Strasbourg, 18/11/2008 (Agence Europe) - Si le bilan des dix années d'existence de la monnaie unique est largement positif, les rouages de la coordination économique sont eux perfectibles, ont constaté les parlementaires européens, mardi 18 novembre. En adoptant par 545 voix pour, 86 voix contre et 37 abstentions, le rapport de Pervenche Berès (PSE, française) et Werner Langen (PPE-DE, allemand), le Parlement européen fait des propositions détaillées pour améliorer le fonctionnement de l'Union économique et monétaire (UEM). Ce rapport prône notamment une attitude plus ouverte des gouvernements envers les parlements nationaux, le PE et les partenaires sociaux dans le domaine de la coordination des politiques économiques (dans le cadre des Grandes orientations de politiques économiques - GOPE - ou les programmes nationaux de réformes - PNR) et appelle aussi les États membres à mieux tenir compte des dernières prévisions économiques de la Commission. Quelques aménagements ont été apportés au texte voté en commission parlementaire (EUROPE n° 9769), les députés prenant notamment position sur la conduite de la politique monétaire par la Banque centrale européenne (BCE) lorsque la zone euro, et donc le Conseil des gouverneurs, comptera plus de 15 États membres (soit dès le 1er janvier prochain avec l'entrée de la Slovaquie). Les députés plaident en effet pour la mise en place d'un directoire composé de neuf membres ayant la responsabilité exclusive d'arrêter les taux d'intérêt, en lieu et place du système actuel et du système de rotation envisagé pour le remplacer.
« L'euro est au cœur de notre capacité à résister en temps ordinaires comme en temps de crise », a résumé Mme Berès lors des débats de la veille au soir. Car « sans l'euro, l'Irlande ressemblerait à l'Islande » et la situation serait bien pire partout ailleurs. La politique monétaire peut beaucoup, mais c'est surtout aux gouvernements d'agir, a souligné la présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires du PE, en rappelant qu'il fallait « équilibrer l'UEM » à l'avenir. « Il est temps que les ministres des Finances fassent usage du traité qui leur dit de considérer leur politique économique comme une politique d'intérêt commun », a-t-elle martelé, évoquant aussi la possibilité d'ouvrir « un débat sur l'introduction d'un objectif de stabilité des marchés parmi les objectifs BCE ». Pour M. Langen, « nous n'avons pas besoin de gouvernement économique mais d'une coordination renforcée et de la discipline nécessaire des États membres ». Le corapporteur estime ainsi que « le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) est face à un test avec la crise financière », mais il dispose de la souplesse nécessaire et il ne faut pas le suspendre.
« Le bilan des 10 premières années de l'euro est positif », a précisé Joaquin Almunia, qui partage l'avis des deux rapporteurs: « la coordination est un élément clé car, sans elle, nous ne ferons pas face à la crise ». Approfondir la surveillance des politiques économiques, adapter les PNR et les programmes de stabilité ou de convergence, renforcer la dimension extérieure de l'UEM, sont parmi les clés pour améliorer le fonctionnement de l'UEM, a-t-il insisté.
« Face à une crise qui ne cesse de se répandre dans l'économie réelle, une réaction au niveau européen est nécessaire », a renchéri Jean-Claude Juncker, bien décidé à éviter des réactions disparates au niveau national et à défendre le rôle de l'Eurogroupe. « J'observe avec attendrissement les appels renouvelés à la coordination économique, qui s'expriment surtout dans la langue de Voltaire, mais je voudrais que ceux qui parlent ainsi donnent d'abord l'exemple de la sincérité de leurs propos », n'a pas manqué de souligner le président de l'Eurogroupe. Nombreux sont les gouvernements qui appellent de leurs vœux la coordination des politiques économiques, sans donner l'exemple lorsque la situation se présente (pour des initiatives dans le secteur de l'automobile notamment), déplore M. Juncker, qui n'a pas non plus la mémoire courte sur la situation financière actuelle. « Je n'accepte pas que ceux qui les ont refusées hier donnent l'impression aujourd'hui d'être les leaders de la réaction européenne » à la crise. « Les gouvernements américain et britannique avaient tout le temps pour accepter les propositions de l'Eurogroupe sur une meilleure réglementation des marchés financiers » lorsque nous poussions en ce sens, a-t-il poursuivi.
Pour Irlande, « la stabilité apportée par l'euro est un élément clé », a observé Eion Ryan (UEN, irlandais), qui ne doute pas de l'opportunité d'appartenir à la zone euro. Sans la monnaie unique, « nous serions en très mauvaise posture », a-t-il martelé. Au-delà du succès indéniable de la monnaie unique, les députés ont aussi précisé leurs attentes. Jean-Pierre Audy (PPE-DE, français) a regretté que le rapport ne reprenne pas l'idée d'un véritable gouvernement économique. Le rapporteur pour avis de la commission du commerce international juge aussi que les taux de change de l'euro ont été trop élevés trop longtemps et que « la politique de taux d'intérêt de la BCE nous a coûté 0,5 point de pourcentage de croissance ». En matière d'élargissement de la zone euro, il ne faut « pas faire de concessions », l'UEM est une zone de stabilité avec des critères d'adhésion clairs. Mais le critère du taux d'inflation pourrait être revu, pour ne pas prendre en compte les trois meilleures performances de la zone euro, mais celle de la zone euro dans son ensemble, a préconisé Wolf Klinz (ADLE, allemand), dont l'amendement en ce sens a toutefois été rejeté. Selon Pierre Jonckheer (Verts-ALE, belge), quatre points méritent plus d'examen: la politique de taux de change de l'euro, la coordination concernant la question de la fiscalité, celle sur les politiques budgétaires et celle sur les politiques salariales. Déplorant les « erreurs très graves » commises lors de la construction de l'UEM, Sahra Wagenknecht (GUE-NGL, allemande) a réclamé des mesures contre le dumping fiscal, et sur le contrôle des capitaux, des paradis fiscaux et de la BCE. (A.B.)