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Bulletin Quotidien Europe N° 9595
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Après le choix européen de la Serbie, un double geste de l'UE est souhaitable

Difficiles mais justifiées. Maintenant que les Serbes ont prouvé à la fois leur esprit démocratique (67% de participation au vote) et leur attachement à l'appartenance européenne, il revient à l'UE, au-delà des belles phrases, de réagir de façon concrète par un double geste: a) indiquer qu'elle est prête à signer l'accord de stabilisation et d'association UE-Serbie ; b) tenir compte de ce qui va se passer à propos de l'indépendance du Kosovo dans son attitude à l'égard des majorités serbes dans les pays proches.

Je sais bien que ces deux suggestions vont être difficilement acceptées telles quelles tout de suite, parce que certains gouvernements européens ont des réserves à leur égard, et le courage et la franchise ne sont pas les qualités premières des institutions communautaires. À l'égard de la signature de l'accord UE-Serbie déjà prêt, le principal obstacle politique vient des Pays-Bas, et il est en partie explicable. Ni l'opinion publique ni les autorités de ce pays n'ont oublié que le crime de guerre le plus douloureux dont les forces armées serbes s'étaient rendues responsables il y a douze ans (le massacre de Srebrenica, 7 000 morts) s'était déroulé dans une zone surveillée par les «casque bleus» néerlandais, et ils réclament que les autorités serbes d'aujourd'hui remettent au Tribunal de La Haye celui qui était aux commandes à l'époque, et qui est accusé de génocide. Cette sensibilité néerlandaise est compréhensible, mais le lien entre l'arrestation manquée de Ratko Mladic et le veto à la signature de l'accord avec la Serbie démocratique et pro-européenne d'aujourd'hui est excessif. Quel pays n'a pas été responsable, un jour ou l'autre, de crimes de guerre ? Certains bombardements des forces armées de l'OTAN détruisant les ponts sur le Danube, l'un des fleuves sacrés de l'Europe, au détriment de populations qui n'avaient rien à voir avec le crime de Srebrenica, étaient-ils justifiables ?

L'UE a fait un pas en proposant à la Serbie de signer ce jeudi-même un accord politique intérimaire, et c'est un pas significatif car les réserves et réticences étaient nombreuses, même de la part de certains grands pays comme l'Allemagne et le Royaume-Uni (voir notre bulletin n° 9589) ; mais je crois qu'un pas supplémentaire devient à présent opportun. N'oublions pas que, dans nos pays, le vote serbe de dimanche avait été présenté comme un référendum pour ou contre l'Europe.

Le même principe est valable pour les Kosovars et pour les Serbes. La deuxième attitude souhaitable est plus complexe et délicate, mais je crois que l'UE ne peut pas se dérober à un geste de clarté politique et d'honnêteté intellectuelle. Tout le monde s'attend à la proclamation relativement rapide de l'autonomie du Kosovo par ses autorités, et la réaction américaine sera positive ainsi que, en général, la réaction européenne. Un certain nombre de pays de l'UE n'entendent pas reconnaître tout de suite le nouvel Etat indépendant, dans la crainte d'encourager des mouvements à l'autonomie en leur sein même ; mais globalement l'UE est orientée vers la reconnaissance du Kosovo indépendant. Cette attitude résulte d'une constatation: le Kosovo est essentiellement habité aujourd'hui par une population qui n'a aucun rapport avec les Serbes, ni du point de vue ethnique (elle est d'origine albanaise), ni du point de vue religieux (elle est musulmane) ni du point de vue culturel (autre langue, autre histoire, autres traditions) ; et elle réclame l'indépendance. Face à ces raisons impérieuses, les anciennes frontières qui avaient été tracées en son temps entre les différentes composantes de la Yougoslavie fédérale ne sont plus intouchables.

Un tel raisonnement n'est pas transposable tel quel à tous les cas et à toutes les situations: ce serait le chaos dans le monde. Mais il doit être admis au moins dans la même région et à l'égard de la même population. Si les anciennes frontières ne sont plus valables et que le choix appartient aux habitants, l'UE se doit de reconnaître le même principe pour les zones où les Serbes sont nettement majoritaires, que ce soit dans certaines zones du Kosovo ou en Bosnie ou ailleurs. L'UE doit reconnaître à ces Serbes un droit analogue à l'autodétermination ; c'est une question de dignité et de cohérence.

Pour le moment, les autorités serbes ne réclament rien de semblable car elles restent attachées au respect des frontières actuelles, d'après lesquelles le Kosovo fait partie de la Serbie. Mais le jour où elles devront renoncer à ce principe même si le Kosovo est le berceau de leur civilisation, ce jour-là le droit à l'autonomie devra être généralisé dans toute la région. L'UE a rejeté dans l'ex-Yougoslavie le concept de la cohésion ethnique, au nom de principes sans doute nobles même s'ils sont en partie illusoires (on le voit partout, en Afrique comme en Asie, et on le constatera un jour peut-être même aux Etats-Unis). Si l'UE reconnaît maintenant le principe ethnique et même religieux, il devient valable pour tous.

(F.R.)

 

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