Bruxelles, 29/06/2006 (Agence Europe) - « La Finlande est bien connue pour son pragmatisme dans sa manière de travailler », a déclaré jeudi 29 juin Erkki Tuomioja, ministre finlandais des Affaires étrangères, en présentant à la presse à Bruxelles les priorités de la Présidence finlandaise qui démarre au 1er juillet 2006. Cette attitude devrait permettre à la Finlande de faire avancer les principaux chantiers européens afin d'obtenir des résultats concrets qui seront de nature à rétablir la confiance des citoyens dans l'UE. M. Tuomioja a évoqué principalement les relations extérieures de l'UE - notamment avec la Russie, l'Iran et le Proche-Orient - ainsi que l'élargissement. Il a apporté son soutien au traité constitutionnel que la Finlande ratifiera en « septembre » et a souhaité partager avec les États membres les succès finlandais en termes de « compétitivité » et de mise en œuvre du concept de « flexicurité ».
« La Russie est un voisin direct de la Finlande » et les relations avec ce pays sont d'une « importance stratégique pour l'UE », a indiqué M. Tuomioja. Il a insisté sur « le principe d'interdépendance mutuelle » qui caractérise ces relations car la Russie n'est « pas qu'un exportateur de gaz », elle a aussi « besoin d'investissements et de la technologie étrangère ». « La ratification » par la Russie de la Charte de l'énergie « serait un avantage pour tout le monde », selon le ministre finlandais qui ne s'attend néanmoins pas à des résultats dans ce domaine lors du prochain sommet G8 en juillet à St-Pétersbourg. Interrogé sur la probabilité d'un nouvel affrontement énergétique entre l'Ukraine et la Russie, M. Tuomioja a espéré que « toutes les parties auront tiré les leçons de la crise de janvier » et qu'une telle crise ne se répèterait pas. « Tant qu'il n'y a pas de transparence » dans la fixation des prix de l'énergie, « il y a toujours de la place à une évaluation politique », a-t-il souligné en citant l'exemple de son pays: en Finlande, « 100% du gaz est importé de Russie », et il n'y a « jamais eu de difficultés » car les relations sont fondées sur les prix transparents du marché. Un Sommet UE/Russie aura lieu en Finlande au second semestre 2006, il devrait lancer officiellement les négociations en vue d'un accord bilatéral plus ambitieux que l'accord de partenariat et de coopération (APC) actuel qui expirera en 2007. M. Tuomioja a également évoqué les travaux en cours qui déboucheront sur l'adoption d'un troisième « document cadre » pour les relations des pays engagés dans la « Dimension nordique ».
Concernant les relations de l'UE avec l'Iran vues sous l'angle d'une « politique énergétique globale », M. Tuomioja a estimé que tout pays a droit à établir son propre mix énergétique. « Nous espérons une réponse positive de l'Iran » au paquet de propositions des « Six » (États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Chine plus l'Allemagne) visant à amener Téhéran à renoncer à ses activités d'enrichissement d'uranium, a-t-il déclaré en faisant état de « signes » iraniens que le paquet de mesures est « pris au sérieux ».
Dans le domaine de l'énergie, la Présidence finlandaise se concentrera également sur le marché intérieur de l'électricité et du gaz, l'efficacité énergétique et l'utilisation des énergies renouvelables. La mise en œuvre du cadre règlementaire libéralisant les marchés nationaux sera étudiée à la lumière du rapport de la Commission sur le fonctionnement de la concurrence. La Présidence finlandaise préparera le terrain aux futures décisions stratégiques qui seront prises lors du Conseil européen de printemps début 2007.
L'UE a « un rôle central » à jouer au Proche-Orient, a estimé M. Tuomioja qui a rappelé: sans l'UE, la feuille de route pavant la voie à une solution au conflit israélo-palestinien n'existerait pas, même si à l'heure actuelle « personne n'y a recours ». « La bonne nouvelle », a-t-il estimé, est que « pour avoir une influence sérieuse, il faut une politique unique et cohérente, et ça nous l'avons ». Interrogé sur la reconnaissance implicite d'Israël par le Hamas (voir EUROPE n° 9221), le ministre finlandais y a vu « un pas en avant » qui témoigne « d'un processus sérieux de réévaluation » de la part du gouvernement palestinien mais « ne répond pas à toutes les questions ». « Aujourd'hui, il faut d'abord arrêter les violences des deux bords », a-t-il ajouté, et « veiller à ce que le mécanisme international temporaire » (MIT) pour l'acheminement de l'aide financière directe au peuple palestinien « se concrétise ».
L'élargissement figure en haut de l'agenda de la Présidence finlandaise. La Finlande lancera en effet le débat sur la capacité de l'UE à absorber/assimiler de nouveaux pays candidats au-delà de la Bulgarie, la Roumanie et la Croatie, sur la base d'un rapport spécifique de la Commission attendu pour l'automne. À ce titre, M. Tuomioja a insisté sur la nécessité de ne « pas envoyer un mauvais message aux pays candidats actuels et futurs ». Il convient de « garder la perspective européenne crédible et vivante », a-t-il expliqué, puisque cette perspective constitue pour l'UE « l'arme la plus efficace à l'égard des Balkans occidentaux ».
Concernant l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie, « c'est à (ces pays) de jouer », a déclaré le ministre finlandais. Il a rappelé que la Commission présentera en octobre un « état des lieux final » sur l'état de préparation de ces deux pays, rapport qui servira de base à une décision unanime du Conseil. Nous espérons que l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie aura lieu en « janvier 2007 », a-t-il ajouté.
Avec la Turquie, le « risque » existe de « mettre en danger la poursuite des négociations », a mis en garde M. Tuomioja, si la Turquie continue à refuser de respecter le protocole à l'Union douanière qu'elle a signé mais pas ratifié. Il a assuré que la Présidence finlandaise fera tout son possible pour éviter un arrêt des négociations car « une suspension » des négociations constituerait « un échec pour l'Union ». En octobre ou novembre, l'UE évaluera la mise en œuvre du protocole additionnel à l'Accord d'Ankara sur l'union douanière entre l'UE et la Turquie. En revanche, le ministre finlandais a estimé que « la Croatie ne pose pas de problème particulier », ce pays ayant fait « d'excellents progrès ». Les négociations d'adhésion se poursuivront, a-t-il ajouté en faisant part du souhait de la Présidence finlandaise d'ouvrir un deuxième chapitre avant l'été.
Interrogé sur le rôle de la Présidence finlandaise dans les négociations sur statut du Kosovo, M. Tuomioja a assuré que « nous allons travailler étroitement avec Martti Ahtisaari », ancien Président finlandais, qui dirige les négociations sous l'égide de l'Organisation des Nations Unies (ONU). Néanmoins, « le calendrier est dans les mains de l'ONU, pas de l'UE », a-t-il rappelé en ajoutant qu'il n'était « pas encore très clair si la proposition (sur le statut du Kosovo) doit être finalisée sous notre Présidence ou non ».
La Présidence finlandaise a pris l'exemple du traité constitutionnel pour faire valoir son pragmatisme. Le gouvernement a déposé un projet de ratification du traité constitutionnel et « nous nous attendons à ce que (le Parlement finlandais) ratifie en septembre avec une claire majorité », a déclaré M. Tuomioja. Il a précisé que cette majorité en faveur de la Constitution sera « écrasante » et atteindra les « 90% » même si les rangs de la minorité opposée à la ratification ont quelque peu gonflé ces derniers temps en Finlande. Le ministre a néanmoins reconnu qu'il existe « une probabilité d'environ 100% que le traité n'entrera pas en vigueur dans sa forme actuelle ». En ratifiant la Constitution, la Finlande fixe l'objectif de « maintenir en vie le processus » car « personne ne s'oriente vers une révision de fond en comble du traité », a-t-il expliqué. Selon lui, il faudra néanmoins « se débarrasser » du terme de « Constitution ». La Présidence finlandaise mènera des consultations avec les institutions européennes et les États membres en tant que travail préliminaire à l'exploration des options visant à résoudre l'impasse constitutionnelle. Ces options seront ensuite présentées sous Présidence allemande au premier semestre 2007. Interrogé sur la déclaration de Berlin qui marquerait en mars 2007 le cinquantenaire du traité de Rome, M. Tuomioja a fait savoir que « toute déclaration a son utilité mais ne remplace en rien le traité constitutionnel ».
Les difficultés liées à la ratification de la Constitution ne doivent pas empêcher l'UE d'améliorer son fonctionnement dans le cadre des traités existants et d'agir dans les domaines importants aux yeux des citoyens, estime la Présidence finlandaise. « On peut faire beaucoup sur la base du traité actuel » et sans appliquer avant l'heure des éléments de la Constitution (« cherry picking »), a souligné M. Tuomioja. « C'est important pour la politique de sécurité extérieure », a-t-il ajouté, car sans cette politique « l'UE ne pourra pas avoir l'influence dans le monde que les citoyens attendent ». En particulier, la Finlande souhaite planifier les manières de développer l'action extérieure de l'UE, améliorer l'efficacité du processus de décision en matière de coopération policière et pénale et rendre le Conseil plus transparent (voir EUROPE n° 9220).
Enfin, la Présidence finlandaise compte faire profiter les États membres de son expérience dans le domaine de la compétitivité économique. « Sur bon nombre de critères, nous faisons mieux et nous voulons partager le modèle finlandais », a déclaré M. Tuomioja en insistant sur le concept de flexicurité. Il a aussi espéré un accord sur les directives « services » et « temps de travail » au deuxième semestre 2006.