Bruxelles, 14/12/2004 (Agence Europe) - La Présidence néerlandaise se réserve jusqu'au dîner des chefs d'Etat et de gouvernement, jeudi soir, pour proposer des formulations pour les points les plus sensibles des conclusions sur la Turquie: la date d'ouverture des négociations d'adhésion et la finalité du processus. Elle doit aussi trouver les mots pour convaincre Chypre, qui ne brandit d'ailleurs plus vraiment la menace du veto, de se contenter d'un engagement de la Turquie à étendre aux nouveaux Etats membres l'accord d'association et d'union douanière d'Ankara qui lie l'UE à la Turquie. La Présidence devrait mettre sur la table des propositions sur ces points, avant de transmettre aux délégations, à l'aube vendredi, une version complète du projet de conclusions du Conseil européen.
La question de la date ne semble plus poser de gros problème. La Présidence s'apprête à proposer le mois d'octobre ou, de manière plus large le deuxième semestre de 2004. Tous seraient prêts à accepter cette date. La France, qui a ouvertement plaidé pour "fin 2005, début 2006", a déjà indiqué lundi, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, que le deuxième semestre de 2005 lui conviendrait. Le Royaume-Uni, qui souhaite une ouverture rapide, ne serait pas mécontent que les discussions s'ouvrent sous sa présidence de l'Union européenne. Le coup d'envoi des négociations pourrait être lancé au Conseil européen d'octobre, supputent quelques diplomates. Le Luxembourg "serait prêt si le Conseil européen décidait de commencer au premier semestre", mais considère que le compromis va porter sur le deuxième semestre, a déclaré à l'Agence Europe le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn, qui assurera la présidence du Conseil « Affaires générales » au premier semestre de 2005.
La formulation de la finalité des négociations, et de leur caractère "ouvert", est beaucoup plus délicate. "Il n'est pas question pour le moment d'un plan B", a affirmé clairement le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Bernard Bot, à l'issue de la discussion des 25 ministres des Affaires étrangères lundi soir. La France, l'Autriche, et le Danemark, continuent à insister pour que le texte envisage clairement une alternative à l'adhésion, la plupart des autres considèrent que la formule de la Commission européenne sur le caractère "ouvert" et non "garanti" des négociations va déjà assez loin. Les plus fervents partisans de la Turquie sont prêts à accepter "des formulations pour rassurer certaines opinions publiques" , à condition que l'objectif de l'adhésion soit clairement explicité, estiment des diplomates. "Si l'on dit que c'est une négociation d'adhésion, et que le processus est ouvert, on a tout dit", déclare le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn, qui estime qu'en mentionnant des alternatives ou un partenariat spécial, "on sortirait du processus d'adhésion". Le ministre luxembourgeois souligne "qu'une immense majorité" d'Etats membres partage cette position. "Ou on est pour le oui, ou on est pour le non, ce qui est entre les deux est dangereux", ajoute-t-il. La Présidence devra aussi mettre les 25 d'accord sur les dérogations et clauses de sauvegarde (EUROPE d'hier p.4).
"Nous sommes en ce moment en discussion avec Chypre, je suis confiant que le résultat sera positif", a indiqué lundi le ministre Bot. "Ce qui compte, c'est la signature du protocole à l'accord d'Ankara, ce qui signifie la reconnaissance de la République de Chypre", a-t-il ajouté.
Le ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier a jeté un nouveau pavé dans la mare lundi en indiquant que la France demanderait au cours des négociations que la Turquie reconnaisse le génocide arménien. "Cela continuera certainement à être un sujet de discussion", mais pas une question pour l'ouverture des négociations, s'est contenté de commenter M. Bot.