login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9228
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Energie, UE, Russie: le Sommet du G8 ne dépassera pas les questions de principe

Les anticipations sur le programme du prochain Sommet du G8 indiquent que les questions énergétiques ne seront pas au centre des débats. Les chefs dont dépend en bonne partie le sort du monde ne renonceront pas à en parler ni à approuver un texte sur l'énergie, mais sans débat approfondi ni décisions opérationnelles. Ils ont tellement de sujets à l'ordre du jour ! Ils approuveront des «déclarations» sur le terrorisme, la non-prolifération nucléaire, les crises régionales, le Doha round, la propriété intellectuelle et les contrefaçons, l'éducation, les pandémies ; et j'en ai sûrement oublié. Les autorités russes font de leur mieux pour que l'atmosphère soit positive et pour consolider leur place en tant qu' acteurs de la concertation mondiale: elles ont indiqué aux ONG que la loi qui limite leurs activités en Russie pourra être amendée, ont annoncé la convertibilité du rouble, et M. Poutine vient de rencontrer une délégation syndicale à Moscou.

La déclaration sur l'énergie est (presque) prête. Et alors, l'énergie ? Les renseignements disponibles indiquent que la «déclaration» du G8 est pratiquement prête. Elle réaffirme quelques principes généraux toujours bienvenus: responsabilité commune des pays producteurs, consommateurs et de transit ; nécessité de règles universelles «post Kyoto» sur la sécurité environnementale et l'efficacité énergétique ; soutien aux énergies alternatives. Plus significatif: la Russie admet l'idée d'un «cadre juridique de référence» pour les investissements privés et accepte que le texte évoque la transparence des données sur les réserves énergétiques. En principe, les Russes considèrent comme un «secret d'Etat» les données sur leurs réserves, mais ils auraient accepté une référence à l'initiative «Jodi» (joint oil data initiative) à propos du pétrole et des autres sources d'énergie. Ils demandaient en échange que soit retenu le principe de la «sécurité de la demande» de la part des pays importateurs, pour faire contrepoids au principe de la «sécurité de l'offre» requis aux pays exportateurs. Le concept serait retenu mais sous une forme très nuancée. On verra le texte.

Les divergences ne seront pas évoquées. La situation paraît claire: le Sommet du G8 ne débattra pas les difficultés spécifiques qui entravent encore la coopération entre la Russie et le monde occidental en particulier dans le domaine de l'énergie. Le premier obstacle concerne l'adhésion de la Russie à l'OMC, bloquée par les divergences avec les Etats-Unis. Washington demande que le ticket d'entrée couvre trois aspects brûlants: la faculté pour les entreprises américaines de participer à l'exploitation du gigantesque gisement gazier Chtokman, la possibilité pour les banques des pays de l'OMC de travailler sur le marché russe sans ouvrir des filiales de droit russe, le renforcement de la protection de la propriété intellectuelle. Moscou répond qu'en l'absence d'accord sur les conditions d'admission, la Russie reprendra sa liberté globale et ne sera plus tenue d'appliquer les règles et les principes de l'OMC qu'elle respecte déjà tout en étant encore dans l'antichambre. L'UE est directement concernée car l'échec éventuel de l'adhésion russe à l'OMC rendrait caducs les arrangements déjà conclus avec Moscou. On n'en parlera pas au Sommet.

La question de la ratification de la Charte de l'énergie par la Russie ne sera pas non plus discutée à Saint Pétersbourg, mais ultérieurement, dans le contexte des relations bilatérales UE/Russie qui sont à la fois très prometteuses et très complexes. En pratique, Vladimir Poutine subordonne l'accès des entreprises européennes aux sources énergétiques de son pays (faculté prévue par la Charte) à la possibilité pour Gazprom de s'introduire sur les marchés énergétiques des pays de l'UE. Pas d'ouverture juridique généralisée, mais négociations au cas par cas. Ce n'est pas par hasard que la première initiative extérieure de Romano Prodi comme Premier ministre a été la signature à Moscou d'un accord ouvrant la voie à la présence russe dans la distribution de l'énergie en Italie et à la présence d'ENI et ENEL dans l'exploitation des gisements russes de gaz et de pétrole. L'initiative de la Commission européenne pour un nouvel accord global élargi UE/Russie fait partie des grandes manœuvres en cours (même si la promesse d'une zone de libre-échange n'est pas à prendre à la lettre), tout comme la décision de la Présidence finlandaise du Conseil de situer les relations avec la Russie parmi ses priorités, en commençant par l'invitation à M. Poutine à participer au Sommet informel de l'UE qui se déroulera le 20 octobre prochain à Lahti.

Beaucoup à négocier. Conclusion: les réponses aux questions essentielles posées par les relations UE/Russie ne viendront pas du Sommet du G8, épisode parmi d'autres, mais d'intenses négociations directes au cours des prochains mois et années, y compris pour l'aspect «droits de l'homme» soulevé avec de plus en plus d'insistance par le Parlement européen et par plusieurs organisations non gouvernementales.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
CALENDRIER
INTERPENETRATION ECONOMIQUE