Bruxelles, 05/05/2008 (Agence Europe) - Les changements climatiques et la réconciliation entre les peuples étaient au centre du dialogue informel qui s'est tenu ce lundi 5 mai entre les présidents de la Commission, du Conseil et du Parlement européens, d'une part, et une vingtaine de dignitaires religieux européens, hauts représentants du christianisme, du judaïsme et de l'islam en Europe, d'autre part. Une rencontre qui s'inscrit dans le cadre de l'initiative lancée en 2005 par le président de la Commission, José Manuel Barroso, consistant à réunir une fois par an des dirigeants religieux pour un échange de vues informel sur des thèmes d'actualité.
Les défis posés par les changements climatiques rendent le dialogue avec toutes les couches de la société civile indispensable et urgent pour décider des mesures à prendre dans l'immédiat, a souligné M. Barroso pour qui les instances religieuses ont un rôle particulier à jouer car elles sont susceptibles de mobiliser la société à grande échelle, grâce à leur rayon d'action étendu. « Je suis impressionné de constater que tous les leaders ont mis en exergue notre responsabilité envers les générations futures », a-t-il fait remarquer. Indépendamment des propositions mises sur la table par la Commission européenne et actuellement examinées par le Conseil et le Parlement, il existe aujourd'hui une prise de conscience générale de la part du monde politique mais aussi de la société civile quant à l'urgence de prendre les changements climatiques à bras-le-corps, non seulement pour lutter contre les catastrophes environnementales à venir mais aussi pour enrayer le processus d'appauvrissement des populations les plus défavorisées qui seront les premières à payer le prix de ces bouleversements, a expliqué le président de la Commission. L'engagement des leaders religieux pour joindre leurs forces à celles de l'Union européenne est réel, s'est-il encore félicité. L'Europe doit s'édifier sur le concept même de la diversité, a poursuivi M. Barroso, en évoquant le second thème à l'ordre du jour, choisi dans le cadre de l'Année européenne du dialogue interculturel 2008. Soulignant le pluralisme culturel et religieux de l'Union européenne, le président a vanté les vertus du dialogue entre toutes les communautés. « On veut chercher l'unité dans la diversité, ce qui signifie du point de vue religieux la diversité réconciliée », a-t-il commenté. Au vu des entretiens positifs entre les communautés religieuses présentes lors de la réunion, il s'est réjoui: « Unissons-nous dans notre effort commun et prouvons que les prédicateurs qui nous annoncent un choc des civilisations se méprennent ».
La création est un concept commun à toutes les religions et la responsabilité des hommes de protéger la planète est un défi universel, a souligné pour sa part, Hans-Gert Pöttering. L'Union européenne joue un rôle important dans la lutte contre les changements climatiques mais les instances religieuses également, a insisté le président du Parlement européen. Les défis liés à l'environnement sont une problématique importante parmi celles qui se posent actuellement à la société moderne et les dirigeants religieux seront appelés à intervenir dans les débats à l'avenir, comme le prévoit l'article 16 du traité réformé, juridiquement contraignant, qui reconnaît les églises comme entités de plein droit, a-t-il encore fait remarquer. M. Janez Jansa, le président en exercice du Conseil européen, a insisté pour sa part sur le fait que l'environnement ne présente pas seulement une dimension naturelle mais aussi une dimension sacrée. « Le changement climatique nous oblige à repenser la manière dont nous canalisons l'imagination, la créativité et l'esprit d'entreprise pour créer un monde affranchi de toute dépendance aux combustibles fossiles », a-t-il estimé. La raréfaction des ressources naturelles doit induire un changement de comportement chez l'individu pour un partage plus équilibré entre toutes les populations, dans un souci de solidarité, a-t-il déclaré. La création imminente de l'université euro-méditérranéenne en Slovénie en 2008 permettra aux étudiants européens de différentes confessions religieuses de se côtoyer et de réfléchir ensemble à des solutions sur les grands problèmes de société, a-t-il conclu.
Du côté des instances religieuses, un réel consensus s'est dessiné sur l'urgence de mettre le dialogue intrareligieux au service de la lutte contre les changements climatiques. L'homme moderne a été trop gourmand et la société de consommation a créé des besoins artificiels, a souligné un participant, pour qui la solution ne pourra être trouvée que par un changement total de mentalité. Dans son discours axé sur le dialogue interculturel, le président de la Conférence des Eglises européennes (CEC), Jean-Arnold de Clermont, a mis pour sa part en exergue l'importance de considérer l'intégration européenne au niveau culturel et pas seulement économique et politique. Il a également souligné le caractère essentiel du dialogue entre communautés étant donné la diversité culturelle croissante née de la mondialisation. « Ces perspectives appellent le passage d'une société multiculturelle à une société interculturelle, par la dynamique de l'échange, par le respect des diversités, respect qui va bien au-delà de la tolérance, et par la pratique de l'accueil équitable pour tous », a souligné M. de Clermont. (I.L.)