Rome, 29/10/2004 (Agence Europe) - La signature vendredi à Rome de la Constitution européenne aura fourni l'occasion aux chefs d'Etat et de gouvernement de se consulter largement en marge de la cérémonie officielle sur la recomposition de la Commission Barroso, mise sur la touche mercredi par l'hostilité du Parlement européen.
A l'issue du déjeuner, José Manuel Durão Barroso a indiqué pour la première fois qu'il avait l'intention de remplacer certains membres de son équipe pour répondre aux critiques du Parlement. Le président désigné a manifesté l'intention de travailler "très vite", sans toutefois donner d'échéance. "Les changements seront ponctuels" (entendez limités: NDLR), a-t-il dit, ajoutant qu'il avait néanmoins besoin de temps puisqu'il lui faut désormais « retourner auprès de certains Premiers ministres de manière à ce que je puisse opérer de meilleurs choix ». "Je suis sûr de pouvoir disposer d'une meilleure équipe", a-t-il conclu. Jan Peter Balkenende, le Premier ministre des Pays-Bas, pays qui assure la Présidence de l'UE, a indiqué pour sa part que les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union avaient réaffirmé leur appui à M. Barroso "pour qu'il forme une Commission qui bénéficie du plus large soutien".
Dans la matinée, des consultations tous azimuts avaient eu lieu entre les chefs d'Etat et de gouvernement. Le Premier ministre britannique Tony Blair a notamment été vu conversant en aparté avec le président français Jacques Chirac. Ce dernier a déclaré lors d'un point de presse souhaiter "que M. Barroso prenne les décisions appropriées pour constituer son collège et (...) qu'une solution rapide puisse être trouvée", un appel qui, selon des sources diplomatiques françaises, s'adressait à la fois au président désigné de la Commission, au Parlement européen et aux Etats membres qui désignent les Commissaires. Déclarant que son intention n'était pas de s'ingérer entre la Commission et le Parlement, le président français a indiqué qu'il "déplorait" la crise survenue entre les deux institutions en soulignant que l'Europe n'en avait pas besoin. "L'Europe a besoin d'une Commission forte, indépendante et capable de travailler dès que possible pour faire face aux problèmes auxquels l'Union européenne est confrontée", a-t-il ajouté, estimant toutefois que M. Barroso avait eu "raison de reporter la présentation de la nouvelle Commission devant le Parlement". Une référence à un coup de téléphone que le président désigné de la Commission aurait passé mardi, à la veille du vote du Parlement à Strasbourg, pour lui exposer le risque d'une investiture acquise grâce aux voix de l'extrême-droite européenne, une éventualité contre laquelle M. Chirac l'aurait mis en garde.
Gerhard Schröder a estimé pour sa part que le différend entre le Parlement et la nouvelle Commission serait résolu dans les deux semaines. "Je ne parlerai pas d'une crise si un accord est conclu dans les quatorze prochains jours", a dit le chancelier allemand, rappelant qu'il aurait préféré que la nouvelle Commission ait été approuvée par le Parlement. "Mais le Parlement a clairement fait savoir ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas", a-t-il ajouté.
Quant au chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, il s'est montré le plus véhément, en demandant implicitement le départ de l'Italien Rocco Buttiglione. "La situation est claire", a-t-il indiqué à des journalistes: "Le problème est dû au désaccord du Parlement européen à cause des déclarations d'un Commissaire (...) il est circonscrit à une personne, c'est donc par là qu'il faut commencer la discussion". "Il faut des changements", a estimé le Premier ministre espagnol, ajoutant que "les changements souhaitables sont ceux qui doivent ouvrir la porte à un soutien du Parlement". Comme Jacques Chirac, M. Zapatero a appelé les Etats membres de l'UE à "être constructifs" et à appuyer M. Barroso pour trouver une solution à la crise.