Bruxelles, 22/08/2005 (Agence Europe) - Le discours de Tony Blair au Parlement européen le 23 juin à Bruxelles était « brillant », et si le comportement de la Présidence britannique correspondra à ce langage, Blair pourrait conclure sa présidence « non seulement avec un accord budgétaire, mais aussi avec un rôle majeur pour déterminer la forme que prendra l'Union dans les prochaines années ». Cependant, les actes de Tony Blair ne correspondant pas toujours à ses déclarations, il est « légitime de se demander quel est le vrai Monsieur Blair ». C'est ce qu'affirme Peter Ludlow dans son dernier EuroComment, intitulé Demagogy or Sound Management ? Alternative Profiles of the UK Presidency of the European Union. Comme ce titre l'indique, l'auteur n'est pas tendre envers la Présidence britannique. Ce serait bien que Blair occupe, même si en retard, la place « au cœur de l'entreprise européenne » qu'il prétend être la sienne depuis huit ans, mais « son incapacité, jusqu'ici, de le faire, est aussi regrettable que mystérieuse », et celui qui proclame être un « Européen passionné » a gouverné en fait pendant une période marquée par « la plus dramatique érosion du soutien à l'UE depuis que le Royaume-Uni en est devenu membre », renchérit M. Ludlow. L'auteur est plus virulent à l'égard du Chancelier de l'Echiquier Gordon Brown, « arrogant et grossier » dès qu'il s'agit d'Europe. A ceux qui affirment que « les excès de Brown sur l'Europe provoqueront sa propre destruction », M. Ludlow rappelle: « ça fait des années que Brown parle ainsi et ceci ne l'a pas empêché de se positionner comme aspirant Premier ministre ». Quant au Premier ministre, « même si le nouveau Monsieur Blair est le véritable Monsieur Blair, il a mis terriblement longtemps à se manifester », estime Peter Ludlow.
Sur le fond, M. Ludlow doute en particulier de l'utilité de l'appel de M. Blair à lancer un grand débat sur l'avenir de l'Europe et de sa décision de convoquer un Conseil européen informel à l'automne pour réfléchir sur le «modèle social» européen. A quoi sert l'initiative ? se demande-t-il, en formulant deux hypothèses. La première est que « le véritable but de l'exercice est de montrer encore une fois au monde à quel point les Français, les Allemands et les Italiens vont mal. (…) A la lumière du débat public au Royaume-Uni et en particulier des discours du Chancelier de l'Echiquier, l'idée n'est, hélas, que trop plausible. Mais si c'est cela l'objectif, il est singulièrement stupide, et condamné à être contre-productif ». La deuxième hypothèse est « plus respectable, mais pas plus convaincante », avertit M. Ludlow, en précisant: « l'objectif sera de modifier à la fois l'agenda et le fonctionnement du système communautaire ». « Maintenant, nous sommes tous des réformateurs », ironise-t-il, en mettant en garde: « L'Union est (…) un système politique hautement complexe et à plusieurs égards très mûr », et n'a donc pas besoin des « grands simplificateurs qui abondent à Londres ». Et il donne un exemple: les réformes de la PAC de 2003, qui commencent déjà à avoir un impact et qui seront réexaminées en 2008, ainsi que la réforme du régime « sucre « actuellement sur la table, « sont incomparablement plus utiles que la démagogie sur les iniquités de la PAC » venant de Londres. « On est donc obligés de demander ce que la Présidence britannique espère obtenir concrètement avec ce Conseil européen informel » (voir EUROPE n° 9000 sur les doutes du chancelier Schröder et N° 9001 sur ceux de Jean-Claude Juncker).
A un moment où l'Europe « a le cafard », le premier devoir d'une présidence est de rechercher le consensus entre tous les Etats membres, insiste M. Ludlow. Or, il semble que le gouvernement britannique ait de grands espoirs pour « la vie après Schröder », constate-t-il, tout en anticipant: « une alliance exclusive ou même une relation spéciale » de l'Allemagne avec le Royaume-Uni est « hautement improbable », ne fût-ce qu'à cause de la « dimension turque », au sujet de laquelle Angela Merkel est « en opposition » avec Londres.
Le véritable test pour la Présidence britannique, ce seront les négociations budgétaires et le « grand débat » sur l'avenir de l'Europe et son modèle social, souligne Peter Ludlow, en ajoutant: pour les perspectives financières 2007-2013, « Jean-Claude Juncker avait persuadé les Français et leurs alliés à bouger beaucoup. Les Britanniques devront probablement faire d'ultérieures demandes. Mais tout dépendra du caractère raisonnable de ces demandes et du ton dans lequel elles seront faites. Ceci sera influencé à son tour par la manière de laquelle la présidence mènera le « grand débat ». Quelques discours de Blair à Londres selon les lignes de son intervention au Parlement européen seraient toniques. Quelques autres tirades agressives du type dont est spécialiste Gordon Brown auraient l'effet exactement contraire ». Donc, selon Peter Ludlow, alors qu'il est « possible d'imaginer un happy end » de la Présidence britannique, il est « nettement plus facile d'imaginer une mauvaise fin », les scénarios allant « du décevant au carrément épouvantable ». Selon lui, le « résultat le moins mauvais » serait que la présidence « reconnaisse qu'un accord budgétaire st impossible « afin de permettre à la future Présidence autrichienne de jouer le rôle de « honest broker » dans cette affaire. Mais il craint qu'il y aura finalement une bagarre sur le budget en décembre prochain et que tout ça sera suivi « peu après par l'accession de Brown au poste de Premier ministre et le début d'une guérilla de propagande comparable aux années Thatcher, mais pire ». (Infos: EuroComment SA, 28 avenue Général Eisenhower, 1030 Bruxelles. Tél.: 02 241 5232. info@eurocomment.be).