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Bulletin Quotidien Europe N° 9284
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Eloge préliminaire de la méthode européenne d'Angela Merkel

Clarté et courage politique. Bravo Angela Merkel ! La clarté et le courage politique sont deux qualités que l'on demande toujours aux personnalités politiques, et que l'on n'obtient presque jamais. La chancelière allemande a montré qu'elle possède l'une et l'autre. Je me réfère aux affaires européennes (ce n'est pas mon rôle de prendre position sur des choix nationaux ou sur les politiques internes d'un Etat membre). Nous devons attendre janvier prochain pour disposer de la présentation officielle du programme de la Présidence allemande du Conseil de l'Union, lorsque cette présidence sera devenue effective. Mais Mme Merkel a anticipé quelques orientations ; et, dans cet exercice, elle a fait preuve des deux qualités citées.

On pourra être d'accord ou en désaccord avec elle sur l'un ou l'autre point ; à chacun ses choix. Mais elle a évité les phrases vagues et le bavardage qui donne un peu satisfaction à tout le monde. Son message (voir notre bulletin n. 9282) répond en particulier, de façon explicite, aux questions concernant:

1. Les frontières de l'Europe. Cette question est au centre de débats sans fin, d'analyses très savantes et de querelles historico-géographiques souvent passionnantes. La position de Mme Merkel est très claire: « L'Europe doit dire où sont ses frontières ». Ceci ne signifie pas que l'UE doit d'un jour à l'autre décider si l'Ukraine ou la Biélorussie pourront adhérer le moment venu, ou si la Turquie (dont l'essentiel du territoire et la capitale sont en Asie) peut être considérée comme européenne. Mais on doit y réfléchir, et le principe est pour elle acquis: l'Europe doit avoir ses frontières (ce qui écarte l'idée absurde que l'UE, plus elle s'élargit, plus elle est forte, comme si la géographie et la cohésion politique n'avaient aucune signification et des liens étroits n'étaient pas possibles par d'autres formules que l'adhésion).

2. Un traité constitutionnel est nécessaire. Angela Merkel estime que l'Europe a besoin d'un traité constitutionnel. L'affirmation peut paraître banale, mais certains Etats membres et certaines forces politiques s'en passeraient bien. Le rapport que la Présidence allemande présentera au Sommet de juin prochain comportera une feuille de route pour y parvenir. Mme Merkel ne tranche pas entre les deux voies en discussion: a) la formule dite Sarkozy des deux phases, prévoyant d'abord un traité limité aux réformes institutionnelles afin que l'UE fonctionne efficacement, et ensuite (après les élections européennes de 2009) la convocation d'une Convention qui préparerait un nouveau projet complet ; b) la formule dite Leinen, visant à adapter le projet actuel (avec quelques protocoles en plus et plusieurs articles en moins) et à relancer les ratifications afin que le traité constitutionnel soit en vigueur en 2009. Avant de choisir, Mme Merkel a le devoir institutionnel de consulter d'abord tous les Etats membres en prenant en considération toutes les opinions, mais elle a réaffirmé le principe que le traité constitutionnel est indispensable ; la déclaration que les chefs d'Etat ou de gouvernement adopteront le 25 mars 2007 (pour le 50ième anniversaire des Traités de Rome) doit réaffirmer les valeurs qui se refléteront dans le traité constitutionnel.

3. Des règles pour le commerce mondial. En se prononçant pour une forme de gouvernance mondiale, Mme Merkel a évité la rhétorique et les phrases toutes faites et a mis l'accent sur quelques actions opérationnelles, en citant: la lutte contre la contrefaçon et le piratage de la propriété intellectuelle ; des règles plus justes pour le commerce mondial. Ce qui est l'opposé du libre-échange à tout prix, inacceptable si les règles et les disciplines ne suivent pas.

4. Le résultat des négociations avec la Turquie demeure ouvert. Mme Merkel ne partage pas la thèse de ceux qui (y compris au sein du Parlement européen) rejettent toute formule autre que l'adhésion. Pour elle, « le résultat reste ouvert ». Quelques jours auparavant, elle avait déclaré qu'à titre personnel elle estime préférable un «partenariat privilégié» à l'adhésion. C'est un revirement de la position officielle allemande.

Entre-temps, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a réaffirmé que le devoir de la Commission est de poursuivre les négociations d'adhésion, mais que « nous ne pouvons pas préjuger le résultat final ». Et il a ajouté: « Si vous me demandez: la Turquie peut-elle devenir membre de l'Union aujourd'hui, la réponse est non. Mais dans quinze, ou vingt, ou vingt-cinq années, qui peut dire quelle sera la situation en Turquie et en Europe? » M. Barroso n'est pas aussi explicite que Mme Merkel à propos des frontières de l'Europe, mais pour la Turquie il prend son temps…

Je reviendrai demain sur quelques évolutions du dossier turc.

(F.R.)

 

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