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Bulletin Quotidien Europe N° 9664
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Au-delà des aides, l'Europe doit soutenir les orientations positives qui apparaissent en Afrique pour maîtriser la crise alimentaire

L'évolution des relations entre l'UE et l'Afrique vers une situation moins influencée par les liens du passé (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9658) n'est pas nécessairement négative. La volonté des pays africains d'une moindre ingérence européenne dans leurs affaires intérieures et leur susceptibilité à l'égard des critiques et des conseils sont compréhensibles, ainsi que l'intention d'approfondir à leur guise les liens avec d'autres pays et continents. Mais l'UE de son côté ne peut pas renoncer à la «conditionnalité» de ses soutiens: conditions politiques (droits de l'Homme, libertés, etc.) et conditions environnementales, voire sociales. Si elles sont assouplies, le Parlement européen et les organismes de la société civile s'insurgent.

Inscrite dans les faits. Le résultat de ces exigences contradictoires est que l'évolution des rapports est inscrite dans les faits, l'exemple des APE (Accords de partenariat économique) le confirme. Le débat du parlement belge après les péripéties de la visite gouvernementale à Kinshasa (voir cette rubrique dans le bulletin
N° 9657) est à cet égard instructif. Le ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht n'a regretté ni ses critiques aux autorités congolaises ni le ton qu'il avait utilisé, en indiquant que lorsqu'il s'était exprimé en termes moins abrupts, lors de visites précédentes, il n'avait obtenu aucun résultat. Et il a confirmé les conditions de l'implication belge au Congo, y compris le respect des engagements relatifs aux factions armées, la lutte contre les violences sexuelles, la transparence des contrats miniers, c'est-à-dire ce que le président congolais rejette en tant qu'ingérence dans les affaires internes. M. Kabila se serait dit prêt à rembourser les aides belges
«si ça continue». Les prêts chinois, on le sait, ne sont assortis d'aucune condition.

Du Sénégal au Cameroun et au Malawi. Quels sont alors les aspects potentiellement positifs de l'évolution en cours ? Le cas de l'agriculture et de la lutte contre les pénuries alimentaires, par exemple. Un certain nombre de responsables africains ont choisi la bonne direction: donner la priorité à l'autosuffisance alimentaire, donc à la relance des productions vivrières destinées à leurs populations par rapport aux monocultures pour l'exportation qui ruinent les populations agricoles, détruisent l'équilibre territorial et rendent l'Afrique dépendante d'autrui pour nourrir ses populations.

Je reviens sur la prise de position d'Abdoulaye Wade citée hier. Le président du Sénégal a dessiné la stratégie qui rendrait à l'Afrique son autonomie et sa pleine dignité. Je le cite: « À chaque crise alimentaire, on nous envoie des avions avec de l'aide d'urgence au lieu de nous aider à produire ce que nous mangeons (…) Dans quelques mois, la communauté internationale dira: nous avons donné un ou deux milliards de dollars pour régler la crise alimentaire en Afrique. Personne ne saura comment cet argent aura été utilisé. Aussi, cet argent, je ne le veux pas. Mais si on me dit: voici des pesticides, des semences, des tracteurs, alors je prends ! J'ai décidé de supprimer tous les impôts sur les revenus agricoles pendant cinq ans. Tous les engins agricoles seront détaxés ». M. Wade a rappelé les premiers succès de son pays dans la production de manioc et de maïs, et il a décrit le projet pour le riz, en liaison avec l'Inde. Cette année-ci, l'Inde fournit au Sénégal 600.000 tonnes de riz et surtout assure une assistance technique (matériel, semences, organisation) pour la production locale: « La deuxième année, l'Inde ne nous fournira que 500.000 tonnes de riz, la troisième 400.000 tonnes, jusqu'au terme du plan de six ans. Les techniciens indiens sont déjà là.»

Le Sénégal est un exemple. Le Cameroun en est un autre: son gouvernement a annoncé « un plan pour la sécurité alimentaire, en rompant avec le libéralisme et la priorité aux importations de vivres imposées par le FMI et la Banque mondiale ». De son côté, le Malawi est devenu exportateur de céréales grâce à des recettes très simples, a expliqué Jeffrey Sachs, en dénonçant les mécanismes de l'aide alimentaire qui est, à son avis, «le système le plus nuisible pour le développement: on achète des céréales américaines pour les expédier de l'autre côté de la planète avec un coût de transport incroyable, représentant plus de la moitié du coût global ».

Risques et limites de l'aide alimentaire. Les nouvelles orientations citées ne plaisent évidemment pas aux entreprises multinationales qui exploitent en Afrique les monocultures pour l'exportation, ni aux dirigeants locaux corrompus, ni aux grands producteurs agricoles d'autres continents qui veulent consolider la conquête des marchés africains avec leurs productions à bas prix. Mais l'Afrique commence à comprendre que l'autonomie alimentaire peut sauver sa nature et son équilibre territorial, donc la vraie indépendance de ses Etats. Il faut certes faire face aux exigences immédiates, mais l'aide alimentaire ne constitue pas la base du redressement. Louis Michel devrait le comprendre.

(F.R.)

 

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