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Bulletin Quotidien Europe N° 8720
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Portée et signification de l'élection du Parlement européen

Le grand regret. C'est la semaine des élections; difficile de la commencer sans en parler. Non pas pour faire de la propagande. La seule propagande que je me permettrais serait en faveur de la participation au vote. Le grand regret est que l'Europe n'ait pas réussi à en faire suffisamment comprendre l'importance. Une large partie de la presse continue paresseusement à répéter les refrains habituels sur le déficit démocratique de l'Europe, sur la toute-puissance de la bureaucratie de Bruxelles, sur l'absence d'information des citoyens… Ce sont des questions à débattre, bien entendu, mais à la condition d'alerter en même temps l'opinion publique sur la portée du vote. Il est pourtant simple de prouver aux citoyens que le nouveau Parlement qu'ils vont élire déterminera en bonne partie l'orientation et le contenu des politiques européennes. La généralisation progressive de la codécision Parlement/Conseil signifie que presque aucune loi de l'Union ne pourra plus être adoptée sans l'accord du Parlement européen. Il faudrait donc dire aux citoyens: c'est vous qui décidez ce que fera demain l'Europe. Votez à droite ou votez à gauche selon vos convictions, votez écologiste si vous estimez que l'environnement est la première priorité, votez souverainiste si vous êtes contre l'intégration européenne, mais n'écoutez pas ceux qui vous racontent que l'Europe n'est qu'une bureaucratie et que la volonté des peuples ne compte pas.

Autant qu'un gouvernement. Des messages dans le sens indiqué ont été lancés. Tous les ministres qui, dans les 25 gouvernements des Etats membres, sont responsables des affaires européennes, ont affirmé dans un texte commun adressé aux citoyens: " Le Parlement est un acteur clé de la construction européenne. L'essentiel des règles communes qui touchent à votre vie passe par lui. Ne laissez pas votre avenir se décider sans vous." Ce concept devrait figurer dans toute information ou commentaire annonçant les élections, dans tout débat télévisé qui s'en occupe. Quelques journaux ont prouvé que le PE "est devenu un lieu de pouvoir"(expression utilisée par "Le Monde"), en citant les cas où les parlementaires ont imposé leurs vues contre des projets de la Commission ou les intentions du Conseil: rejet de la première directive sur les OPA (offres publiques d'acquisition), renforcement de la législation environnementale, ralentissement (services postaux) ou au contraire accélération (électricité, fret ferroviaire) de certaines libéralisations, opposition à la libéralisation des services portuaires. L'orientation des choix majoritaires du Parlement a été parfois appréciée, parfois critiquée, mais ce n'est pas ça qui compte: l'important est de comprendre que le vote du citoyen est efficace. Le président du PE, Pat Cox, a déclaré: " Je voudrais que les citoyens comprennent qu'en envoyant quelqu'un à Strasbourg, ils lui donnent des pouvoirs d'influence considérables pour faire des lois qui concernent leur vie de tous les jours (…). Dans les domaines où le Parlement a un pouvoir législatif, la capacité d'influence d'un bon député est la même que celle d'un gouvernement, car à la fin, en procédure de conciliation, le Parlement a le même pouvoir que les Etats."

La qualité. Mais Pat Cox a ajouté: « Cette influence ne naît pas par magie, elle tient à la qualité des députés ». Il a touché là un point très délicat mais essentiel. L'Europe a besoin de parlementaires qui font leur travail à plein temps, avec assiduité et avec passion, et qui sont proches de leurs électeurs. Certaines dérives du passé ont été corrigées ou sont en train de l'être. Les doubles ou triples mandats sont progressivement éliminés. Les candidats célèbres inscrits sur les listes pour attirer l'électeur mais qui ont déjà décidé a priori de démissionner à peine élus, ou de rester dans le PE pour la façade sans jamais participer aux sessions plénières ni aux travaux en commission, ne devraient plus exister. Il faut respecter les électeurs. Autrefois, la mode était, pour les gouvernements, de donner peu d'importance aux prises de position du PE (l'habitude de celui-ci à s'exprimer sur tout, notamment sur des affaires sur lesquelles il n'avait aucune influence, justifiait en partie cette attitude). Maintenant, les autorités nationales (gouvernements et parlements) ont compris que l'influence du PE devient décisive, et elles ont changé d'attitude. Des études approfondies ont été effectuées sur l'assiduité des parlementaires européens, leur participation aux votes, la répartition des fonctions (présidences et vice-présidences du Parlement, des commissions et des groupes politiques) et des rapports (nombre et importance).

Mais l'influence et le prestige ne s'improvisent pas, ils se méritent. C'est pourquoi à chaque renouvellement quinquennal, le PE devrait mélanger des forces nouvelles avec des parlementaires déjà expérimentés. Il est dangereux pour les partis politiques de ne pas conserver parmi les candidats un noyau de personnalités qui connaissent les rouages de l'institution, qui maîtrisent l'acquis communautaire et qui ont prouvé leur efficacité (on connaît les remous suscités en France par l'éviction d'Olivier Duhamel de la liste des candidats, lui qui avait représenté le PE dans la Convention, qui disposait de tribunes dans la presse pour parler de l'Europe, à qui une chaîne TV avait confié un documentaire sur l'avenir de l'Union) (F.R.)

 

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