, en tant que petite économie ouverte, de la zone euro et des États-Unis. Ayant pris comme échantillon les périodes juste avant et juste après l'Union monétaire, les auteurs ont calculé, sur la base de leur modèle, les coûts relatifs à la protection sociale en Autriche et dans la zone euro, ce qui leur fait apparaître que ces coûts ont baissé dans celle-ci après l'Union monétaire alors qu'ils auraient augmenté dans le cas de l'Autriche.
(NDu)
*** ELISABETH GUIGOU, DANIEL GARRIGUE: En finir avec les « trous noirs » de la finance mondiale. Du G20 de Londres au G20 de Pittsburgh. Commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 7 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40630033 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection "Rapport d'information", n° 1834. 2009, 215 p., 6,50 €. ISBN 978-2-11-125780-1.
À quelques encablures de la réunion des chefs d'État et de gouvernement du G20 qui se tiendra à Pittsburgh les 24 et 25 septembre prochains, ce Rapport d'information constitue une charge lourde et argumentée contre les dérapages de la finance internationale, et plus encore contre les paradis fiscaux et les instruments qui s'en servent, au premier rang desquels les fonds spéculatifs. Les députés qui le signent - dont une ancienne secrétaire d'État aux Affaires européennes de François Mitterrand - en font surtout un plaidoyer vibrant pour que l'Union européenne joue un rôle moteur afin que des décisions concrètes soient prises en vue de lutter contre ce fléau, ce qui impose notamment aux Vingt-sept, selon eux, de renforcer une proposition de réglementation des fonds alternatifs « inacceptable en l'état ». Jugeant aussi que la crise devrait être l'occasion de « remettre en cause la concurrence fiscale entre États en commençant par l'harmonisation fiscale au sein de l'Union », les auteurs suggèrent aussi que les futurs président et membres de la prochaine Commission soient jaugés par le Parlement européen à la lumière de leur positionnement sur cette problématique.
(PBo)
*** Confrontations Europe (227 bld. Saint-Germain, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 43173283 - fax: 45561886 - Courriel: confrontations@wanadoo.fr - Internet: http://www.confrontations.org ). Juillet-septembre 2009, n° 87, 46 p., 7 €.
La revue chère à l'ancien député européen Philippe Herzog confirme, de numéro en numéro, la richesse de son contenu et sa capacité à aborder les problèmes du moment avec créativité et volontarisme. La dernière édition en atteste à nouveau, notamment à travers son "Dossier" qui appréhende les crises climatique et économique comme une opportunité pour basculer vers une économie plus durable intégrant les coûts écologiques. Diverses contributions reviennent aussi sur la saga financière et bancaire, tandis que Philippe Herzog demande, dans son éditorial, que l'Union lance de nouvelles politiques communes pour créer des moteurs de développement plutôt que de relancer la peu efficace Stratégie de Lisbonne. Il invite aussi à la Commission à « ne (…) pas glisser vers un rôle de simple secrétariat du Conseil », ce qui exige d'elle « une capacité d'impulsion, une collégialité retrouvée et un rétablissement de ses liens avec les citoyens ».
(MT)
*** ULRIKE STIERLE-VON SCHULTZ, MICHA EL H. STIERLE, FREDERIC B. JENNINGS Jr, ADRIAN T. H. KUAH (sous la dir. de): Regional Economic Policy in Europe. New Challenges for Theory, Empirics and Normative Interventions. Edward Elgar Publishing Limited (The Lypiatts, 15 Lansdown Road, Cheltenham, Glos GL50 2JA, UK. Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.oup.com ). Collection « INFER Advances in Economic Research ». 2008,262 p.. ISBN 978-1-84844-038-8.
Issu de la 7ème Conférence annuelle de l'INFER qui s'est tenue à Londres en octobre 2005, ce livre est consacré à l'Europe des régions, ses auteurs en présentant les perspectives empiriques, théoriques et politiques, avec un intérêt tout particulier pour les évolutions découlant de l'élargissement de 2004. L'étude se concentre sur trois domaines. Dans un premier temps, les auteurs examinent les disparités existantes entre les différentes régions de l'Union, ainsi que les mécanismes (capital humain, diffusion technologique, infrastructure des transports…) qui sont à l'œuvre dans le cadre du processus de convergence, tant au niveau des États membres qu'au niveau supranational. Ensuite, ils investiguent les caractéristiques, bénéfices et problèmes qui sont liés à la localisation de l'activité économique, s'intéressant notamment à la question de savoir pourquoi tel lieu est choisi plutôt que tel autre, à l'influence de ce choix sur la relocalisation de la main-d'œuvre ou encore aux conséquences pour les régions adjacentes. Dans la dernière partie de l'ouvrage, les auteurs s'emploient enfin à analyser les expériences et les leçons du passé. Les contributions jettent un regard empirique sur les Fonds structurels de l'Union et sur leurs résultats dans les États membres, une attention particulière étant consacrée au cas espagnol en ce que ce pays a été l'un des plus grands bénéficiaires de cette manne financière au cours des dernières décennies. Les auteurs procèdent aussi à une évaluation macroéconomique de la politique régionale européenne afin de cerner dans quelle mesure elle a contribué à la convergence entre les régions, mais aussi pour stimuler le débat académique. Il est à noter qu'il s'agit d'un ouvrage au caractère technique très marqué, ce qui le destine avant tout au monde académique et de la recherche.
(NDu)
*** MARC LAFFINEUR: Budget de l'Union européenne pour 2010: quels moyens pour la relance ? Commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale (voir coordonnées supra). Collection « Rapport d'information », n° 1796. 2009, 51 p., 3,50 €. ISBN 978-2-11-125412-1.
Ce Rapport d'information analyse l'avant-projet de budget européen pour l'exercice 2010, son auteur arguant que son enjeu central sera sa contribution à l'effort commun de relance de l'activité économique. L'auteur constate que cette contribution sera de toute façon marginale en raison de l'insuffisance du budget communautaire et appelle de ses vœux une vaste réflexion sur l'avenir des Perspectives financières.
(PBo)