Bruxelles, 21/02/2005 (Agence Europe) - Le 20 février, 76,49% des Espagnols qui sont allés aux urnes ont dit « oui » à la Constitution européenne, et 17,43% « non » (67,08% des bulletins étaient blancs, 0,86% nuls). Les institutions européennes, tout en regrettant la participation peu élevée (42%, mais le gouvernement avait craint pire), jugent les résultats de ce premier référendum sur la Constitution encourageants pour les consultations populaires attendues dans neuf autres pays (cette année au Portugal probablement en avril, en France sans doute en mai, aux Pays-Bas fin mai ou début juin, au Luxembourg le 10 juillet, en Pologne probablement à l'automne, au Danemark pas avant l'automne et en Irlande peut-être en fin d'année ou au début 2006 ; en 2006 au Royaume-Uni sans doute au printemps, en République tchèque en juin).
« Les Espagnols ont dit oui à l'Europe, oui à l'avenir », constate dans une déclaration le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso, pour qui « ce vote pionnier et historique est un oui à une Union européenne plus démocratique, plus efficace, plus transparente ». M. Barroso, qui dit avoir appelé au téléphone José Luis Zapatero pour le féliciter, affirme aussi: « Je respecte ceux qui se sont abstenus ou ceux qui ont voté non (…). L'Espagnol et grand européen qu'était Salvador de Madariaga disait que si l'Europe était un corps, elle était aussi une âme, mais elle n'était « pas encore une conscience ». Avec ce référendum, les Espagnols ont été les premiers européens à avoir enraciné de manière décisive une véritable conscience européenne ». Le Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires JoaquinAlmunia, qui était allé voter en Espagne dimanche, souligne pour sa part que « une fois encore, la société espagnole vient de s'identifier à l'idée d'une Europe unie, démocratique et capable de parler d'une seule voix au reste du monde. Notre pays est tout à fait conscient que les progrès de ces dernières vingt-cinq années n'auraient pas été possibles sans l'Europe ».
Au Conseil, le Haut représentant pour la PESC, Javier Solana, salue ce soutien « écrasant » à la Constitution, se disant convaincu qu'il aura un impact positif sur les prochains référendums. L'entrée en vigueur de la Constitution « aidera l'UE à assumer pleinement ses responsabilités internationales »¸estime l'ancien ministre espagnol des Affaires étrangères.
Au Parlement européen, le Président Josep Borrell a estimé devant la presse que la participation au référendum n'avait pas été si mauvaise que ça: dans « l'atmosphère consensuelle » qui règne en Espagne autour de la Constitution européenne, on avait craint que la participation atteigne à peine 36%, et ce pourcentage a été amplement dépassé, a-t-il déclaré. La participation a été plus ou moins comme celle aux dernières élections européennes en Espagne, constate M. Borrell. C'est un « très, très bon résultat européen », se réjouit-il. Le président de la commission des affaires constitutionnelles, le social-démocrate allemand Jo Leinen, salue dans un communiqué ce « clair » résultat qui, dit-il, est de bon augure pour les référendums attendus notamment en France, aux Pays-Bas et au Luxembourg. Le président de l'Union des Fédéralistes Européens (UEF) incite les autres Etats membres à s'inspirer de la campagne menée en Espagne en vue du référendum, une campagne marquée par l'engagement des grands partis et « l'implication active de la société civile, y compris de sportifs et artistes ». Les institutions européennes, et en particulier la Commission européenne, devraient s'engager davantage, estime M. Leinen, qui critique le Secrétaire au Foreign Office Jack Straw pour avoir demandé à la Commission de « ne pas dépenser un seul euro » pour l'information sur la Constitution au Royaume-Uni. D'après l'Eurbaromètre, les Britanniques sont le moins informés sur la Constitution, rappelle M. Leinen.
Quant au président du Parti des Socialistes Européens, le député européen Poul Nyrup Rasmussen, il félicite son « bon ami » Zapatero pour avoir mené une « campagne fantastique », en montrant que « une campagne forte qui traite effectivement de ce qui, dans la Constitution, est significatif pour l'homme de la rue, est la manière de conquérir les cœurs et les têtes des gens ». « Nous aurions bien sûr préféré une participation plus élevée », admet l'ancien Premier ministre danois. Daniel Cohn-Bendit et Monica Frassoni, co-présidents du groupe des Verts/ALE, estiment que la participation de 42% est « respectable, d'autant plus que les conservateurs avaient implicitement appelé leurs électeurs à rester chez eux ». Selon eux, « le comportement des conservateurs montre que les référendums nationaux sur des questions européennes seront toujours dominés par des confrontations nationales » et qu'un référendum sur la Constitution européenne au niveau de l'UE, toujours réclamé par les Verts, aurait été préférable.
Rappelons que jusqu'ici Lituanie, Hongrie et Slovénie ont ratifié la Constitution par voie parlementaire.