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Bulletin Quotidien Europe N° 9859
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/conseil europÉen

Les dirigeants européens appelés à en faire plus

Strasbourg, 11/03/2009 (Agence Europe) -Dans trois résolutions adoptées mercredi 11 mars en vue du Conseil européen, ainsi que lors du débat qui a précédé le vote, les députés européens ont appelé les chefs d'État ou de gouvernement à faire plus pour lutter contre la crise, notamment en matière d'emploi et d'économie verte.

« Nous sommes confrontés à des défis majeurs », la crise financière, la sécurité énergétique ou le changement climatique, des points qui se retrouveront à l'ordre du jour du prochain Conseil européen (19 et 20 mars), a rappelé aux députés Alexandr Vondra. Après leurs discussions du 1er mars dernier (EUROPE n° 9851), les dirigeants européens devront examiner le problème des actifs toxiques et indiquer très clairement que les orientations du rapport « Larosière » sont une priorité (EUROPE n° 9848 et 9854), a souligné le vice-premier ministre tchèque chargé des Affaires européennes. Ils tenteront aussi de débloquer la question du financement des projets d'interconnexions énergétiques et de haut débit de 5 milliards d'euros. Avec la crise, nos problèmes de dépendance énergétique ne disparaissent pas et le stimulus de 5 milliards est « indispensable », a renchéri le président de la Commission, José Manuel Barroso, qui ne masque pas son impatience, en soulignant qu'au Conseil « les progrès ne sont pas aussi rapides que je le souhaiterais ». Avant le sommet informel de mai à Prague consacré spécifiquement à cette question, les chefs d'État ou de gouvernement devront aussi afficher leur volonté de lutter contre la hausse attendue du chômage. Mais, « nous ne protégerons pas les emplois en érigeant des barrières », a martelé M. Vondra, qui se félicite de la vision commune des Européens en vue du G20 (EUROPE n° 9856). Au-delà des efforts de relance actuels, il est primordial que les gouvernements s'engagent en faveur de finances publiques saines. La plupart des États membres entameront leur efforts de consolidation budgétaire à partir de 2010, a-t-il insisté, comme la contribution du Conseil ÉCOFIN au Conseil européen le recommande (EUROPE n° 9856).

Mais la crise est « très loin de sa fin », confirme Elisa Ferreira (PSE, portugaise), rapporteur sur le plan de relance de l'économie européenne (voir autre nouvelle). « Le chômage et les faillites augmentent, c'est une dure épreuve pour le projet européen », seule une réponse commune permettra la relance. Jan Andersson (PSE, suédois), rapporteur du PE sur les lignes directrices pour l'emploi (voir autre nouvelle), juge favorablement l'initiative de la Présidence de convoquer un Sommet informel pour l'emploi, mais insiste pour ne « pas isoler ces questions des questions économiques ». Mobiliser 1,5% du PIB européen, c'était un effort juste au moment où on l'a décidé, mais « il faut plus aujourd'hui » (au moins 2%, selon lui) pour « investir dans l'environnement, l'efficacité énergétique, la formation, la formation et encore la formation ». Evgeni Kirilov (PSE, bulgare), rapporteur sur la politique de cohésion (voir autre nouvelle), s'est félicité des mesures de la Commission pour une accélération des paiements au titre des fonds structurels et une simplification des règles.

Au nom du groupe PPE-DE, Joseph Daul a estimé que le Conseil européen de la semaine prochaine ne doit pas être « un sommet de routine », appelant les chefs d'État et de gouvernement des pays de l'UE à ne « pas céder à la tentation de l'isolement qui serait suicidaire pour tous nos pays ». Ce Sommet doit être celui de « l'affirmation de la force, de la détermination de l'Europe dans la crise ». Mais l'Europe forte ne doit pas être ni une Europe protectionniste, ni une Europe forteresse, a mis en garde M. Daul. Selon lui, nous ne sortirons de la crise que par des moyens nouveaux, des investissements massifs dans l'économie de la connaissance et en mettant à profit le potentiel de l'UE dans les nouvelles technologies environnementales. « Voir que le président en exercice du Conseil européen n'est pas là est inacceptable mais cela montre aussi ce qu'il pense de la situation actuelle », a pesté Martin Schulz. Au prochain Sommet européen, il faudra « faire plus », a enchaîné le président du groupe PSE. Il faut que la Commission européenne incite les pays à faire preuve de solidarité, a ajouté M. Schulz, qui souhaite aussi: - que la Commission fasse des propositions de directive sur les Hedge Funds et les Private Equities (elles sont prévues pour avril); - que les agences de notation soient transparentes ; - que les salaires des dirigeants d'entreprise soient limités ; - que les paradis fiscaux soient fermés. « Ces initiatives doivent être prises maintenant ! », a-t-il lancé. Graham Watson, le président du groupe ADLE, a dit que ce n'est pas la Stratégie de Lisbonne qui a engendré ces malheurs, ce sont plutôt les États membres qui ont ignoré cette stratégie. La récession ne doit pas être synonyme d'inaction: les pays de l'UE doivent s'engager financièrement pour contrecarrer le changement climatique, et pour créer des emplois verts. Il faut aussi accepter le fait que le plan de relance de l'économie « risque de ne pas être suffisant ». Au nom du groupe UEN, l'Italienne Cristiana Muscardini a préconisé un « nettoyage » du système bancaire et une assistance plus active en faveur des PME. Si l'UE se limite à simplement assainir les marchés financiers et à injecter de l'argent public sans redéfinir l'architecture des marchés financiers, « nous allons échouer à sortir de cette crise », a estimé Rebecca Harms (Verts/ALE, allemande). Au nom du groupe GUE/NGL, le tchèque Jiøí Maštálka a signalé l'échec de la Stratégie de Lisbonne. Le chômage ne cesse de croître, ce qui prouve que « quelque chose ne fonctionne pas ». N'hésitant pas à remettre en cause la solidarité, Nigel Farage (IND/DEM, britannique) a estimé que l'UE « ne peut pas signer un chèque en blanc pour sauver les pays de l'Europe de l'Est ».

Le PE demande une « initiative européenne pour l'emploi »

En adoptant, le même jour, par 548 voix pour, 74 contre et 31 abstentions, une résolution sur la mise en œuvre des lignes directrices pour les politiques de l'emploi des États membres pour la période 2008-2010, le PE se dit convaincu que, face à la grave récession mondiale et à une hausse prévue du chômage, « les objectifs centraux » de la politique pour l'emploi doivent être de: - préserver le plus grand nombre possible d'emplois viables du manque de demande à court terme ; - soutenir la création d'emplois, le pouvoir d'achat des travailleurs au chômage et soutenir leur capacité à retrouver rapidement un emploi. Le PE demande à la Commission de présenter des propositions au Sommet de printemps du 19 mars pour « une initiative européenne pour l'emploi », avec une action coordonnée par les États membres pour sauvegarder l'emploi et créer de nouveaux emplois. En outre, il rappelle que des investissements coordonnés par les États membres dans les cinq objectifs clés de Lisbonne - recherche, éducation, politiques actives du marché du travail, structures d'accueil pour les enfants et incitants aux investissements privés - doivent être un élément essentiel de la politique pour l'emploi. Lors de la mise en œuvre des lignes directrices, les États membres devront notamment s'employer à lutter contre les discriminations fondées sur le sexe, l'origine raciale ou ethnique, la religion ou la croyance, le handicap, l'âge ou l'orientation sexuelle.

Le PE veut un « New Deal » vert pour l'Europe

En adoptant (579 voix pour, 94 contre et 21 abstentions) une résolution commune aux groupes PPE-DE PSE, ADLE et UEN sur la Stratégie de Lisbonne, le PE « recommande que les mesures à court terme mises en place pour compenser les conséquences directes et immédiates de la crise et pour limiter au maximum ses effets négatifs sur l'économie réelle ainsi que les plans de relance soient suivis d'un plan d'action coordonné à court et à long terme susceptible de placer les économies européennes sur la voie d'une croissance stable et de les protéger contre l'apparition de crises semblables dans l'avenir ». Il souligne que la crise financière constitue une opportunité dans la mesure où il n'est plus possible désormais d'ignorer la nécessité de l'innovation, moteur de l'économie. Le PE considère qu'il est temps de créer l'économie la plus efficace sur le plan énergétique, capable de transformer le monde et de garantir la prospérité et la compétitivité internationale de l'Europe pour les décennies à venir. Les parlementaires appellent de leurs vœux la mise en place d'une « nouvelle architecture financière » (avec une réglementation servant les intérêts des consommateurs, des entreprises et des salariés). Ils réclament de nouvelles propositions législatives ainsi que des accords internationaux permettant de lutter contre les prises de risques excessives, le recours exagéré à l'endettement et les visions économiques à court terme qui sont à la base de la crise. Le PE attend du Conseil européen de printemps qu'il adopte des orientations claires et des mesures concrètes pour sauvegarder l'emploi et créer de nouveaux emplois. Enfin, il souligne la nécessité de « renforcer la dimension sociale des plans européens et nationaux de relance » et préconise un « New Deal » vert pour l'Europe, qui permette de s'attaquer à la crise économique, environnementale et sociale.

Un accord ambitieux à Copenhague exige des financements accrus pour les pays en développement

Si l'UE veut se donner une chance de conserver son rôle de chef de file dans les négociations climatiques internationales et entraîner ses partenaires vers la conclusion d'un accord global ambitieux à Copenhague en décembre 2009, elle doit elle-même viser la fourchette la plus haute des réductions d'émissions de gaz à effet de serre recommandée par le GIEC et s'engager à contribuer généreusement au financement des efforts d'atténuation et d'adaptation des pays en développement. Et ce, par des fonds additionnels à l'aide publique au développement. C'est à une large majorité (610 voix pour, 50 voix contre, 25 abstentions) que les députés européens ont adressé ce message très clair aux 27 dans l'espoir qu'il puisse être entendu par le Conseil européen. Suivant leur rapporteur Miroslav Ouzky (PPE-DE, tchèque), qui préside la commission de l'environnement du Parlement, ils invitent le Conseil européen à œuvrer à un accord international en vertu duquel les pays industrialisés seraient tenus de réduire leurs émissions de 25 à 40 % à l'horizon 2020 par rapport à 1990, et de réaliser cet objectif sur leur propre territoire. Les parlementaires soulignent aussi combien il importe de fixer pour l'UE et les autres pays industrialisés en tant que groupe un objectif de réduction à long terme d'au moins 80% d'ici à 2050.

La résolution adoptée demande en outre explicitement à l'UE de s'engager sur une contribution financière d'au moins 30 millions d'euros par an d'ici à 2020 pour soutenir les mesures d'atténuation et d'adaptation des pays en développement qui requièrent « des ressources financières nettement accrues ».

Le Parlement se félicite à cet égard des deux formules de financement innovant proposées par la Commission dans sa communication du 28 janvier (EUROPE n° 9853) sur lesquelles, ni les ministres de l'Environnement (faute de compétence), ni les ministres des Finances de l'UE ne se sont prononcés. (A.B/L.C./A.N.)

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