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Bulletin Quotidien Europe N° 9017
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Menace de blocage des Etats membres producteurs de textiles aux propositions de Peter Mandelson

Bruxelles, 31/08/2005 (Agence Europe) - Le Commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, a participé mercredi matin à une réunion du Comité des représentants permanents des Etats membres de l'UE (Coreper) auxquels il a présenté de manière informelle les grandes lignes des propositions que la Commission doit adopter jeudi pour trouver une issue à la crise des produits textiles chinois bloqués en douane dans les ports européens depuis que sept des dix catégories de produits visés par l'accord sino-européen de Shanghai de juin dernier ont atteint ou dépassé leurs quotas de contingentement. Les discussions sur le projet de règlement que doit proposer M. Mandelson était d'un niveau purement « technique et exploratoire », précise la Commission dans un communiqué. « Il y a eu un fort consensus parmi les Etats membres sur la nécessité de trouver une solution à la situation actuelle et de débloquer les marchandises » retenues aux portes du marché communautaire, dit-elle. De source communautaire citée par l'AFP, cinq Etats membres se sont toutefois opposés à l'idée de laisser entrer sur le marché européen tous les produits textiles chinois commandés avant le 12 juillet, date de l'entrée en vigueur de l'accord de Shanghai. Il s'agit des principaux pays producteurs de textiles - France, Italie, Espagne, Portugal et Grèce - qui défendent les intérêts de leurs industriels affaiblis depuis la libéralisation totale du commerce mondial des textiles au 1er janvier dernier. Ces cinq pays ont néanmoins manifesté leur « volonté de parvenir à un compromis », a ajouté cette source. Le Financial Times indiquait mercredi que la Pologne avait fait savoir mardi au Commissaire que ses propositions n'étaient « pas satisfaisantes ».

Les propositions de M. Mandelson, qui doivent être adoptées formellement jeudi matin par le Collège des commissaires, étaient étudiées mercredi après-midi par les experts sur le textile du Comité 133 où siègent les experts des Etats membres. Rappelons que, au-delà des difficultés que la Commission rencontre à trouver une solution avec les autorités chinoises, face aux Etats membres, M. Mandelson se trouve pris entre deux feux car, parmi les possibilités qui s'offrent à l'Union, les deux solutions privilégiées - d'une part, le relèvement des plafonds d'importations de textiles chinois pour 2005 et, d'autre part, le transfert par anticipation à 2005 des contingents autorisés pour 2006 - divisent nettement les Vingt cinq. La première solution est notamment défendue par l'Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et la Finlande, pays traditionnellement attachés au libre-échange et qui défendent les intérêts des distributeurs, détaillants et importateurs européens, tandis que les Etats membres du Sud privilégient la seconde solution.

Lundi, Evo, une association néerlandaise de transporteurs et d'affréteurs, a appelé les Pays-Bas à « désobéir » et lancé un ultimatum à Joop Wijn, le secrétaire d'Etat néerlandais aux Finances, pour qu'il débloque les 4 millions de pulls et 750 000 pantalons bloqués au port de Rotterdam. « Nous sommes du même avis que les importateurs, nous avons toujours été pour le libre-échange et il nous semble très important de libérer, à court terme, les stocks bloqués », avait indiqué mardi la porte-parole du Ministère néerlandais de l'Economie. Avec Modint et Vivo, deux grandes associations néerlandaises d'importateurs de produits textiles, Evo menace depuis le 12 août dernier de saisir les tribunaux et d'intenter des procès en dommages et intérêts à l'Etat néerlandais et à la Commission européenne (EUROPE n° 9012).

D'autre part, la Fédération européenne des fabricants de textiles Euratex estime que toute hausse de quotas pour 2005 serait « un cadeau accordé sur le dos de l'industrie » européenne. Euratex veut avant tout préserver l'accord de Shanghai sous sa forme d'origine. « Les importateurs et les distributeurs étaient conscients des risques qu'un tel afflux massif de produits textiles chinois pourrait impliquer à la lumière de la clause de sauvegarde spécifique contenue dans le protocole d'adhésion de la Chine à l'OMC. Ceci avait été le sujet d'importantes discussions au sein du Groupe de haut niveau sur les textiles mis en place en 2004 qui comprenait des représentants des importateurs et des distributeurs européens », explique dans un communiqué le président d'Euratex, Filiep Libeert, avant d'ajouter: « même si les volumes négociés par M. Mandelson sont apparus plus élevés que l'industrie européenne du textile l'aurait souhaité, Euratex a estimé qu'il était approprié d'accepter le compromis atteint et de ne pas le mettre en danger ». La solution qui consisterait à allouer les quotas 2005 actuellement non remplis pour les trois autres catégories de produits visés par l'accord de Shanghai (comme les produits en coton tissé) aux sept catégories de produits qui ont atteint ou dépassé les plafonds ne serait pas efficace, car neuf produits sur dix seront très bientôt dans ce dernier cas de figure, dit Euratex. La Fédération européenne des syndicats du textile et des vêtements, ETUF-TCL, encourage pour sa part l'Union à « trouver une solution pragmatique » à la crise. « Trouver une solution flexible pour la gestion de l'accord avec la Chine est légitime, mais on ne peut renégocier un accord qui vient d'être conclu », estime Valeria Fedeli, présidente d'ETUF-TCL.

Enfin, l'Association européenne du commerce international, la FTA, a adressé le 30 août une lettre au Premier ministre français, Dominique de Villepin, lui demandant de ne pas bloquer les propositions de M. Mandelson, estimant que le retour vers la Chine des marchandises bloquées pourrait entraîner une augmentation substantielle des prix des produits textiles au détriment des consommateurs.

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