Bruxelles, 19/11/2008 (Agence Europe) - Les décideurs politiques comme les compagnies énergétiques de l'UE ne ménagent pas leurs efforts pour donner corps au projet Nabucco, gazoduc censé acheminer le gaz des pays d'Asie centrale et de la région Caspienne en contournant la Russie, dont la viabilité commerciale est très décriée s'il est exclu que le gaz iranien coule dans ses conduits. Jeudi 13 et vendredi 14 novembre à Bakou, la 4ème conférence internationale sur la sécurité énergétique a vu les gouvernements - que ce soit au niveau des chefs d'État ou de gouvernement comme des ministres des Affaires étrangères - de plusieurs États membres de l'UE - Bulgarie, Estonie, Grèce, Hongrie, Lituanie, Pologne, Roumanie - et de pays tiers - Géorgie et Turquie - réaffirmer leur soutien au projet (EUROPE n° 9783). En revanche, en refusant, lors du sommet de Bakou, de signer une déclaration conjointe qui réclame la limitation du monopole russe sur les itinéraires d'exportation des hydrocarbures vers l'Europe (donc la diversification des voies d'acheminement), les pays riverains de la mer Caspienne, le Kazakhstan et le Turkménistan, dotés d'importantes réserves de gaz et de pétrole, ont montré qu'ils restent proches de la sphère d'influence de Moscou. De même pour le pays hôte de la conférence, l'Azerbaïdjan, aux ressources énergétiques importantes, qui a pour sa part affirmé accueillir favorablement tous les projets d'infrastructures énergétiques concurrentiels (donc Russes). Il ne sera donc pas facile pour l'UE de convaincre ces trois pays, déjà liés à la Russie par des accords de coopération et des contrats gaziers, d'engager leurs réserves de gaz dans Nabucco. À Bakou, les chefs d'État et de gouvernement européens présents, comme le lituanien Valdas Adamkus, ont tenté de séduire le président azéri Ilham Aliyev, en appelant l'UE à coopérer étroitement avec l'Azerbaïdjan, via un partenariat stratégique. Une semaine auparavant, le commissaire européen à l'Énergie, Andris Piebalgs, s'était déjà rendu à Bakou pour plaider, sans obtenir de véritable garantie, la cause européenne auprès du président Aliyev. L'Azerbaïdjan négocie toujours pour déterminer s'il vendra, à l'avenir, son gaz à l'Europe ou à la Russie. En recevant respectivement samedi 15 novembre à Berlin et lundi 17 à Vienne, le président turkmène Gourbangouly Berdymoukhamedov, la chancelière allemande Angela Merkel puis le président autrichien Heinz Fischer ont eux aussi participé à l'opération séduction engagée auprès des dirigeants des pays de la mer Caspienne. Pendant ce temps, les compagnies européennes s'engagent dans des opérations visant à assurer l'approvisionnement de Nabucco. Moins d'une semaine après que M. Piebalgs a estimé que le consortium de compagnies européennes pour acheter le gaz de la Caspienne pourrait voir le jour fin 2009 ou début 2010, l'énergéticien autrichien OMV, directement impliqué dans Nabucco aux côtés du hongrois MOL, du roumain Transgaz, du bulgare Bulgargaz, du turc Botas et de l'allemand RWE, a indiqué être en pourparlers avec le britannique BP et l'anglo-néerlandais Royal Dutch Shell pour acheter du gaz azéri et irakien qui alimentera Nabucco. (E.H.)