Bruxelles, 20/08/2007 (Agence Europe) - « Nous suivons de près et avec attention l'évolution des marchés financiers depuis que nous avons noté les turbulences », a déclaré lundi 20 août la porte-parole du Commissaire Almunia en charge des affaires économiques et monétaires. Notant que « les marchés semblent être revenus à la normalité », elle a estimé qu'il est « trop tôt » à ce stade pour évaluer l'impact de la tempête qui vient de secouer les places financières internationales. Cela dépend de la poursuite ou non de la turbulence, a-t-elle ajouté. La crise tire son origine des difficultés d'établissements financiers américains spécialisés dans la fourniture de crédits immobiliers à risque (« subprime mortgage »), difficultés qui ont entraîné une perte de confiance des investisseurs notamment bancaires à l'échelle de la planète.
Les marchés financiers en Asie et de manière plus modérée en Europe ont en effet rebondi après l'annonce surprise vendredi 17 août de la Réserve fédérale américaine (FED) d'abaisser d'un demi-point son taux d'escompte. Cette initiative inattendue pose désormais la question de l'attitude qu'adoptera la Banque centrale européenne (BCE) à brève échéance, après que celle-ci a massivement injecté plus de 200 milliards d'euros dans le circuit monétaire de la zone euro afin de renforcer la liquidité des marchés. Lors de la dernière réunion du Conseil des gouverneurs début août, son Président Jean-Claude Trichet avait assuré la très grande vigilance de l'institution européenne, préparant ainsi les marchés à une nouvelle hausse des taux d'intérêt de la BCE (voir EUROPE n°9482). Selon les analystes, les derniers événements pourraient cependant modifier la donne, voire retarder l'échéance d'un nouveau tour de vis monétaire.
La Commission européenne a par ailleurs indiqué ce lundi qu'elle était en contact avec l'Allemagne concernant les mesures que celle-ci prendra pour soutenir les banques allemandes affectées par la crise immobilière aux États-Unis. Les services à la concurrence de l'institution européenne examineront si ces mesures contiennent des éléments d'aides d'Etat.
Agences de notation financière. Le rôle des agences de notation financière a été mis en cause dans cette crise financière parce qu'elles n'auraient pas alerté suffisamment tôt les investisseurs des risques que comportaient certains établissements américains actifs sur le marché du crédit hypothécaire à risque. Ayant un impact considérable sur les marchés, ces agences (ex: Standard & Poor's Rating Services, Moody's Investors Service, Fitch Ratings) notent la santé financière d'entreprises cotées à travers les risques liés à leur endettement. Elles sont rémunérées par les entreprises qui souhaitent être évaluées. On leur reproche d'avoir attendu le printemps de cette année avant de prendre en compte les premiers symptômes de la crise apparus fin 2006 et de baisser les notes attribuées à certaines sociétés spécialisées dans les prêts hypothécaires à risque.
Dans une lettre ouverte à la Chancelière allemande Angela Merkel, Présidente en exercice du G7, le Président français Nicolas Sarkozy a estimé jeudi 16 août « essentiel » de veiller à la transparence des marchés financiers et que « le rôle exact » des agences de notation financière « dans la cartographie des risques » devait faire l'objet d'un « examen attentif ». Il a proposé une réunion extraordinaire des ministres des Finances du G7 avant celle prévue pour octobre. Cette proposition a été accueillie plutôt fraîchement par le gouvernement allemand, rappelant que la question de la transparence des marchés financiers avait été abordée à Potsdam (voir EUROPE n°9430 et 9412). L'Allemagne milite depuis longtemps pour l'introduction d'un code de conduite volontaire international régissant l'activité des fonds spéculatifs (« hedge funds »).
Le même jour, la Commission a réagi en annonçant qu'elle se pencherait sur le fonctionnement des agences de notation et notamment sur les enjeux liés à la gouvernance, aux possibles conflits d'intérêts ainsi qu'au financement. Peu enclin à lancer la machine réglementaire, le Commissaire McCreevy en charge du marché intérieur rencontrera en septembre Eddy Wymeersch, Président du Comité des régulateurs européens des valeurs mobilières (CERVM). Une initiative de la Commission dans ce domaine ne devrait cependant pas intervenir avant la publication au printemps 2008 par le CERVM d'un deuxième rapport spécifique. Début 2007, le comité européen estimait que la combinaison des directives européennes sur les abus de marché (2003/6/CE), l'adéquation des fonds propres (2006/49/CE) et les marchés d'instruments financiers (2004/39/CE) ainsi que du code de conduite international constituait un cadre réglementaire suffisant pour les agences de notation financière (voir EUROPE n°9341).
Complaisance. « Aujourd'hui, les marchés financiers représentent une part essentielle de l'économie réelle, et sont en charge de l'octroi de crédits hypothécaires, du paiement des retraites et de la fourniture de crédit pour l'investissement, la recherche et l'innovation. Mais ils sont désormais plus intéressés par les paris hasardeux. Combien d'autres risques tels que les crédits hypothécaires à risque demeurent sous-évalués ? », dénonce John Monks, Secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, dans un communiqué. Et d'accuser M. McCreevy de « complaisance monumentale » à l'encontre des fonds spéculatifs. « Il n'y a pas lieu à ce stade de changer de politique », a répondu lundi le porte-parole du Commissaire. (mb)