Bruxelles, 17/12/2008 (Agence Europe) - Le Parlement européen a débattu, mercredi 17 décembre, du budget de l'UE en 2009, en se montrant assez déçu du manque de moyens disponibles pour relever les nombreux défis de la crise économique et financière et financer le plan de relance de l'économie européenne. Le PE adoptera formellement (en seconde lecture), ce jeudi 18 décembre, le budget communautaire de l'an prochain.
S'il reste encore très peu de points litigieux dans ce débat budgétaire, a déclaré d'emblée le rapporteur, Jutta Haug (SPD), c'est aussi grâce à l'esprit coopératif manifesté par la Commission, alors que la Présidence du Conseil a été « singulièrement peu communicative ». Du côté du Conseil, pas de surprise, constate-t-elle amèrement: il demande des réductions des paiements et insiste pour récupérer ce qui n'a pas été dépensé. De son côté, le PE est prêt à dégager les fonds nécessaires pour encourager l'emploi, faire redémarrer l'économie, renflouer les caisses des États, mais « pas à l'aveuglette », a-t-elle lancé.
Quel message donnons-nous aux citoyens avec ce budget, s'est demandé, au nom du PPE/DE, le Hongrois László Surjan, en défendant les amendements de son groupe (pour un milliard d'euros) destinés à rendre plus visibles les mesures en faveur des PME, de la sécurité énergétique et des zones défavorisées. Au nom du PSE, la Française Catherine Guy-Quint a présenté une liste de doléances: manque de moyens pour la politique de relance économique, difficultés de mise en œuvre de la politique de solidarité territoriale, trop d'argent dépensé pour les dépenses agricoles de marché, saupoudrage pour la politique de sécurité et de justice, trop grand écart entre les engagements et les paiements et , « le bouquet de l'irréalisme », les promesses faites pour les actions extérieures avec des fonds insuffisants. Au nom du groupe ADLE, la Danoise Anne Jensen s'est félicitée du fait que la Commission ait relevé le défi qui consiste à introduire davantage de flexibilité dans le budget, par exemple en ce qui concerne la facilité alimentaire, un « instrument très intéressant ». Le groupe ADLE contribuera à la recherche d'une solution pour alimenter l'initiative, intervenue « un peu en dernière minute », pour l'énergie, mais en faisant bien attention aux modalités. La crise, souligne à son tour, au nom des Verts/ALE, l'Allemande Helga Trüpel, appelle des réponses à court, moyen et long terme, notamment pour créer de nouveaux produits et de nouveaux emplois dans une économie plus « verte ». Au nom du groupe UEN, le Polonais Wieslaw Kuc a surtout regretté la longueur et l'absence de transparence de la procédure budgétaire, alors que le Finlandais Esko Seppänen (GUE/NGL) a déploré la non utilisation de certains fonds qui rentrent ensuite à nouveau dans les caisses des États. Reimer Böge (PPE-DE, allemand), le président de la commission des budgets, a admis que quelques bons résultats ont été obtenus (facilité alimentaire, instrument de flexibilité, remaniement de la rubrique des actions extérieures, qui exige toutefois une révision plus en profondeur…). Quant au rôle de la Banque européenne d'investissement (BEI) dans le relance conjoncturelle, M. Böge s'est est félicité, mais a mis en garde: il ne faut pas créer un « budget fantôme » en dehors du budget de l'UE.
La crise financière a changé la situation et impose des solutions nouvelles, a constaté l'Espagnol Salvador Garriga Polledo (PPE/DE), qui s'étonne cependant que, en 2005/2006 (une période de vaches grasses), on ait prévu des perspectives financières tellement limitées. Les perspectives financières sont trop étriquées, soutient aussi la Française Nathalie Griesbeck (ADLE), plaidant pour une réforme en profondeur. Jean-Claude Martinez (Front national) a évoqué l'image d'une Union qui, à l'approche de Noël, « joue à la dînette budgétaire » avec un budget de 116 milliards d'euros, équivalant au budget d'un seul pays de l'Union, l'Espagne.
En conclusion, Mme Haug a dit: la locomotive européenne, c'est notre politique de cohésion: si elle est mise en œuvre avec efficacité, il sera peut être possible de minimiser les problèmes conjoncturels en 2009, mais pas avec 116 milliards d'euros… soupire-t-elle. Et Janusz Lewandowski (PPE-DE, polonais), en évoquant les perspectives financières, regrette que l'on ait « négocié sur des millions alors que maintenant nous avons besoin de milliards ».
Dalia Grybauskaité, la commissaire au Budget, a estimé que « nous avons réussi à trouver un équilibre » sur les priorités du budget 2009, dont la concentration des crédits sur la croissance et la création d'emplois et le financement de la facilité alimentaire en faveur des pays en voie de développement. La politique de cohésion va jouer un rôle clé dans la relance de l'économie, et il va falloir « accélérer la mise en œuvre et la simplification de la gestion des fonds structurels », a dit la commissaire. Le plan de relance comporte des éléments qui auront un impact sur le budget 2009, et la Commission espère que le Conseil et le PE marqueront leur accord en faveur de la proposition visant à réviser les perspectives financières. Les négociations sur le budget 2009 ont montré que toutes les parties doivent faire des compromis, a conclu la commissaire au Budget, qui a salué le rôle « constructif » joué par le PE et le rôle « crucial » de la Présidence dans la procédure de cette année. (L.G./L.C.)