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Bulletin Quotidien Europe N° 9216
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Déséquilibre du document de la Commission sur le rôle de l'UE dans le monde

Quatre chapitres solennels… Il m'est arrivé rarement, dans mon expérience pluridécennale des documents communautaires, de rencontrer un texte aussi déséquilibré que la communication récente de la Commission européenne sur le renforcement du rôle de l'Europe dans le monde (reproduite dans le n. 2438 de notre série EUROPE/Documents). L'essentiel (quatre chapitres sur cinq) expose les nouveaux défis mondiaux auxquels l'Europe doit faire face, les atouts dont elle dispose, l'exigence d'une plus grande efficacité et d'une plus grande cohérence de l'action européenne. C'est un texte stratégique. À qui prétend que l'UE est fermée sur elle-même, il rappelle que, née à Six, elle compte aujourd'hui 25 Etats, bientôt 27 et ensuite 28, sans parler de de la «politique de voisinage». À qui parle d'égoïsme européen, la Commission répond que l'UE fournit plus de la moitié de l'aide au développement et de l'aide humanitaire dans le monde, et qu'elle est de loin le principal importateur de produits (alimentaires y compris) originaires des pays pauvres. Et n'est pas oublié le rôle d'avant-garde que l'Europe joue dans la protection de l'environnement.

... et quelques conclusions bureaucratiques. Ce sont des vérités qu'il est toujours utile de rappeler à l'opinion publique mondiale et encore plus aux citoyens de l'UE elle-même, parfaites pour des discours, des brochures d'information, une documentation pour les écoles. Mais dans une communication adressée aux chefs de gouvernement, qui sera lue par des fonctionnaires, par des parlementaires et par quelques modestes commentateurs tels que moi, ce qui compte ce sont les conclusions. Et de ce point de vue, le déséquilibre est criant entre la solennité des prémisses et le caractère bureaucratique du cinquième chapitre consacré aux actions à entreprendre. Ce que la Commission appelle «mesures concrètes» consiste à: améliorer le fonctionnement des «groupes de travail» internes de la Commission ; mieux définir les priorités stratégiques ; approfondir les rapports et les analyses ; renforcer la collaboration entre la Commission, le Haut représentant, les organes du Conseil et le Parlement européen. Je cite: rechercher «de nouveaux moyens, plus efficaces, d'échanger des rapports et autres informations sur une base de réciprocité», prévoir « une coordination plus étroite entre le personnel du secrétariat du Conseil et de la Commission», et ainsi de suite. Initiatives opportunes, qui laissent entrevoir des jalousies entre services, des incompréhensions et autres mesquineries qui devraient être réglées par des contacts appropriés et ne pas constituer le couronnement d'un document pour le Conseil européen célébrant le rôle mondial de l'Europe.

Le vrai texte existe. En fait, la tentative d'améliorer la présence de l'Europe dans le monde existe déjà, elle est inscrite dans le projet de traité constitutionnel qui prévoit: un ministre des Affaires étrangères européen qui serait en même temps vice-président de la Commission ; un président de longue durée (deux ans et demi) du Conseil européen, qui représenterait la PESC au niveau le plus élevé ; un service diplomatique européen pour les relations extérieures. Ce projet est bloqué. On doit se contenter de mesures modestes et d'améliorations bureaucratiques, qui ne méritent ni conférences de presse ni débats officiels au Sommet.

Comment s'étonner si l'écho de cette initiative a été modeste, voire parfois légèrement ironique, et le dernier Sommet n'y a consacré qu'un paragraphe banal (il porte le n. 25), invitant à examiner les mesures proposées et réaffirmant le soutien au rôle et à l'action du Haut représentant ? Interrogée avant le Sommet sur la réaction de Javier Solana au document de la Commission, sa porte-parole a répondu en deux points: a) M. Solana n'avait pas eu le temps de s'en occuper, car il était très pris ces jours-là par sa mission concernant l'Iran ; b) le traité confie clairement la conduite de la politique étrangère aux Etats membres, selon les procédures prévues dans le cadre du Conseil. De son côté, M. Barroso, interrogé en salle de presse sur la disposition envisagée selon laquelle M. Solana pourrait être occasionnellement invité aux délibérations de la Commission lorsque celle-ci l'estimerait utile, s'était dit lié par les dispositions du traité: « Je ne peux pas attribuer une compétence qui n'existe pas » (allusion au fait que la place de vice-président de la Commission pour le futur ministre des Affaires étrangères est gelée avec la Constitution).

Faute de Constitution, le niveau actuel d'ambition est forcément modeste. Mais cette modestie n'a pas empêché certains commentateurs d'estimer que M. Barroso aurait demandé, en pratique, pour lui-même, des «pouvoirs diplomatiques ». Je crois que ce n'est pas exactement la réalité, mais c'est une impression qui mérite d'être approfondie, avec quelques explications de la situation actuelle.

(F.R.)

 

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