login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9905
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Ramener la coopération euro-méditerranéenne à la réalité et aux projets

Le blocage. La première année de vie de l'Union pour la Méditerranée (UpM) a été essentiellement consacrée au choix du siège, à la création d'une bureaucratie qui s'est gonflée en cours de route (les secrétaires généraux adjoints sont devenus six), à l'annulation des réunions opérationnelles prévues et à quelques débats parlementaires qui ont permis des exercices de démagogie et parfois d'intolérance. Les projets qui comptent - sauvetage de la mer Méditerranée, coopérations sur le terrain, développement des échanges commerciaux, soutien européen aux pays riverains moins favorisés, autoroutes de la mer, etc. - sont discutés sur le plan bilatéral ou entre groupes restreints de pays. La responsabilité du blocage est attribuée au conflit israélo-palestinien, qui a bon dos pour être la cible de tous les anathèmes. Sans évidemment méconnaître les répercussions de ce drame, il serait illusoire de croire qu'un apaisement donnerait en lui-même un élan miraculeux à une construction artificielle qui n'intéresse pas les pays tiers méditerranéens qui ont à l'égard de l'UE des ambitions radicalement différentes et sont souvent en concurrence plutôt que solidaires.

Les réactions au discours tonitruant d'Henri Guaino en défense du projet (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9902) attribuent largement la responsabilité de l'échec à Israël et à l'égoïsme européen ; mais l'attitude arabe n'est pas épargnée. Selon F. Roberti, qui se définit universitaire, « les Arabes devraient commencer par balayer devant leur porte. Ils ne se présentent jamais unis, ils maintiennent une profonde méfiance entre eux, ils gardent leurs échanges commerciaux à un niveau très bas et parfois ils se ferment les frontières. » Je ne partage pas ce ton de réprimande ; l'Europe n'a pas de leçons à donner. Mais il est évident que l'absence d'unité sur l'autre rive vide de sens l'idée d'une Union (voir cette rubrique d'hier).

Réciprocité et respect de la culture européenne. Si l'Europe n'a pas de leçons à donner, elle n'a pas non plus à en recevoir, surtout en matière de libertés, respect des cultures, accueil de l'immigration légale, droit d'expression. Tout projet global doit se fonder sur la réciprocité et sur le respect du mode de vie européen. Certaines expériences malheureuses ont amené les États membres historiquement les plus ouverts à devenir plus prudents ; je pense au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Danemark. Les autorités algériennes ont longuement reproché aux autorités britanniques (et à quelques autres États membres) de laisser trop de liberté d'expression et d'action aux terroristes ; Londres a dû renforcer les précautions, mais aucun pays méditerranéen n'était impliqué dans des attentats. Au Danemark, l'affaire des caricatures a laissé des blessures profondes: la liberté d'expression était en cause et les autorités ont dû recourir à des acrobaties verbales pour essayer de s'en sortir. Les Pays-Bas ont été amenés à modifier radicalement les conditions d'accueil des immigrés et l'octroi de la nationalité. Le Premier ministre Jan Peter Balkenende a réaffirmé que les immigrés demandant la résidence doivent apprendre la langue néerlandaise et comprendre la mentalité et les principes du pays d'accueil. Interrogé sur la décision d'un tribunal d'Utrecht de suspendre une enseignante qui refusait pour des raisons religieuses de serrer la main des hommes, il a répondu: « Elle a le droit de ne pas serrer des mains, nous avons le droit de considérer qu'elle doit perdre ce travail. »

Les Européens doivent respecter les lois et les modes de vie des pays partenaires ; ceux qui viennent en Europe ou souhaitent y résider doivent faire de même. Il est possible que l'Europe exagère en donnant des leçons en matière de droits de l'Homme selon les critères et les concepts qui appartiennent à sa culture et à son histoire ; ailleurs, on a le droit d'avoir des critères et des concepts différents. Mais ici l'Europe doit défendre et protéger sa civilisation, ses traditions et ses lois, qui peuvent évidemment évoluer et comportent la liberté religieuse. La réciprocité devrait représenter la norme de tout accord ou projet d'union. On en est loin.

Ce qui progresse. Quel que soit le point de vue, les conditions pour une union euro-méditerranéenne n'existent pas. Au contraire, elle entrave et rend plus compliquées les coopérations concrètes possibles et urgentes. Les débats souvent désagréables de l'Assemblée parlementaire mixte le confirment, alors qu'en même temps de nombreux projets de coopération progressent entre, d'une part, l'UE et ses institutions (avec la BEI en tête) et, de l'autre, les pays tiers méditerranéens directement concernés, que ce soit en matière de commerce (vive l'Accord d'Agadir !), de transport maritime, d'installations énergétiques et même d'agriculture, domaine essentiel trop négligé par les professionnels du bavardage ou du fanatisme.

Le choix est entre une construction irréaliste qui suscite divergences et rivalités, quelle que soit la flamme des discours, et les réalisations possibles et utiles.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES