Sur de nouvelles bases ? La voie est ouverte à la relance des négociations entre l'UE et les pays africains associés sur les Accords de partenariat économique (APE) qui avaient soulevé tellement de difficultés vers la fin de l'année dernière. C'est un dossier qui implique, juridiquement, l'ensemble des pays ACP (Afrique/Caraïbes/Pacifique) mais c'est sur le continent africain que se concentre l'attention. L'Union africaine (UA) a lancé un appel à l'UE pour la reprise des discussions au plus haut niveau politique ;M. Konaré a effectué, au nom de l'UA, une démarche auprès du président de la Commission européenne, M. Barroso, pour qu'il agisse en faveur de la réouverture des négociations, et les ambassadeurs à Bruxelles des pays africains associés ont appuyé cette démarche en exprimant l'espoir que la Commission lui donnera une suite favorable (voir notre bulletin n° 9608). Logiquement, selon ces ambassadeurs, les négociations doivent être relancées sur de nouvelles bases tenant compte des stratégies de développement de leurs pays, et le mandat du négociateur européen (la Commission) devrait être renforcé.
La phase purement commerciale est terminée. Cet échange de messages, prémisses de la relance, ne s'est pas encore concrétisé en un calendrier ou un programme. Sans doute y travaille-t-on. Du côté européen, un changement partiel d'orientation devrait intervenir. Les phases conclusives, par moments assez agitées, des discussions de l'année dernière avaient été déterminées par l'exigence, pour l'UE, de respecter les engagements souscrits dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Ces engagements étaient liés à l'expiration, au 31 décembre dernier, de la dérogation autorisant l'UE à appliquer des préférences commerciales unilatérales en faveur des ACP, sans que l'UE soit tenue (en l'absence d'une véritable zone de libre-échange) à les étendre à l'ensemble des pays en développement. C'était en fait une négociation commerciale, conduite par M. Mandelson, qui avait abouti à des résultats en partie conflictuels: les pays africains s'étaient divisés, certains ayant accepté des arrangements, d'autres pas, avec pour résultat que les organisations régionales africaines avaient en partie éclaté. Il s'agissait de toute manière d'accords provisoires et partiels, nécessaires pour indiquer à l'OMC l'intention de respecter les règles. La phase des accords définitifs complets (au-delà des échanges de marchandises) est celle qui va commencer.
D'après les indications disponibles, les dommages provoqués par les divergences entre les pays africains sont heureusement assez limités. Les régimes européens d'importation ont été en partie modifiés, mais la grande majorité des pays partenaires ont conservé leurs avantages, soit parce qu'ils ont accepté le principe d'une réciprocité partielle à terme, soit parce qu'ils font partie de la liste ONU des pays les moins avancés dont presque tous les produits bénéficient du libre accès. Dans les faits, seuls trois pays africains sont soumis, faute d'accord provisoire, au tarif douanier de l'UE: le Congo-Brazzaville, le Kenya et le Gabon. Mais l'essentiel des exportations congolaises et kényanes est constitué par le pétrole et d'autres matières premières, qui ne sont soumis à aucun droit de douane (on payerait plutôt pour les laisser entrer).
Priorité au développement. La phase purement commerciale est donc à considérer comme achevée. M. Mandelson a fait son boulot, la parole passe à Louis Michel, commissaire responsable du développement. La nouvelle phase devrait représenter le retour à la dimension véritable des relations entre l'UE et l'Afrique: sur le fond, ce n'est plus la politique commerciale qui est au centre, mais la politique de développement ; quant à la forme, il n'est plus question que l'UE impose (afin de ne pas enfreindre les règles de l'OMC) des orientations et des échéances. Elle proposera des idées et orientations, ses interlocuteurs restant entièrement libres de leurs choix. Certes, la Commission ne renoncera pas aux principes de base des nouveaux Accords de partenariat économique envisagés, et elle espère convaincre les pays africains qu'ils leur seront profitables. Il est indispensable de dépasser la barrière idéologique ; la Commission estime que les organisations régionales représentent en Afrique la base du développement, que la création d'espaces économiques élargis et de marchés plus vastes est indispensable. Ces groupements ne sont d'ailleurs pas une invention récente, certains sont très anciens, l'un dispose déjà de sa monnaie.
Cette rubrique résumera, la semaine prochaine, d'après les indications disponibles, les orientations de la Commission pour cette nouvelle phase. Mais sans oublier la distance qui sépare les constructions théoriques et la situation sur le terrain: les résultats dépendront en définitive de la réalité politique et économique en Afrique, qui s'est profondément modifiée et demeure agitée et mouvante.
(F.R.)