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Bulletin Quotidien Europe N° 9793
NOTULES / @@@ médicament

En faisant, vendredi 28 novembre, le procès public de l'industrie pharmaceutique, la commissaire Neelie Kroes a une fois de plus fait montre de sa détermination à faire respecter la lettre et l'esprit des règles de la concurrence. Personne ne doit le lui reprocher. C'est pour cela qu'elle est payée. Cela étant posé, on est en droit de s'interroger sur la manière et la pertinence du procédé. Il est raisonnable de placer l'industrie devant ses propres responsabilités, mais fallait-il pour cela organiser un procès public et un procès à charge ? Pourquoi s'attaquer à ce secteur plutôt qu'à un autre ? Certes, les laboratoires innovants abusent de toutes les ficelles pour retarder l'arrivée des génériques sur les marchés européens. Le rapport intérimaire des services de Mme Kroes ne fait que le confirmer et évalue à 3 milliards d'euros l'économie qui aurait pu être réalisée en cas d'entrée plus précoce des génériques sur le marché. Et Mme Kroes de s'empresser d'observer qu'il s'agit d'argent payé par les patients et les contribuables. Sans doute est-ce toujours bienvenu d'être économe, mais le montant est bien moins lourd qu'il n'y paraît. En fait, il s'agit de 3 milliards sur la période de 2000 à 2007, soit environ 430 millions par an ou encore moins d'un euro d'économie par an et par personne dans l'Union. En réalité, le problème que pose le médicament est bien plus complexe que celui que présente le simple aspect de la concurrence entre laboratoires innovants et producteurs de génériques, qui soit dit en passant sont souvent les mêmes. Comme le dit très justement Mme Kroes (voir notre article dans ce bulletin), nous - patients - avons besoin de médicaments innovants et sûrs, à des prix abordables. En suivant cette logique, il faut procéder par étapes. Autrement dit, il ne sert à rien de discuter des prix, si on ne dispose pas du médicament. Le premier rôle de la Commission européenne et des États membres devrait être, selon moi, de soutenir la recherche et l'innovation médicale beaucoup mieux qu'ils ne le font. On connaît les statistiques sur le sujet. S'agissant du marché et des prix, il est illusoire et, à mon sens, malhonnête, de prétendre servir le patient européen en s'occupant de concurrence dans un marché totalement fragmenté et fortement réglementé. La seule vraie solution proviendrait de l'achèvement du marché intérieur du médicament et d'un prix unique européen. Mais les frontières continuent d'arranger bien du monde: les administrations nationales, jalouses de leurs ultimes prérogatives, l'industrie qui peut appliquer des prix différents selon les marchés, les commerçants parallèles qui en vivent…C'est ce combat qu'il faut gagner ! (O.J.)

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