03/06/2004 (Agence Europe) - Dans un article publié dans Civiltà Europea intitulé L'Europa e il nuovo colonialismo, la fonctionnaire européenne Anna Maria Campogrande¸ membre fondateur de l'Observatoire international de la langue française, pose une fois de plus le problème du multilinguisme dans les institutions européennes. Mme Campogrande, qui est fonctionnaire à la Direction générale Relations extérieures de la Commission et qui s'exprime ici à titre personnel, note que les pères fondateurs, pour mettre tous les citoyens européens sur le même plan, avaient décidé que toutes les langues des Etats membres étaient "des langues officielles et des langues de travail". Au début, pour six pays, les langues étaient quatre ; avec quinze pays, elles sont devenues onze, remarque-t-elle. Selon Mme Campogrande, "les services linguistiques des institutions européennes, qui ont déjà été un modèle unique, d'une efficacité rare, auraient dû faire l'objet d'une grande attention". Or, notamment en vue du dernier élargissement, "l'anglais a commencé à vouloir jouer le rôle de langue unique", proteste Mme Campogrande, qui poursuit: récemment, la Commission européenne a décidé, "dans la plus totale opacité" , de réduire les "langues de procédure" à trois
- anglais, français et allemand - qui sont devenues de facto ses langues de travail. Mme Campogrande ne comprend pas pourquoi on a ainsi éliminé l'italien et l'espagnol, deux langues "d'une grande vitalité et diffusion" que "l'on apprend par goût et passion, non par obligation". La situation au Secrétariat du Conseil n'est guère meilleure, déplore Mme Campogrande, en reconnaissant que ça va un peu mieux, "mais seulement en partie", au Parlement européen,"un peu plus attentif aux exigences de la démocratie". Sinon, l'ensemble des institutions européennes, « inspirées de consultants dépourvus de toute culture élémentaire de l'intérêt général et du service public, invoquent des raisons budgétaires pour démanteler des services (...) qui sont l'expression (...) de la volonté de faire participer tous les citoyens européens au processus d'intégration en cours », conclut-elle.