Bruxelles, 17/12/2008 (Agence Europe) - La dispute entre la Slovénie et la Croatie sur le tracé de leurs frontières maritime et terrestre menace sérieusement de retarder les négociations d'adhésion de la Croatie à l'Union européenne. Selon une feuille de route indicative présentée par la Commission européenne en novembre dernier, le pays devrait normalement être en mesure de clôturer ses pourparlers d'adhésion d'ici la fin 2009 mais cette échéance risque de devenir intenable si le différend frontalier avec la Slovénie n'est pas rapidement résolu ou, du moins, placé en dehors du cadre des négociations d'adhésion (comme le demande d'ailleurs l'UE qui estime qu'il s'agit d'un « problème purement bilatéral »). Une nouvelle conférence d'adhésion au niveau ministériel UE/Croatie aura lieu ce vendredi 19 décembre à Bruxelles. Techniquement, une dizaine de chapitres seraient prêts pour être ouverts et quatre à cinq d'entre eux pourraient être fermés mais la Slovénie s'oppose à ce que l'UE fasse ce pas important ce vendredi (rappelons que toutes les décisions de l'UE en matière d'élargissement se prennent à l'unanimité). Mercredi 17 décembre, le Premier ministre slovène Borut Pahor a annoncé que son pays maintenait son véto sur plusieurs chapitres « parce que les documents présentés par la Croatie (dans le cadre des négociations d'adhésion) pourraient préjuger du tracé de la frontière commune » entre les deux pays. La Slovénie conteste vigoureusement le tracé de la frontière terrestre et maritime tel qu'il apparaît, selon les autorités slovènes, dans les positions de négociation présentées par les Croates à Bruxelles. La Présidence française du Conseil de l'UE a tenté ces derniers jours de mettre les deux parties d'accord sur une déclaration écrite dans laquelle la Croatie donnerait des garanties que les documents présentés dans le cadre des négociations d'adhésion ne préjugent en rien d'un règlement futur du problème frontalier. Le gouvernement croate a même publié sur internet une déclaration unilatérale dans ce sens.
Cependant, les assurances croates ne satisfont pas encore la Slovénie. « Nous voulons avoir de fortes garanties politiques et juridiques que tous les documents croates présentés dans le cadre des négociations d'adhésion ne pourront pas être utilisés (devant un arbitrage international) pour préjuger du futur tracé de la frontière », explique une source slovène. La même source ajoute que les expériences que la Slovénie a faites dans le passé avec la Croatie en ce qui concerne le respect de certains engagements « n'est pas très bonne » (référence faite notamment à la fameuse « zone de protection écologique et de pêche en Adriatique » que la Croatie avait promis en 2004 de ne pas étendre à la Slovénie et aux autres pays membres de l'UE, avant de le tenter quand même au début de cette année). « C'est pourquoi nous voudrions que cette fois-ci, les choses soient vraiment très, très claires », dit-elle. Du côté croate, on affirme que les garanties négociées sous l'égide de la Présidence française sont « claires, valides et suffisantes ». On remarque aussi que l'attitude de la Slovénie consistant à traiter de ce différend bilatéral (censé être porté devant un arbitrage international, selon un accord de principe conclu à Bled en 2007) dans les négociations d'adhésion n'est « pas très correcte ». Le commissaire chargé de l'élargissement, Olli Rehn, a lui aussi plaidé en fin de semaine dernière pour que la Croatie soit « traitée de manière équitable » et demandé que ce problème bilatéral n'aboutisse pas à une « impasse » dans les négociations d'adhésion. Après avoir reçu le Premier ministre croate Ivo Sanader jeudi 11 décembre à Bruxelles, M. Rehn avait estimé que « quelques dix chapitres pourraient être ouverts et cinq fermés » lors de la session de ce vendredi 19 décembre. Depuis mercredi après-midi, on sait que le résultat de la réunion de vendredi sera beaucoup plus maigre: la Slovénie ne peut donner son accord qu'à l'ouverture d'un seul chapitre (marchés publics) et à la fermeture de trois chapitres (droit de propriété intellectuelle, société de l'information, Union économique et monétaire), expliquent des diplomates slovènes. Avec ces trois fermetures, la Croatie aura provisoirement bouclé les pourparlers sur un total de sept chapitres sur 35.
Turquie. Vendredi, l'UE tiendra aussi une conférence ministérielle d'adhésion avec la Turquie. Il est prévu que deux nouveaux chapitres soient ouverts aux négociations: libre circulation des capitaux, société de l'information. (H.B.)