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Bulletin Quotidien Europe N° 8835
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Orientations du groupe Lamy pour un programme socialiste européen

Au niveau européen. Le "Parti des socialistes européens" (PSE) disposera, à la fin de la semaine, de son programme de travail pour les cinq prochaines années. Les Premiers ministres socialistes, les Commissaires européens de foi socialiste et les leaders des partis socialistes nationaux seront à Madrid vendredi et samedi pour l'approuver (voir nos bulletins du 23 novembre, p.10 et d'hier, p.6). Ils y exposeront leurs "espoirs et souhaits" à propos des choix politiques et économiques de l'Union, afin que la Commission européenne puisse en tenir compte en définissant son programme quinquennal.

José Manuel Barroso n'est pas socialiste, la Commission qu'il préside non plus. "On ne peut pas dire que la Commission soit à droite, à gauche ou au centre. Elle reflète le pluralisme politique qui existe en Europe", a dit M.Barroso. Le PSE n'a aucunement l'intention de dicter le programme de l'Europe. Mais il va se battre pour ses idées, avec l'ambition de les faire connaître d'abord et partager ensuite au plus grand nombre possible d'électeurs. C'est depuis toujours la démarche de tous les partis politiques. Le fait nouveau est que le PSE le fait au niveau européen, raison valable pour nous d'en parler.

Le président du PSE, M. Rasmussen avait confié à un groupe d'une quinzaine de personnalités membres du parti la tâche de préparer, sous la présidence de Pascal Lamy, un projet de programme. La semaine dernière, M. Lamy exposait devant le groupe socialiste du Comité des régions "les priorités de la famille socialiste", et il a logiquement fait état des travaux de son groupe, tout en précisant que le texte était encore en discussion et que quelques points controversés seraient soumis au Sommet de Madrid. Il a exposé la nature et les ambitions du document, et certaines orientations de son contenu. Voici ce que j'en ai retenu:

Assez de grandes déclarations. L'objectif est de passer des grandes déclarations à un programme opérationnel, analogue à celui d'une coalition gouvernementale nationale. C'est un exercice nouveau pour le PSE, davantage habitué aux déclarations solennelles. En agissant à la fois dans le Commission, dans le Conseil et dans le Parlement, les forces socialistes souhaitent animer les débats des trois institutions et les orienter vers des politiques positives. M.Lamy a constaté qu' une partie considérable des électeurs socialistes "a un problème avec l'Europe". Elan brisé ou diminué, désenchantement, sentiment de distance par rapport aux institutions, impression de lourdeurs dans l'UE pour délibérer sur les sujets qui intéressent les citoyens: emploi, croissance, sécurité des citoyens, environnement, santé, poids international de l'Europe. Un programme socialiste doit être branché sur ces préoccupations des citoyens.

Concrétiser Lisbonne. Ces préoccupations concernent aussi d'autres mouvements politiques ; mais il existe des difficultés spécifiques à la gauche ou au centre gauche. La solidarité s'effiloche, laissant au premier plan de l'action de l'UE l'ouverture des marchés. M.Lamy estime que cette ouverture est positive et que ses potentialités ne sont pas encore entièrement exploitées ; mais elle ne doit pas représenter un objectif isolé. Un programme socialiste doit à la fois améliorer la dynamique des marchés et muscler la solidarité et la coopération. La stratégie de Lisbonne, instrument privilégié pour y réussir, doit devenir plus concrète, plus opérationnelle. M.Lamy constate une distance "gigantesque" entre la capacité énorme des milieux européens à "parler" de cette stratégie et celle bien plus modeste à la "concrétiser". En sauvegardant son caractère triple (économique, social et environnemental), la stratégie doit devenir un programme, fondé sur:

a) la méthode ouverte de coordination, comportant des programmes européens à réaliser par les Etats membres qui y participent, dotés d'une discipline et d'un calendrier. Les grandes lignes des politiques de change (pour les aspects qui relèvent de la compétence du Conseil) devraient y figurer ;

b) des politiques européennes de solidarité et de coopération couvrant la cohésion (la politique régionale doit être une vraie politique, pas une simple "chambre de compensation" entre ceux qui versent et ceux qui reçoivent), les services d'intérêt général (SIG: l'ouverture figurant dans la Constitution doit être utilisée dans la direction d'une directive-cadre), la recherche (elle doit devenir plus "européenne" afin d'éviter les gaspillages et les doubles emplois). La fiscalité indirecte devrait figurer dans ce paquet "européen", mais des divergences existent chez les socialistes. De l'avis de M. Lamy, pour les impôts sur les sociétés, on devrait s'orienter vers un rapprochement des taux plutôt que vers des taux identiques.

c) des agendas social et environnemental, avec des propositions précises. Face au vieillissement inéluctable de la population de l'UE, le groupe s'orienterait vers des quotas d'immigration; mais M. Lamy a reconnu que il n'y a pas d'unanimité à ce sujet. A son avis, une politique d'immigration est indispensable face au vieillissement, pour sauvegarder la solidarité entre les générations et le modèle européen de société ; mais tel n'est pas l'avis de tout le monde. Nous verrons ce que retiendra le Sommet socialiste. (F.R.)

 

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